Vélo urbain à Caen : des réussites à la hauteur des difficultés

10 janvier 2017
| par Paul Lefort

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Caen est une ville moyenne de 107.000 habitants qui s'étend sur 25 km². En terme de densité (4280 habitants au km²), elle est comparable à des villes comme Nantes ou Nice. Située sur une plaine céréalière, elle est plate sur 90% de son territoire mais la majorité du dénivelé est situé dans son centre-ville, sans compter que la périphérie urbaine se situe sur des hauteurs.

Chaque jour, environs 200.000 trajets inférieurs à 3 kilomètres sont réalisés à l'intérieur de l'aire urbaine caennaise. Pourtant, la ville dispose d'un vaste réseau de transports en commun composé de bus et de tramways. A fortiori, on observe que le taux de remplissage des voitures est de 1,07 personnes par véhicule pour les trajets domicile-travail dans l'agglomération, ce qui est très faible.

"la ville de Caen est dotée de 65 kilomètres de pistes cyclables" Si les habitants favorisaient le co-voiturage ou les transports en commun, le nombre de véhicules roulant serait rapidement divisé par 3 … Une dernière statistique illustrant la prédominance de la voiture est la quantité de voitures par habitant ayant le permis de conduire : on a 850 voitures pour 1000 personnes ayant le permis (c'est 16% de plus qu'au Havre).

Si on considère les aménagements cyclistes, la ville de Caen est dotée de 65 kilomètres de pistes cyclables. Ce qui est relativement élevé pour une ville de sa taille. A titre de comparaison, Rouen n'a que 20,5 kilomètres de pistes cyclables. Mais nous verrons que ce seul chiffre est loin d'être suffisant.

Le système de vélo en libre-service "V'eol" est quant à lui très peu efficace. Malgré ses 40 stations et 350 vélos disponible, il ne représente que 5% des déplacements à vélo dans l'agglomération de Caen la mer, les 95% restant se faisant avec des vélos appartenant à leurs utilisateurs. Et même si 50% des ménages de la ville ont un vélo, ce mode de déplacement ne représente que 2% de la part modale. Explications.

Une mairie sensible au vélo

En témoigne l'enthousiasme que la Grande Boucle Urbaine a suscité chez l'équipe municipale, les élus se sentent concerné par la question du vélo dans la ville. Et à Caen, cette tendance dépasse la couleur politique de la mairie.

Nicolas Joyau, maire adjoint au développement durable et ancien adhérent de l'association cycliste "Les Dérailleurs", observe une augmentation de la pratique du vélo ces 10 dernières années. Chacun s'accorde à dire que le système de VLS lancé en 2008 a permis de donner de la visibilité aux petites reines.

"la mairie subventionne l'acquisition d'un vélo à assistance électrique" Sophie Simonet, maire adjointe à la démocratie participative est persuadée que l'augmentation du nombre de voitures dans la ville, accompagnée de l'engorgement des parkings et des routes, a rendu le vélo très avantageux pour les pragmatiques voulant se déplacer plus vite.

Pour encourager la pratique du vélo, la mairie subventionne l'acquisition d'un vélo à assistance électrique par ses habitants. En fonction de son revenu fiscal de référence, chaque caennais peut se voir attribuer une participation allant jusqu'à 25% du prix du vélo dans une limite de 350€. En 2015, Nicolas Joyau a enregistré 70 demandes de subvention, et le chiffre croit chaque année.

En plus de ces subventions, la mairie a pour projet de mettre en place des stations de gonflage en libre-service et d'augmenter le nombre de ZCA (zones de conduite apaisée type zone 30) et de voies partagées.

La fin du contrat d'exploitation du Véol en 2017 sera aussi un moment important puisqu'un nouveau modèle sera refondé. On peut tout de même regretter que ces mesures ne prennent pas la forme d'un vaste plan vélo comme c'est le cas à Rennes.

Malgré son important réseau de pistes cyclables, le vélo a une part modale de 2% qui est très faible et les élus ont bien conscience de la difficulté rencontrée par le vélo pour se développer. Premièrement, la banlieue est très peu connectée au centre-ville pour les déplacements à vélo. Ensuite, le système de VLS est très coûteux et peu efficace. Enfin, la politique du vélo à Caen connait depuis plusieurs années un manque criant de pédagogie et de communication.

Sur la question du vélo, la mairie a pourtant l'habitude de consulter les associations cyclistes de la ville lors de ses aménagements de voirie et elle se base sur un réseau associatif proactif.

