[Néorétro] 1886 Cycles, clin d’œil à l'histoire du Vélo Français

[Néorétro] 1886 Cycles, clin d’œil à l’histoire du Vélo Français

De 1886 à 1886 et la boucle est bouclée

4 chiffres, que nous pourrions interpréter de plusieurs façons.

⬇️ La première, la plus drôle mais pas la plus intelligente:


La canette est en alu pas en acier. Nuance.

-Maintenant que tu as 18 ans, tu as le droit de t'acheter une 8.6 (Attention, cette bière tape fort quand même et puis l'abus d'alcool est dangereux pour la santé et puis boire ou pédaler il faut choisir de pédaler)

⬇️ La deuxième, la plus symbolique et à propos en cette période trouble:

-1886 c'est l'année pendant laquelle est inaugurée la Statue de la liberté à New York.

⬇️ La troisième, la plus juste, en ce qui nous concerne:

-Il se dit dans les milieux autorisés, que la première bicyclette française fut créée en 1886, à Saint-Etienne. En tout cas c'est ce qu'affirme (au conditionnel malgré tout) le Musée D'Art et D'Industrie de Saint-Etienne (auquel nous rendions visite en 2018).

Le développement du vélo français serait donc lié à l'industrie de l'armement. Triste clin d'oeil de l'histoire, quand les images de la police américaine, montrent qu'ils se servent de leurs vélos comme d'une barrière anti-émeutes, comme une arme en quelques sortes.

En fin de billet, la réaction du CEO de Trek (John Burk ¹ ) qui n'aime pas
beaucoup voir ses vélos utilisés ainsi

1886 c'est aussi depuis quelques mois le nom d'une marque de vélos. 1886-Cycles plus exactement. Nous vous en parlions mi-mai dans un sujet sur le vélo vintage et le retour du néorétro, puisque nous avions croisé Benoît Richard, le fondateur de cette marque au salon Vélo In Paris. Voici l'interview.

Weelz!: Benoit pouvez-vous, vous présenter rapidement? Qui vous êtes? ce qui vous amène au vélo? à l'entrepreneuriat dans cet univers?

Benoit Richard: Après des études d'ingénieur dans la chimie et les métiers de l'environnement, j'ai été amené à travailler pour des grands groupes (Vinci par exemple) en tant que chef de projets.

Des boulots intéressants dans lesquels j'ai appris beaucoup de choses j’ai pris la décision de travailler dans un secteur lié à une de mes passions, le vélo. Un concours de circonstances m'a amené à travailler dans l'industrie du vélo et plus tard à créer la marque 1886.

Weelz!: Justement, ce concours de circonstances, vous pouvez nous en dire un peu plus?

L'amour en premier lieu. Alors que je m'étais éloigné de Saint-Etienne, je rencontre une Stéphanoise et je décide de la suivre en revenant dans cette ville. Aussi comme je le disais précédemment, j'avais des postes intéressants mais pas assez satisfaisants.

"A l'époque, ce mastodonte de la distribution en ligne de matériel de vélo n'était qu'une jeune pousse"

Pour chercher autre chose, un peu d'évasion notamment, en 2003 ou 2004 (à peu près), je me mets au VTT avec mes potes. Je m'implique dans cet univers et surtout je me rends compte à ce moment là, que j'ai toujours aimé bricoler, transformer, améliorer, réparer mes vélos. Je me rends compte que depuis mon enfance, j'avais toujours un outil dans les mains pour bricoler un vélo.

Le hasard des rencontres me fait rentrer chez Probikeshop courant 2008. A l'époque, ce mastodonte de la distribution en ligne de matériel de vélo n'était qu'une jeune pousse, une petite start-up, nous étions 8. Olivier Rochon (NDLR: le créateur de Probikeshop) avait déjà un vrai sens du client, du commerce. Pour ma part, ayant travaillé dans des grosses organisations, j'avais le sens des procédures, de la méthode, de la conduite de projets. Nous étions très complémentaires et j'y ai passé 8 ans extraordinaires. Je suis resté dans cette équipe jusqu'en 2016 (j'y ai laissé 149 collègues).

Weelz!: Et vous avez quitté cette entreprise avec l'idée déjà de créer 1886 cycles?

BR: Non pas tout à fait. Je savais que je voulais entreprendre. Je me suis rendu compte que tous les postes que j'avais occupé jusqu'à présent étaient soit des postes tout nouvellement créés, soit des postes qui étaient créés en début de processus. La gestation de 1886 cycles a duré quelques mois malgré tout. Mois pendant lesquels, mon goût pour le vélo et sa mécanique ont pris le dessus.

Je suis devenu mécano bénévole dans l'association Oci'Vélo. Cela m'a permis de valider quelques compétences et surtout mûrir mon projet et mon envie.

