[Néo-Rétro] Maison Tamboite, un vélo Made in Paris en villégiature

[Néo-Rétro] Maison Tamboite, un vélo Made in Paris en villégiature

Vélos de luxe ou vélos exclusifs ? À vous de juger

Dans le cadre de notre dossier sur les vélos néo-rétros, mentionnée ici, nous avons rendu visite à la Maison Tamboite. Nous avons rencontré Frédéric et Vincent, alors que nous étions tout juste sortis de confinement. Le bureau qui fait aussi office de showroom et atelier est niché dans une petite cour intérieure dans le quartier de Bastille dans le 11ème arrondissement parisien.

Une autre vision de l'usine

Alors que nous sommes tout juste déconfinés, la discussion essaye de se faire à distance respectable. Pas facile quand on est invité à toucher les tubes en préparation, les outils, les différents matériaux.


Henri prend la pose

"Dans la famille, le savoir-faire s'est transmis de père en fils pendant 2 générations"

La Maison Tamboite, née en 1928, peut se targuer d'un héritage plus que centenaire puisque Léon fabriquait déjà des vélos depuis 1912. Frédéric est l'arrière petit-fils du fondateur, Léon. Dans la famille, le savoir-faire s'est transmis de père en fils pendant 2 générations. Frédéric est le fils de la fille, il n'est donc (et oui, la société paternaliste, la transmission de père en fils, ce genre de concept d'un autre temps) pas pré-destiné à reprendre les rênes de la Maison.

Il n'empêche, quand son oncle décide de raccrocher le tablier, Frédéric, instinctivement, et sans trop savoir pourquoi, récupère tout ce qu'il peut de l'atelier. Puis il stocke tout cela pendant plus de 10 ans. L'envie de changement, de revenir à une activité professionnelle qui a du sens donnera raison à Frédéric, il a bien fait de conserver les outils des cycles Tamboite. Ainsi en 2014 la belle endormie reprend vie.

Respecter la tradition n'est pas refuser le progrès

Tout est dans les détails

Ce qui frappe en premier lorsque l'on observe (admire?) les différents vélos exposés dans ce show-room, c'est l'unité de style des différents modèles. Un dessin rétro, des cadres fins, brillants, des chromes, des lignes très classiques. Puis l'observateur averti notera ici une transmission à courroie, là des freins à disques, par là un moyeu électrique. Léon se retournerait-il dans sa tombe en voyant cette débauche de technologie, m'interroge-je?

Frédéric nous assure qu'il respecte l'esprit d'excellence et de modernité insufflé depuis l'origine dans la production par son arrière grand-père. Il est vrai que savoir-faire et traditions peuvent parfaitement cohabiter avec innovation et création.

Frédéric démontre son propos en se saisissant d'un tube acier. "Ce tube par exemple, c'est de l'acier. On pourrait penser que l'acier d'aujourd'hui est le même acier que celui utilisé hier. A l’œil nu il l'est. Sa composition chimique n'a pourtant plus grand chose à voir avec ce qui existait il y a un siècle. Moins carboné, plus solide, plus léger, plus élastique". Aussi Frédéric et Vincent l'assurent en cœur "nous ne souhaitons rien nous interdire, tant que nous restons dans notre mission initiale qui est d'offrir un vélo sur-mesure, une expérience unique, un vélo en villégiature en somme".

Villégiature, voilà un adjectif étonnant pour qualifier l'expérience du vélo Tamboite; étonnant mais finalement cela sonne juste. Evidemment être en villégiature est une expérience de privilégiés. La villégiature étant un séjour à la campagne à la bonne saison, elle représente par extension tout séjour passager et agréable en dehors de chez soi. D'après mes interlocuteurs du jour, se déplacer sur un vélo Tamboite est donc une promesse de moments uniques, agréables, confortables. Tout est mis en oeuvre pour ce faire.