Des associations dynamiques

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"la plus grande maison du vélo de l'hexagone est à Caen" C'est simple, la plus grande maison du vélo de l'hexagone est à Caen ! En fait, la maison du vélo est le nom du bâtiment dans lequel 7 associations cyclistes de la ville ont décidé de se regrouper.

En 2013, la mairie a réaménagé le quartier de la gare et ces amoureux du vélo ont saisi l'opportunité pour s'installer dans l'ancien centre de tri de la poste. Parmi elles, on a une association de BMX, un club de vélo sur route, deux associations à vocation cyclotouriste et deux associations pour le vélo urbain : Les Dérailleurs et Vélisol.

Les activités proposées par la maison du vélo sont nombreuses : auto-réparation, consignes à vélo, location de vélo en longue durée, marquage Bicycode, sorties en groupe. Les associations travaillent ensemble et la mairie fait partie du comité de pilotage, avec l'ADEME et la région.

Les raisons d'être du village associatif sont l'économie circulaire (grâce au recyclage de vélos usagers) et la mise à disposition d'un atelier d'auto-réparation pour les habitants. A ce sujet, le budget de la maison du vélo dépend pour beaucoup de subventions publiques car son chiffre d'affaire reste limité. Contrairement à la Bécane à Jules de Dijon, association devenue coopérative, le modèle économique de ces associations n'est pas encore viable et indépendant.

L'expertise des associations est toutefois reconnue par la mairie qui les intègre à ses projets de voirie et a une oreille attentive à ses propositions. L'entente est bonne entre les différents acteurs du vélo à Caen et ce qui laisse optimiste pour l'avenir, même s'il y a encore beaucoup à faire.

Une connexion à la périphérie urbaine qui laisse à désirer

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Force est de constater que la périphérie caennaise a été oublié dans les aménagements cyclables des dernières années, au nord comme au sud, à l'est comme à l'ouest. Ni Ifs, ni la Grâce de dieu, ni Herouville Saint Clair n'ont été relié au centre par des pistes cyclables.

"plus il y a de dénivelé, moins le vélo est agréable" Nicolas Joyau explique cela par le fort étalement urbain qui rallonge les distances et rend le vélo moins attractif par rapport à la voiture, même avec des pistes cyclables, la petite reine resterait peu utiliser pour se déplacer de la banlieue au centre-ville.

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Cet argument ne semble pas suffisant. Le fait que la banlieue caennaise se trouve en partie sur un plateau n'aide pas : plus il y a de dénivelé, moins le vélo est agréable. Toutefois, on constate une véritable amélioration de la connexion de la ville à son agglomération. Mais on le doit au conseil départemental plus qu'à la communauté d'agglomération.

En effet, Caen est maintenant reliée à Ouistreham (15km au nord) par une voie cyclable, et une voie verte va même jusqu'à Thury-Harcourt (25km au sud-est). Ces axes sont d'abord créés pour le cyclotourisme et le vélo loisir plutôt que pour les déplacements domicile-travail.

De fait, au-delà de 10km, on observe une forte baisse du choix du vélo pour se rendre au travail, d'autant que ce sont des axes où le vélo est mis en concurrence avec des routes départementales où la voiture peut aller à 90km/h.

Pour Sophie Simonnet, il faudrait connecter davantage le vélo aux transports en commun (tramway et bus) afin de faciliter son utilisation pour les personnes vivant dans la périphérie urbaine. Elle termine avec une note d'optimisme en précisant que la connexion de Caen à Herouville Saint clair est depuis peu cyclable à 80%.

Un système de vélo en libre-service à adapter à la ville

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Avec son coût de 475.000€ et ses 1.000 utilisateurs par an, le calcul est vite fait : le système de VLS Véol n'est pas efficace. Il faut être méfiant lorsque l'on analyse l'efficacité d'un système de VLS. Comme le précise la coordinatrice interministérielle pour la marche et le vélo Syvlie Banoun, le VLS n'est pas fait pour être financièrement rentable à court terme.

Ses bénéfices se chiffrent en diminution de la congestion et de la pollution, en baisse de frais de santé des utilisateurs et ils sont énormes pour des villes comme Paris. D'ailleurs, quand on dit que les villes les financent à perte c'est faux puisque dans la majorité des villes (dont Caen) le cout du VLS est compensé par le contrat publicitaire passé avec la société d'exploitation.

9183600802_99a1a366e7_kMalgré tout, un coût de 475€ par utilisateur et par an, c'est trop. Nicolas Joyau le reconnait : le Véol tel qu'il est actuellement exploité par Clear Channel, n'est pas efficace. Il y a plusieurs raisons à cela.

