Découvrir l'Est canadien avec le Grand Tour Desjardins et Vélo Québec

Découvrir l’Est canadien avec le Grand Tour Desjardins et Vélo Québec

Les grands espaces d'Amérique du Nord sont à vous (bientôt)

Je vous ai présenté le Grand Tour Desjardins, la grand messe cyclotouriste qui a lieu chaque année au Québec depuis 26 ans et auquel j'ai eu la chance de participer en août 2019. De l'eau a coulé sous les ponts depuis... La face du monde a changé à cause d'un satané virus. Bien qu'il soit encore difficile d'envisager un voyage outre-atlantique à cause des restrictions¹, je tenais à partager (enfin) avec vous un résumé de mes trois jours d'itinérance vélo dans la région du Saguenay. Dans peu de temps espérons-le, vous aurez peut-être vous aussi l'occasion de goûter comme moi aux grands espaces de l'Est canadien... Rien qu'à voir on voit ben, c'était pas si tant pire²...

Pour faire rouler les participants de cette édition 2019, Vélo Québec, l'association organisatrice de l'événement - par l'intermédiaire de son agence Vélo Québec Voyages, avait jeté son dévolu sur la région du Saguenay - Lac Saint Jean. La zone se situe à environ 500 km au nord-est de Montréal. L'idée est de réaliser une grande boucle cyclotouriste autour du gigantesque lac Saint Jean (1000 km² !) pendant 7 jours. Pour ma part, j'avais opté pour la version 3 jours.

Jour 1 - De Chicoutimi à Saint-Bruno

Samedi 3 août, 8h30. 1500 cyclistes se retrouvent au départ de ce GTD 2019 à Chicoutimi. Chicoutimi est un arrondissement de la ville de Saguenay, au bord de la rivière Saguenay, dans la région du Saguenay... tu suis toujours ?

"Il ne s'agit pas d'une course, mais d'une rando en mode cyclotourisme"

Il pleut ce matin là, mais cela ne semble pas entacher la bonne humeur des "grands toureurs". Depuis le CEGEP de la ville (l'équivalent de nos collèges), chacun s'élance sur son vélo quand il le souhaite. Il ne s'agit pas d'une course, mais d'une rando en mode cyclotourisme.

Le fjord du Saguenay

Le début du parcours nous offre une vue du début du fjord du Saguenay. Dommage que le temps soit bouché. Puis on s'éloigne de la zone urbaine de Chicoutimi pour s'enfoncer dans la ruralité de l'est canadien. Ce n'est pas la première fois que je met les pieds en Amérique du Nord, mais je suis toujours surpris de cette différence d'échelle qu'ils ont avec "nous autres" européens.

Je le constate premièrement avec les "petites" fermes familiales. Chaque exploitation devant laquelle nous passons fait quatre fois la taille d'une ferme française classique. Et puis, il y a ce fameux véhicule traditionnel des grands espaces nord-américains, le pick-up, qu'on appelle camion ou "truck" ici. Des 4x4 surdimensionnés dont le capot vous arrive à l'épaule. La voiture de monsieur tout-le-monde là-bas (qui se justifie là-bas au vu des conditions météorologiques l'hiver, mais qui commence malheureusement à débarquer aussi dans les plaines tempérées d'Europe où ils sont inutiles...).

Il ne faut pas se plaindre, les automobilistes sont assez courtois et s'éloignent facilement des groupes de cyclistes. Il faut dire que le trafic est peu dense sur des espaces aussi larges. Bien que les espaces traversés soient grands, difficile de se perdre, grâce à l'excellent balisage des équipes de Vélo Québec. Les participants suivent l'itinéraire jalonné par de grands panneaux noir sur fond jaune, difficilement ratables.

Après avoir descendu direction sud-ouest, nous remontons vers le nord en longeant la rivière Chicoutimi, puis nous passons au sud de Jonquière. De là, nous remontons la Rivière-aux-sables, direction le lac Kenogami. Tout en longueur, ce lac est une retenue d'eau artificielle qui s'étend sur plus de 140 km². C'est au bord de sa partie Est que se déroule le lunch. Encore une fois, on sent une organisation parfaitement rodée sur ce GTD.