"Chaque vélo Tamboite qui sort de notre atelier est unique. Unique par son équipement mais aussi par ses mensurations, unique finalement par son comportement. Avant de se lancer dans la fabrication du vélo de notre futur client nous commençons par le mesurer dans tous les sens. Une quinzaine de mesures sont prises (ndlr: ce que l'on appelle une étude posturale) puis ces chiffres bruts sont lissés et adaptés en fonction des échanges et informations glanées."

L'art est bien ici: traduire une sensation souhaitée en comportement. Chaque lecteur devant ce billet aura sa propre interprétation de ce qu'est un vélo radical par exemple. Cela va dépendre de son expérience, sa forme physique, son usage, son trajet, sa conception de la "villégiature". En discutant, en échangeant avec l'équipe de Tamboite, le client se verra proposer la géométrie et les équipements qui sembleront donc correspondre le mieux à ses attentes, on pourrait même dire à ses aspirations.

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Tamboite, un constructeur de vélos parisiens et exclusifs

Marcel touche du bois

Vu les prix catalogues des vélos que j'ai sous les yeux, entre 11,000€ et 15,500€, il serait aisé de parler de vélos de luxe pour décrire la production Tamboite. Aisé, mais peut-être réducteur, vu que la notion de luxe est aujourd'hui une sorte de fourre-tout dans laquelle on range tout ce qui est plus cher que la concurrence. D'ailleurs plutôt que parler de luxe, il me semble plus à propos et plus juste de parler d'artisanat, de savoir-faire.

Plutôt que vélos de luxe, je préfère la notion de vélos exclusifs pour parler de l'offre Tamboite. Exclusifs parce que même si la gamme est organisée autour de 4 modèles: Marcel, le single speed; Henri, le porteur-parisien; Dalou le cadre ouvert ; Fauve, l'inclassable - chaque vélo qui sortira de l'atelier (on ne parle pas d'usine ici, on est sur de la production au compte-gouttes), sera unique. Unique parce que produit sur-mesure. Unique parce que chaque client pourra combiner, ad lib, les solutions techniques proposées.

Un Fauve électrique

Made in France? Non made in Paris plutôt

Proposer un vélo made in France est un engagement et une gageure. On en a parlé au sujet des cycles Cavale ou 1886, deux marques qui rentrent dans ce dossier "néo-rétro". Il y a une forme de coquetterie à parler de vélos made in Paris. Parce que Paris est la ville lumière, la ville de la mode, la ville avec un je-ne-sais-quoi. La Maison Tamboite a, à cœur, de privilégier les savoirs-faire locaux.

Comme une sorte d'envie de circuit court. Non pas par souci écologique (quoique) mais bien comme une envie d'aller chercher le savoir-faire au plus près. Ainsi Tamboite travaille avec une grosse dizaine de d'artisans situés à Paris ou en Région Parisienne. Qu'ils soient maroquiniers, ébénistes ou encore polisseurs, les artisans impliqués travaillent de concert autour des vélos de la maison Tamboite. Pour que chaque vélo soit unique, à l'image de ce que souhaite son futur propriétaire.

Le vrai luxe n'est plus l'espace mais le temps

Cette publicité sortie à la fin des années 90 posait la question statutaire et éminemment importante pour l'industrie de la voiture, les notions de luxe et d'espace qui seraient intimement liées... 30 ans après, quand on sait qu'il faut attendre au moins 3 mois entre le moment où le vélo Tamboite est commandé et le moment où il est livré. Quand on se rend compte que ce qui nous manque le plus dans nos vies quotidiennes, c'est le temps, le temps de prendre son temps. On peut se dire, sans rougir, que le vrai luxe, n'est pas l'espace (qui s'achète) mais le temps (que l'on prend).

Se déplacer à vélo est accepter d'avoir un autre rapport au temps. C'est aussi tenter de le maîtriser, d'en profiter. Assurément, rouler sur un vélo Tamboite est une expérience hors du temps. Nous avons eu l'occasion de rouler une matinée sur Marcel, sur Henri et sur Dalou. Nous vous en parlerons plus en détail dans un prochain billet.

Crédits Photos: Maison Tamboite

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