Weelz!: 1886? c'est le nom de ce projet?

BR: Exactement! J'ai déposé la marque à l'INPI en 2017, j'ai travaillé en parallèle à la promesse de la marque, son positionnement et évidemment au dessin et à la création de mes premiers prototypes. 1886, comme vous le mentionnez, ce serait la première bicyclette Française. Produite à Saint-Etienne. J'ai voulu faire un clin d'oeil. Aussi avec cette marque me rappeler les fondamentaux d'une bonne bicyclette. Un moyen de locomotion simple, léger, accessible et fiable.

Weelz!: Ce n'est pas plus compliqué que cela de lancer sa marque de vélo?

BR: Si évidemment que c'est compliqué. N'oubliez pas qu'en travaillant 8 ans chez Probikeshop, j'ai tout de même noué quelques contacts intéressants avec un ensemble de fournisseurs. Aussi j'ai fini par avoir une connaissance assez fine de l'industrie.

Et puis créer une marque est une chose, la faire grandir et perdurer une autre. Mon ambition est bien là. Faire de la marque 1886-Cycles une marque qui reste, avec des vélos qui roulent dans les villes tous les jours.

Aussi créer une marque de vélos, il ne faut pas oublier que c'est finalement comme tout projet, un ensemble d'étapes à suivre: Dessin, prototype, tests, achats, tests, création, assemblage, tests, tests, tests, marketing, commercialisation... Et je vous promets, ce n'est pas si simple!

Weelz! Oui on veut bien vous croire. D'ailleurs, 1886-cycles, c'est quoi finalement votre promesse avec ces vélos?

BR: L'idée de départ, vient de mes constats réalisés sur les VTT et même chez Probikeshop ou encore dans ma vie de tous les jours. Je vous rappelle que j'étais celui qui passait son temps à régler les vélos des copains. Donc mon idée initiale est bien de faire un vélo simple. Un vélo facile. Un vélo qui ne se déréglera pas tous les 100 km.

Weelz!: D'où le choix par exemple du moyeu à vitesses, de la courroie par exemple (transmission à courroie disponible sur tous les modèles, sur le modèle entrée de gamme il est en option)?

"La courroie est une solution de transmission parfaite pour un usage urbain"

BR: Exactement. La courroie est une solution de transmission parfaite pour un usage urbain. C'est propre, silencieux, presque increvable, avec quasiment un entretien nul.

Sur le même sujet  Le retour du vélo vintage - Néo-rétro ou néo tout beau?

Pour le fabricant, par contre la courroie demande une réflexion de conception poussée, des pièces spécifiques. Mais encore une fois, la philosophie que je souhaite donner à la marque 1886, c'est "enfourchez votre vélo" nous nous occupons du reste.

Le même esprit m'a poussé à choisir les vitesses dans le moyeu. 3 à 5 vitesses, les moyeux Sturmey Archer ne sont pas les moins chers du marché, ils sont par contre réputés pour leur fiabilité. C'est pour moi, fondateur de la marque 1886-cycles, un vrai point décisif. (NDLR, si vous voulez en savoir plus sur l'intérêt des vitesses au moyeu, nous avions fait un comparatif, ici)

Weelz!: Un vélo facile d'usage. C'est tout ce qui caractérise les vélos 1886? N'est-ce pas un peu court?!

BR: Tout doux, Pikachu². Nous avons d'autres promesses et d'autres ambitions sur la marque 1886-Cycles. Nous voulions faire un vélo Made in France. Et ce n'est pas facile. Malgré mes connaissances du milieu du cycle, je pensais sincèrement être capable d'y parvenir tout en gardant un prix de vente raisonnable. Et bien je n'ai pas réussi sur ce point. Donc pour 1886-cycles on finit par raisonner avec pragmatisme. On étudiera toujours en premier le made in France. Si les solutions font bondir les tarifs d'une manière déraisonnable, on se tournera vers le made in Europe.

"Nous voulions faire un vélo Made in France. Et ce n'est pas facile."

Enfin si le savoir-faire n'est plus là, si l'Europe n'est pas possible alors en dernier recours on se tournera vers l'Asie. Aujourd'hui nos vélos sont conçus, dessinés, peints et montés en France, je pourrais même dire à Saint-Etienne ou dans la région.

Weelz!: Made in Sainté Vs Made in France donc?

BR: C'est un peu ça oui! Nous ne pouvons pas annoncer que nous sommes Made in France au sens strict du terme. D'ailleurs nous ne souhaitons pas mentir à nos (futur.e.s) client.e.s. Les cadres viennent d'Asie. Par contre ils sont notre géométrie, notre dessin exclusifs. D'autres composants viennent d'Asie. Aussi les moyeux par exemple sont une marque Anglaise.