Notre bracelet fait office de pass. On pointe, on récupère notre plateau repas réalisé à base de produits frais par des cuisines locales. Une fois les calories de la matinée récupérés, on pense évidemment à faire le tri de ses déchets (les bénévoles sont là pour veiller au grain) et on se remet en selle. Pendant ce temps, les équipes logistique de Vélo Québec sont déjà sur le pont pour aller installer notre campement du soir à Saint-Bruno, petit village dans le comté de Lac-Saint-Jean-Est.

L'après-midi, les groupes se sont étiolés et je me retrouve seul sur plusieurs dizaines de kilomètres. Le soleil est revenu. Sur la carte de mon GPS, je distingue les rives du lac. Mais impossible de les voir depuis la route. La vue est bouchée par un intense rideau forestier planté sur d'immenses propriétés privées. Premier arrivé, premier servi. C'était la règle des premiers colons canadiens qui se sont installés sur les rives des nombreux lacs de la région, et ils auraient eu tort de ne pas le faire.

La route typique nord-américaine ... rectiligne

Pendant ce temps-là, je parcoure des kilomètres rectilignes de bitume bordés d'arbres et de rochers, sans profiter de la vue du lac. C'est ainsi, mais c'est assez frustrant.

Après 87 km de pédalage, j'arrive tranquillement au premier village-étape de ce Grand Tour Desjardins. L'impressionnant campement a pris ses quartiers sur le terrain de l'école locale. Nous dînons dans une immense salle qui d'ordinaire sert de patinoire.

Jour 2 - De Saint-Bruno à Roberval

Petit déj québécois (donuts, fayots, porridge, céréales…)

Après un petit déjeuner consistant (donuts, fayots, porridge, céréales…), je réattaque la route. Pas tout seul cette-fois, Frédérique, une collègue journaliste du magazine canadien Espaces.ca, m'accompagne. Il nous suffit de pédaler une petite quinzaine de kilomètres pour enfin atteindre les rives du lac Saint Jean. Troisième plus grand lac du Québec, il s'étend sur plus de 1000 km². Impossible de distinguer la rive opposée, se tenir sur sa berge donne une impression d'être au bord d'un océan.

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Nous continuons direction sud-ouest en empruntant l'itinéraire officiel de la Véloroute des Bleuets³. Cette longue piste cyclable de 256 km permet de faire le tour intégral du lac St Jean, parfois sur des voies partagées, mais le plus souvent en site propre. Pendant ce temps, et dès le départ des premiers cyclistes au petit matin, les équipes logistique de Vélo Québec se sont affairées à tout empiler, plier, ranger, emballer, caser pour transporter tout ce matériel une centaine de kilomètre plus à l'ouest.

Ensuite, le trajet du Grand Tour nous envoi vers Saint-André-du-Lac-Saint-Jean, qui, contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, n'est pas au bord du lac, mais une cinquantaine de kilomètre plus au sud. La ville est située sur le plateau des Laurentides aux abords de la rivière Métabetchouane.

La route s'élève

Par conséquent, la route s'élève. Depuis la commune de Métabetchouan-Lac-à-la-Croix, nous prenons 200 mètres de dénivelé dans les mollets. Les voitures n'ont aucun mal à monter des cotes parfaitement rectilignes. Pourquoi s'embêter à faire des virages quand on a un moteur pour tracer tout droit... Pour les cyclistes c'est une autre histoire.

Les cuisses chauffent vite. Certains refusent l'affrontement dès le départ et mettent pied à terre, d'autres tirent la langue en s'accrochant tandis que d'autres encore montent comme s'ils dévalaient une pente. Avec ma collègue nous parvenons à nous élever, chacun à son rythme.

Depuis leurs perrons - large avancée abritée devant les maisons en bois typiques d'Amérique du Nord - les habitants regardent passer les grands toureurs. Après avoir traversé le village et la rivière, nous bifurquons à nouveau vers le nord pour reprendre la route de Chambord (pas le château, non). Depuis la route, on aperçoit à nouveau le bleu du lac Saint-Jean. La longue bande de bitume est bordée d'une immense foret de pins où se succèdent quelques habitations.