Quand on observe l'implantation des 40 stations Veol, elles sont concentrées dans le centre-ville, il n'y en a aucune en banlieue proche.

De plus, certaines stations sont très peu utilisées, et ceci dépend surtout de leur altitude. Par exemple, une des stations les plus hautes (celle du campus 1 de l'université) a en moyenne 3 départs de vélo par jour et 1 seule arrivée.

Le système Véol s'adresse aujourd'hui aux caennais n'ayant pas de lieux de stockage pour ranger un vélo, ainsi qu'aux touristes.

Le contrat avec Clear Channel se termine en 2017 et un appel d'offre sera émis pour une nouvelle délégation de services publiques. N. Joyau souhaite que la future DSP intègre plus largement les services de la ville proposés aux cyclistes. Il souhaite y intégrer :

> Un service de VLS accessible par carte bancaire.
> Des parkings sécurisés dans la ville accessible avec une carte magnétique pour réduire la peur du vol (principale cause du refus de pédaler selon lui).
> Une billettique commune avec tous les services de déplacement (bus, tramway, vélo).
> Des parkings couverts accessibles à tous en centre-ville.

Il a même l'idée d'obliger les utilisateurs à remettre le Veol utilisé à sa station d'origine. Selon lui les utilisateurs du VLS à Caen ne font pas des déplacements domicile-travail mais des sorties aller-retour (comme les courses) donc ceci est envisageable et doit permettre de réguler automatiquement la quantité de Veol dans les stations et d'arrêter d'avoir des camionnettes prévues à cet effet. On peut douter de l'efficacité d'un tel fonctionnement qui n'a d'ailleurs jamais été pratiqué en France.

Vu les critères du futur appel d'offre, on peut penser que cette DSP n'est pas faite pour des sociétés de publicité comme Clear Channel mais pour des entreprises comme Keolis (déjà présente à Rennes). Malheureusement, ClearChannel n'a pas répondu à mes multiples sollicitations et je n'ai pas pu les rencontrer.

De grands besoins en termes de pédagogie et de communication

"La population a donc eu l'impression de se faire imposer le vélo sans se voir expliquer les mesures prises" Selon Sophie Simmonet, on observe une double évolution de la perception du vélo à Caen. La première est une prise de conscience croissante de la nécessité du vélo. La seconde est un rejet du vélo. L'élue explique ce rejet par la politique menée par l'ancienne majorité ("c'est pas moi c'est les autres") qui a augmenté considérablement le nombre de pistes cyclables dans la ville, sans augmenter le nombre de stationnement vélo, ni faire preuve de pédagogie ou de concertation. La population a donc eu l'impression de se faire imposer le vélo sans se voir expliquer les mesures prises.

Dans tous les cas, à Caen, on observe des conflits d'usage entre piétons, cyclistes, automobilistes et même chauffeurs de tramways. Pour m'être entretenu avec plusieurs de ces derniers, j'ai ressenti un agacement face à la quantité de vélo qui roulent sur les voies.

En fait le tramway est un véritable axe structurant reliant Caen à une bonne partie de son agglomération et reliant différents lieux d'activité (logements, commerces, bureaux, loisirs), ce qui explique que les vélos suivent son tracé. Même pour le nouveau tram-fer qui viendra en 2017, la mairie n'a pas prévu de tracer des pistes cyclables le long des voies.

"la mairie donne une importance prioritaire à la communication autour du vélo"

Aujourd'hui, la mairie donne une importance prioritaire à la communication autour du vélo. Elle intègre les associations cyclistes dans plusieurs événements (forum des associations, fête du vélo…). Le but est de dépasser les clichés prégnants sur l'utilisateur du vélo, qui serait un bobo écologiste culpabilisant les plus pauvres "étant obligés" de prendre la voiture.

Contrairement à ce qu'on pense, la première motivation des utilisateurs du vélo est le gain de temps, les économies d'entretien et la meilleure santé. La considération écologique ne représente que 2 à 3% des motivations.

A fortiori, la mentalité des caennais est encore largement pro-voiture et la première préoccupation des conseils de quartier est le stationnement au plus près des habitations. Mais on peut pas dire que les habitants soient opposés aux aménagements cyclables … tant qu'ils ne réduisent pas la place de la voiture.

Cependant, la mairie ne faibli pas dans sa promotion du vélo. Par exemple, elle a pour projet de développer un PDA (plan de déplacement en administration) avec l'université afin d'augmenter l'utilisation du vélo chez la population étudiante (très sensible aux politiques pro-vélo).

Crédits photos : Breizh Harem.

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