[Vendredi Lecture] En roue libre par David le Breton

[Vendredi Lecture] En roue libre par David le Breton

On y est! Vendredi 1er janvier 2021, nous vous souhaitons évidemment une belle et bonne année. En tout point meilleure que 2020. Pour bien la commencer, sur les chapeaux de roues, un peu de lecture avec cet ouvrage En roue Libre, écrit par David le Breton édité par Terre Urbaine dans la collection L'esprit des Villes.

Un mot (1) sur la maison d'éditions.

C'est bien dit !

Terre urbaine est une toute jeune maison d'éditions, lancée en mars 2020. La raison d'être ? "Placer l’écologie au cœur des démarches. Programmes, actions, projets, réflexions des faiseurs de villes, offrir des clés d’approche et de lecture pour faire de la Terre une demeure viable, joyeuse, juste et équitable pour tous". Une belle ambition, un sacré programme.


Terre urbaine, au départ un livre.

Bien dit, encore !

Thierry Paquot (Directeur de Collection chez Terre Urbaine) est un philosophe de l'urbain. Penser la ville, il fait cela depuis une trentaine d'années. Il a écrit en 2006, réedité en 2016, ce livre "Terre urbaine". Cet ouvrage qui identifie « cinq défis pour le devenir urbain de la planète » donne à voir le processus à l’œuvre à l’échelle planétaire et pointe donc les cinq défis décisifs à relever pour sauver cette terre (et nous sauver par la même occasion): le foncier, les mobilités, l’urgence écologique, la démocratie et l’urbanité combinée à l’altérité (l'urbanité combinée à l'altérité ? ! j'avoue je ne saisis pas trop). Cet ouvrage est le socle des ambitions de cette maison d'éditions dirigée par Anne-solange Muis.

Géographie, développement durable, l'Homme, enseignement et éditions

Probablement les cinq piliers qui pourraient définir le parcours d'Anne Solange Muis, directrice et fondatrice de cette maison d'éditions. Docteure en géographie spécialisée en développement durable et son application territoriale. Elle a longtemps été enseignant-chercheur dans diverses universités de l’Île-de-France notamment l’École d’Urbanisme de Paris, en 2013 elle se dirige vers les études et l’édition. Elle a été rédactrice en chef du magazine Ecologik (2) de 2016 à fin 2019, travaille pour le magazine Books depuis 2015 et continue à enseigner à l'ISTOM (3), une école d’ingénieur en agronomie, environnement et développement international (depuis 2009).

5 ouvrages parus en 2020 !

5 livres et 1 sapin.

le chiffre 5, chiffre fétiche chez Terre Urbaine? 5 pour définir la quadrature du cercle ? Si nous prenons le temps de vous parler de cette maison d'éditions, c'est bien parce que l'ambition qui est posée nous parle.

Le vélo est effectivement l'une des solutions pour envisager la ville autrement (que la ville soit une métropole ou un village). Le vélo est une des clés pour envisager l'avenir. Aussi nous sommes persuadés que le vélo ne peut s'inscrire correctement dans un développement urbain, péri-urbain, à la campagne, dans un usage quotidien, pratique ou loisir, touriste ou sportif que s'il s'inscrit dans un système global. On se dit dès lors qu'une maison d'éditions qui publie sa première année un livre qui s'intitule En Roue Libre, un autre écrit par Ivan Illich, ne peut qu'être une maison d'éditions que nous avons envie de suivre de plus près. C'est ce que que nous allons faire.

Le coup du "coup de coeur" des libraires !

EN ROUE LIBRE écrit par David le Breton.

David, c'est qui ?

Sachez que David le Breton est un sociologue. Je n'oserai pas écrire un sociologue en marche même si oui David a pour le moment surtout écrit autour de la marche à pied. Quand tu apprends que David est l'auteur d'un livre qui s'intitule "Marcher. Eloge de chemins et de la lenteur" (éditions Métailié) tu te dis que son œil, son analyse et son texte sur le vélo seront probablement intéressants. Nous vous glissons en fin de billet une interview que vous pourrez regarder, plus tard, vautrés au coin du feu, couchés sur une peau de bête en ces longues soirées d'hiver, en faisant fondre délicatement vos brochettes de chamallows.

En roue libre, l'auteur en parle pas mal, ici. On ne va pas paraphraser son résumé.

Par contre, nous avons lu le livre et voici quelques commentaires qui nous sont venus à l'esprit.

Avant le fond, la forme (4)

Oui, ce livre est beau. La couverture est belle, le papier est beau. Il est agréable à prendre dans les mains, à tenir, à toucher. (Avec tant d'éloges sur ce livre et cette maison d'éditions vous allez finir par croire que nous sommes actionnaires de Terre Urbaine ou que c'est un article sponsorisé, lisez la suite, soyez rassurés, on va en dire un peu de mal, aussi).