A Chambord, nous atterrissons de nouveau sur la Véloroute des Bleuets. On se laisse glisser tranquillement vers Roberval, notre fin d'étape de cette seconde journée. Les derniers coups de pédales se font en appréciant la vue incroyable sur le lac. L'impressionnant campement du GTD a pris place sur le campus universitaire, sur les hauteurs de Roberval.

Jour 3 - En boucle autour de Roberval

Dans la formule pour laquelle j'avais opté, le troisième jour du GTD consiste à réaliser un parcours en boucle au départ de Roberval. Au programme, 86 km. Le début du parcours fait un détour par le village de Sainte-Hedwidge, au bord de la rivière Ouiatchouaniche, affluent du Lac Saint-Jean. A l'aller comme au retour de ce détour, la route est incroyablement rectiligne. Je comprend le gout des nord-américains pour nos petites routes sinueuses européennes.

Des bombardiers d'eau Canadair

Nous passons devant un aérodrome où stationnent quelques avions bombardiers d'eau. Le célèbre "pélican" CL-415, successeur du CL-215, avec sa robe jaune et rouge, est fabriqué par l'avionneur canadien Bombardier Aéronautique, anciennement nommé Canadair et qui a donné ce nom aux avions.

Depuis Mont-Plaisant, nous bifurquons vers le nord-ouest direction Saint-Prime. A quelques kilomètres en amont de l'embouchure de la rivière Ashuapmushuan, nous arrivons à Saint-Félicien, où nous attends notre lunch quotidien. Je profite de la vue tandis que ma collègue soulage son dos dans les mains des masseurs.

Nous reprenons la route, à nouveau sur la Véloroute des Bleuets, direction Pointe Bleue. Nous traversons Mashteuiatsh. On aperçoit quelques totems amérindiens et des monuments en forme de tipi. Nous sommes dans un village autochtone de la communauté innue canadienne. A l'origine appelés "Montagnais", ces membres des "Premières Nations" sont originaires de l’Est de la péninsule du Labrador, présents bien avant les premiers explorateurs français.

On termine notre troisième et dernière étape avec pas mal de kilomètres et un peu de dénivelé dans les jambes (258 km et 1560 m de dénivelé sur trois jours), mais aussi avec d'incroyables images dans la tête. Si parfois les routes peuvent paraître longues et ennuyeuses, elles offrent aussi des points de vue magnifiques sur la nature canadienne. Ce séjour m'a aussi permis de mieux découvrir encore la culture québécoise.

Tiens, en parlant justement de culture québécoise, je ne résiste pas à vous faire un aparté sur notre retour en train à Montréal. L'on a souvent tendance à se plaindre de nos chers amis de la SNCF... Et bien sachez que pour rallier Montréal depuis Chambord - soit un peu moins de 450 km - il nous aura fallu plus de 10 heures, dans un train d'une bonne trentaine d'années, tiré par une loco poussive ne dépassant pas les 70 km/h. Il faut savoir prendre son temps dans les trains canadiens, et apprécier le paysage (magnifique au demeurant sur cette ligne).

Voilà, c'est terminé. Je tenais à remercier vivement les équipes de Vélo Québec qui m'ont de nouveau accueilli sur ce Grand Tour. J'ai hâte de pouvoir à nouveau tourner les jambes au Canada !

➡️ Plus d'infos sur le Grand Tour Desjardins (reporté à 2021).
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La Route Verte

³ La Véloroute des Bleuets fait partie d'un itinéraire global nommé "La Route Verte", qui s'étend sur 5300 km à travers plusieurs régions du Québec. Le magazine National Geographic l'a qualifiée de "plus belle véloroute au monde".


¹ À l'heure où j'écris ces lignes, les français souhaitant se rendre au Canada doivent le faire pour un motif essentiel et respecter une période de quarantaine sur place (14 jours).

² C'est clair, c'était pas si mal (traduit du québécois).

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