Visite chez Ernest Cycle, le tailleur de bambou nantais

Visite chez Ernest Cycle, le tailleur de bambou nantais

J'ai rencontré Valentin et son partenaire Louison à Nantes, à l'Ecole Supérieure du Bois. L'établissement prête gracieusement des locaux à la jeune start-up pour son démarrage.

Valentin Diot a fondé Ernest Cycle début 2018 avec son ex-associé, avant que celui-ci ne quitte l'aventure pour "divergence". Il a depuis été rejoint par Louison Charpentier (oui, pour quelqu'un qui travaille dans le bois, ça ne s'invente pas).


L'Ecole Supérieure du Bois à Nantes

Pour Valentin, le déclic vélo vient juste après avoir terminé ses études à l'ESB. Il entame une année de césure et part en Californie travailler chez Craig Calfee. Pour ceux qui ne connaissent pas, Calfee Design est un fabricant très réputé de cadres vélo en carbone depuis 1987.

L'entreprise a notamment fabriqué des vélos pour Greg Lemond au début des années 90. Mais Calfee propose aussi des cadres en bambou. Il est d'ailleurs à l'origine d'une initiative solidaire en Afrique dont nous vous avions parlé : Ghana Bamboo Bikes.

Valentin est revenu avec son propre vélo en bambou dans ses bagages, qu'il a fabriqué lui-même dans les ateliers de Craig Calfee.

Merci Michaud

Le nom "Ernest" a été choisi pour diverses raisons (aucun lien avec le plasticien Ernest Pignon-Ernest). D'abord évidemment pour la sonorité So Frenchy. Mais surtout parce que c'est le prénom de l'inventeur du pédalier, Ernest Michaud, à l'origine de la Michaudine.

Et puis choisir un prénom pour nommer une marque, c'est accentuer le côté personnalisé, presque intime, que l'utilisateur peut avoir avec le produit. Et c'est bien cela que recherche Valentin et Louison avec leur production.

Ernest Cycle (sans S) ne fabrique que du sur-mesure. Mais ici, pas question de manier le poste à souder. Les deux jeunes ingénieurs, issus d'un cursus dans la filière bois, se sont tournés assez naturellement vers une matière idéale pour fabriquer un vélo : le bambou.

"Lorsque l'on conçoit un cadre de vélo, on est dans une recherche paradoxale"

Je vous invite à aller lire les différents articles sur l'intérêt de fabriquer un vélo en bambou (ici ou ). Lorsque l'on conçoit un cadre de vélo, on est dans une recherche paradoxale : un maximum de rigidité pour accepter les contraintes et un maximum de souplesse pour apporter du confort à l'utilisateur. Le bambou offre des qualités mécaniques idéales.

Malgré une mise en avant du made in France, Ernest va chercher ses tiges en Asie (Vietnam). Il ne travaille pas avec des bambouseraies françaises, pas tant pour une question tarifaire, mais parce que la variété tropicale avec laquelle ils ont choisi de travailler possède des qualités de résistance et de stabilité qu'un bambou de zones tempérées n'aura jamais.

C'est un long processus avant que la plante monocotylédone ne finisse en cadre de vélo. Les chaumes (la tige du bambou) sont effeuillés, lavés, poncés puis vont être mis en attente durant un long processus de séchage, parfois plusieurs années (un séchage que maîtrise parfaitement leur fournisseur vietnamien). C'est à ce moment-là que la tige va prendre toutes ses facultés.

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Une fois sèches, les tiges, déjà creuses naturellement, vont être percées longitudinalement pour obtenir différentes épaisseurs, selon les besoins de chaque client.

Le modèle Citadin, ici en cadre ouvert

Une fois les tiges arrivées dans l'atelier d'Ernest, on va sélectionner les pièces pour former tous les éléments du cadre : tube supérieur, tube oblique, tube de selle, douille de direction, bases, haubans…

Au préalable, les côtes du futur utilisateur auront été relevées, soit directement sur place, soit à distance, en partenariat avec un centre d'étude posturale.

On va ensuite assembler chaque tige sur un "marbre" maison, selon des degrés et une géométrie bien précise. Ernest propose trois choix de modèles. D'abord un citadin et un voyageur, les deux en cadre ouvert ou fermé, et enfin un gravel.

Pour Valentin, la pratique du vélo gravel et son esprit "aventure & nature" correspond bien à l'usage d'un vélo dont le cadre est fabriqué à base de plantes.

Ensuite, on va assembler les "tubes", non pas par un procédé de soudo-brasage classique évidemment, mais en reliant les différentes parties avec de la fibre de lin, qui va par la suite être recouverte d'une couche de vernis, puis mis en séchage.

Vient ensuite l'étape du ponçage. L'une des plus longues et des plus fastidieuses. Sur la centaine d'heures au total que nécessite la fabrication d'un vélo Ernest, cette phase représente plus de 50% du temps.

Une fois le cadre terminé et verni, les composants sont sélectionnés et assemblés, en accord avec le client et le programme auquel il destine le vélo. Ernest travaille avec Gates pour les courroies, Rohloff, NuVinci ou Shimano (Alfine) pour les moyeux, fourche carbone chez Fyxation... Il propose aussi un cintre connecté Winkbar, en partenariat avec une autre jeune pousse nantaise, Velco.

Ernest propose la personnalisation ultime : votre prénom gravé sur le tube supérieur. Le vélo sera à jamais le votre.

Bien sûr, tout cette exécution minutieuse et chronophage implique un prix de vente à la hauteur du résultat tailor-made… comptez entre 9,000 et 15,000 Euros selon le niveau de composants. Appelez tout de suite votre banquier...

Pour tester sa fabrication en conditions réelles, Ernest a fabriqué un vélo Grand Voyageur pour Arthur Desclaux, qui a entamé depuis un an un périple autour du monde. Le vélo a déjà parcouru plus de 10 000 km (Arthur en prévoit 45 000 - il est au Cambodge à l'heure ou nous écrivons ces lignes) et aucunes failles à signaler pour le moment.

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