C'est beau

Nous sommes un peu tristes de ne pas être capable de proposer du "made in France" mais le faire aurait signifié avoir un positionnement tarifaire très différent. Pour les jantes, sur nos modèles haut de gamme nous sommes très fiers de travailler avec la marque Asterion qui propose des roues magnifiques et très bien montées. Je peux vous dire que ça ne bouge pas. Nous ne souhaitons pas être une marque élitiste. Si le public trouve nos bicyclettes chics, jolies, pratiques, confortables et durables alors ça nous ira bien.

Weelz!: On l'a vu au salon VIP, il semble qu'il y ait un vrai retour de vélos qui ressemblent aux vélos des années 70. Ce que nous appellerions "néo-rétro". Pour vous c'était un choix esthétique uniquement ou il y a t'il d'autres points qui vous ont poussé dans cette direction?

BR: Le dessin rétro provient notamment du choix du cadre en acier. C'est le matériau le plus durable et ça tombe bien le plus confortable aussi. Pour monter un cadre en acier, il faut souder des raccords sur le cadre. Ça donne ce côté rétro.

Aussi, par ses qualités, le tube d'acier n'a pas besoin d'être sur-dimensionné. D'où la finesse des tubes utilisés. Cela donne une silhouette gracile au vélo. Après, comme nous souhaitions des vélos fiables et sans entretien (ou le moins possible), nous avons choisi des solutions modernes comme la courroie ou le moyeu à vitesse. Idem pour l'éclairage, nous cherchions un moyen intelligent d'intégrer le phare avant dans le dessin global du vélo. D'où notre solution de phare avant qui se visse dans le cadre. Bref, oui, vous pouvez dire que nos vélos sont "néo-rétros", nous avons essayé de joindre le meilleur des deux mondes.

Agile et habile (pour l'éclairage avant en tout cas)

Weelz!: Lorsque l'on commande un vélo chez vous, quel niveau de personnalisation est possible?

BR: Aujourd'hui on a 3 modèles. Le Agile (l'entrée de gamme). Le Elégant (plus cher mais mieux équipé) et le hybride (avec assistance électrique de chez Zehus). Chaque modèle vient avec une série d'options qui influeront sur le tarif final (NDLR: Entre 829€ et 3349€).

Nous sommes aussi capables de sortir des peintures personnalisées (Peintures epoxy faites à côté de notre atelier/bureau, sur la base du nuancier RAL) et jusqu'à présent, nous sommes en mesure de répondre à des demandes un peu particulières si besoin. Chaque modèle est disponible en 3 tailles. Et nous travaillons sur des cadres ouverts pour répondre à la demande des femmes.

Weelz! Dernier point, la distribution. Aujourd'hui nous trouvons vos produits où? et demain?

BR: La marque est toute jeune. Nous souhaitons y aller par étapes. Nous commençons à avoir un joli carnet de commandes qui nous donne confiance en l'avenir. Le bouche à oreille pour l'instant fait son oeuvre. Nous avons aujourd'hui un délai de 15 jours à 3 semaines entre la commande et la livraison du vélo.

2021 sera l'année pendant laquelle nous nous concentrerons sur le développement du réseau de distribution. Nous sommes en discussion avec ProbikeShop. Un vélociste parisien Je Suis à vélo que nous avons rencontré au salon VIP est aujourd'hui en mesure de proposer notre gamme. Evidemment s'il vous prend l'envie de commander un vélo rapidement, nous avons un configurateur en ligne et vous pouvez passer commande directement. Simple et moderne! (comme nos vélos).

Conclusion

En quelques mots, nous sommes face à une marque qui fait des choix classiques dans le matériau du cadre (l'acier) et qui réussit néanmoins à faire des propositions audacieuses sur les composants (courroie par exemple).

Nous avons fait quelques tours du parking du salon VIP à Vincennes juché sur un vélo 1886-cycles. Trop court pour vous faire un retour précis. Trop court aussi pour se faire une idée si les vélos 1886-cycles sont l'arme ultime pour se déplacer en ville. Aussi, tout compte fait, au vu du point abordé en introduction de ce billet, nous n'avons plus guère le goût à utiliser ce terme "arme ultime" pour évoquer un vélo. Le vélo devrait toujours rester synonyme de liberté, d'insouciance. Le vélo n'est pas une arme mais bien un outil de plaisir et de liberté.

En tout cas, nous nous organisons pour tester vraiment 1886 et vous dire si ces vélos sont vraiment fiables, confortables, légers et simples à entretenir.

> 1886-Cycles.com

¹ Enfin voici, comme promis la prise de parole de John Burk (Ceo de Trek, fils du fondateur de la marque). Sa position sur ce qu'il se passe aux USA est assez limpide.

² cette remarque a-t'elle été effectivement prononcée par Benoit Richard? Peut-être, peut-être pas!

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