Sur le même sujet  [Lecture] Vélos Nomades, des envies d'itinérance vélo cet été?

Et le fond ?

Sans passer par quatre chemins, les premières pages de ce livre m'ont emballé. Puis je me suis ennuyé. Pour retrouver un certain plaisir à la fin.

L'ennui

Photo rare de Karl Drais, enfant.

Pour se débarrasser de l'ennui tout de suite, depuis quelques années beaucoup de mes lectures tournent autour du vélo. Et lire une énième histoire de la bicyclette, énième rétrospective des grands Tours, énième évolution de la place du vélo dans la société, comment dire ? je finis par le savoir que le baron Karl Drais a inventé la draisienne, que le maillot jaune est jaune comme la couleur du papier journal de l'Auto (oui le Tour de France a été créé par un journal, l'ancêtre de l'Equipe, qui s'appelait à l'époque l'Auto), que Pierre Michaux a créé et développé les premiers vélocipèdes. Quand tu lis tout cela pour la première fois, tu te dis que tu as appris quelque chose. Quand tu le lis pour la dixième fois dans l'année...

Un peu de confort ne nuit pas.

Trop excité

Pendant les trois quarts du livre je reste donc un peu sur ma faim. Excité par une promesse d'une jolie et jeune maison d'édition, enthousiasmé par le profil de l'auteur, j'en finis par oublier le sous-titre du livre "Anthropologie sentimentale du vélo". Oui ce livre est essentiellement une déclaration d'amour d'un homme (accessoirement dans ce cas (pardon Monsieur le Breton) sociologue). Une approche plus sentimentale que scientifiqe. Aussi, on peut regretter quelques maladresses dans le texte et quelques points de vue, à mon sens, faux ou datés en tout cas discutables. Il y a aussi parfois une once de mauvaise foi, cette mauvaise foi que l'on peut retrouver chez les cyclistes convaincus ou encore chez les indécrottables automobilistes (ou l'inverse). Thomas Morales, dans son ouvrage, éloge de la voiture, chroniqué ici, ne fait pas preuve de mauvaise foi. Il est convaincu.

Une voiture vélo ?

Et ce quart du livre qui m'a plu ?

Paradoxalement, c'est quand l'auteur évoque la voiture que son livre sur le vélo me plait le plus. David le Breton propose une analyse plutôt fine de la place de l'automobile, place que nous lui avons laissée dans les villes et dans nos vies. C'est aussi quand il évoque la vélorution (terme que je n'aime pas particulièrement) que l'on trouve un discours intéressant : "la vélorution implique de descendre de voiture [...] une décongestion de la ville et sa réstitution aux usagers, à hauteur d'homme et de femme. L'urbanité retrouve son etymologie, qui souligne la convivialité, la coexistence heureuse des piétons, des cyclistes et des usagers des transports en publics. La ville devient à nouveau vivante." En bon sociologue (suis-je pardonné monsieur le Breton ?), David s'interroge sur "l'animosité dont font preuve à la fois les piétons et les automobilistes envers les cyclistes". Il s'interroge mais ne propose pas forcément de réponse. Dommage.

la lutte continue !

Pourquoi le lire de la première à la dernière page alors ?

Tout d'abord, ce livre est un très bon premier livre à lire sur le vélo pour toute personne qui commence à s'intéresser au sujet (elle apprendra pourquoi le maillot jaune est jaune par exemple, cela fait partie de la culture du vélo quoiqu'on pense du Tour de France). Aussi parce que, n'oublions pas, l'auteur est sociologue, professeur à l'université de Strasbourg, érudit il prend le soin de citer plus de 130 ouvrages dans la bibliographie. 130 ouvrages dans lequel il cite un passage ou plusieurs pour illustrer son propos. Souvent des livres, avec pour thème central le vélo. Parfois des livres dans lesquels le vélo, sa pratique ou son usage peuvent sembler accessoire dans le roman (Paris de Zola, Simone de Beauvoir La force de l'âge pour en citer deux) mais nourrissent une réflexion plus globale de la place du vélo dans nos vies, dans notre société.

Une source intarissable de livres à lire, bientôt, un jour ! Formidable, en 2021, il nous reste 364 jours pour lire. Commencez par En Roue Libre, c'est un beau et bon livre.

*plein de mots finalement !

  • Les détails du livre EN ROUE LIBRE, ici.
  • (1) Beaucoup de mots finalement
  • (2) Le magazine Ecologik ;
  • (3) L'école d'ingénieur ISTOM ;
  • (4) Tout ceci est forcément très subjectif même si je crois qu'un beau papier est plus qu'une appréciation personnelle par exemple.
  • Sortez la peau de bête et glissez quelques bûches au cœur de l'âtre.
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