Velotaf, j'ai discuté avec cette dame...

Velotaf, j’ai discuté avec cette dame…

Le vélo, ce formidable accélérateur de lien social

18h15, heure de pointe. Les fauves sont lâchés. Les p'tits à aller chercher à l'école, les courses à récupérer au Drive, l'émission de TF1 à ne surtout pas rater... Chaque soir, autant de raison qui vont mettre sur le bitume, en même temps et au même endroit, des centaines de véhicules motorisés. Alors forcément, ça coince, ça embouteille, ça bouchonne, ça s'énerve, ça accélère dans le vide, ça klaxonne… la routine quoi...

Dans cet encombrant et bruyant tumulte rempli de particules fines, des cyclistes passent. Eux, ils avancent. Ils avancent comme si rien ne se passait autour d'eux. Pas besoin d'une chaussée de 3m de large pour avancer.

Ils sont plusieurs dizaines ce soir-là, à glisser comme l'eau sur les plumes d'un canard. La congestion de trafic est une notion parfaitement inconnue chez les adeptes de la petite reine (n'avez-vous jamais entendu un cycliste vous dire en arrivant au boulot : "Désolé, j'étais bloqué dans les bouchons !" ? Non).

Feu rouge au bas d'un boulevard. Je rejoins cette dame. La soixantaine, joli vélo hollandais vintage, bien équipé utilitaire, sacoche et chasuble sur le dos. J'engage la conversation en blaguant sur son gilet jaune : "Vous aussi vous avez rejoint le mouvement ?" (nous sommes la veille du 17 novembre).

Et nous sommes là, tous les deux, à débuter une discussion impromptue, au beau milieu de dizaines de personnes, seules au fond de leur siège, devant leur volant...

Elle sourit. Dans sa réponse je comprend que non, en effet, elle ne soutient pas cette colère. Mais surtout elle me rétorque : "Ce que je ne comprend pas, c'est que dans tous ces gens autour de nous (elle fait un geste en me montrant les voitures), combien aurait la possibilité de ne pas prendre leur voiture et se déplacer autrement ?".

"Statistiquement, ils sont nombreux. Même une majorité..." lui réponds-je laconiquement.

Je retourne la tête. Dans l'entre-fait, trois autres cyclistes nous ont rejoint sur le sas vélo (oui, certains cyclistes s'arrêtent au feu rouge). L'un deux à entendu notre dialogue. Il me sourit en hochant la tête. Je crois qu'il approuve mes dires.

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Nous continuons de discuter sur le sujet vélo. Elle fulmine contre ces personnes qui s'engouffrent dans le centre-ville en voiture, près à se stationner jusque devant la vitrine du magasin s'il le faut. "J'habite en dehors du centre, mais je préfère largement venir à vélo" me confie t-elle.

"Le vélo possède cet atout de provoquer facilement l'échange humain"

Silence. Enfin silence, dans le sens - blanc dans la conversation - car autour de nous, toujours ce même tumulte. Ça s'énerve, ça accélère dans le vide, ça klaxonne... Et nous sommes là, tous les deux, à échanger.

Ce feu rouge est très long. En attendant, je regarde autour de moi. Des conducteurs stressés, le regard vitreux. Je me dit qu'ils n'ont pas cette chance de connaitre le plaisir de ce que je suis en train de vivre. Le vélo possède cet atout de provoquer facilement l'échange humain.

Au final, vous pourrez me dire que cela ressemble à une conversation de comptoir, un soir au PMU du coin. Mais pour moi c'est bien plus que cela. Après plus de 20 ans de pratique vélo en milieu urbain, on se rend compte que le vélo est bien plus qu'un simple véhicule, c'est aussi un superbe accélérateur de lien social.

"Taper la causette au beau milieu du trafic automobile est un privilège de cycliste urbain"

Le feu passe au vert. Je file, elle tourne. Nous nous souhaitons tous deux une excellente soirée et nous remettons à pédaler, apaisé de savoir que nous partagions la même opinion. Autour de nous, les carburateurs s'enclenchent, les pots éructent, les bougies chauffent. Vite il faut atteindre … le prochain feu.

Cette scène pourrait se passer à Paris, à Bordeaux, à Strasbourg ou dans n'importe quelle autre ville. En réalité, taper la causette en pleine heure de pointe au beau milieu du trafic automobile est un privilège de cycliste urbain.

De nouveau un feu rouge. Je ratrappe tranquillement mes congénères à quatre roues. Je scrute autour de moi, me retourne. Mince, dommage, pas de nouveaux cyclistes avec qui tailler le bout de gras…

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