Doit-on craindre l’arrivée du vélo libre-service chinois en Europe ?

16 août 2017

Des centaines de vélos empilés les uns sur les autres. Ce sont des images que vous avez déjà vu dans les médias l'année dernière. Il s'agissait des vélos en libre-service des entreprises chinoises Mobike, BlueGogo ou encore Ofo... Nous vous avions déjà parlé de la compagnie Mobike en janvier dernier :

Les chiffres donnent le vertige. Ces compagnies se font financer à coups de millions de dollars par de grands groupes d'investisseurs. En novembre 2016, Ofo avait déployé 200 000 vélos en Chine dont 30 000 à Shanghai. Quand à Mobike, plus de 30 000 vélos ont été implémenté en quelques semaines dans quatre grandes villes chinoises. Aujourd'hui, elle "gère" plus de 5 millions de vélos dans une centaine de ville en Chine.

Et ces start-up, qui génèrent des millions de revenus, ont fait des petits. Des dizaines d'autres sociétés ont flairé le filon, copié le concept (habitude chinoise) et ont elles-aussi balancé des centaines de vélos dans les rues.

Sans bornes

"les VLS peuvent être laissé n'importe où" Leur concept est innovant puisqu'il ne repose plus sur un système de bornes. Les utilisateurs doivent disposer d'un smartphone. L'application géolocalise les vélos proches de vous. Un concept dont je vous avais déjà parlé en 2010 avec la start-up Social Bicycles.

Ainsi, les VLS peuvent être laissé n'importe où. Oui, vous avez bien lu, n'importe où. Et c'est là où le bât blesse. 

Vous avez d'un coté un système peu onéreux pour l'utilisateur (parfois quelques centimes le trajet) et de l'autre, des utilisateurs peu soucieux d'un objet qui ne leur appartient pas. Résultat : des milliers de vélos en mauvais état de fonctionnement ce sont amoncelés un peu partout dans le pays. De plus, les systèmes de verrouillage se sont avérés facile à détourner, faisant de ces vélos des cibles de choix pour les voleurs.

Pire encore, n'ayant pas besoin de borne, certains utilisateurs court-circuitent le système et jugent normal de conserver la monture chez eux (appartement, jardin, garage...), empêchant par la même un autre utilisateur de le louer. On retrouve également ces vélos en vente sur des sites de petites annonces ou d'enchères.

L'exemple de Wukong Bike est édifiant : cette société avait implanté 1200 vélos dans la ville de Chonqing, mais elle a dû mettre la clé sous la porte seulement cinq mois plus tard. La cause : 90% de sa flotte avait tout simplement disparu !

Une politique agressive

Les start-up derrières ces vélos en libre-service brassent des millions bien qu'elles ne soient pas encore rentable. Pire, elles s'avèrent aussi peu regardante sur la planification et sur la régulation de leur service. Elles se permettent ainsi d'aller s'implanter dans des villes, sans même avoir reçu la moindre autorisation.

À lire  Rennes : des projets cyclables en débat

Ce fut le cas de l'entreprise BlueGogo qui, du jour au lendemain, a déversé des centaines de vélos dans les rues de San Francisco, entraînant les mêmes problèmes cités plus haut. Mais la ville a vite réagi, en interdisant purement et simplement à la société chinoise d'implanter ses vélos et en leur ordonnant de les retirer immédiatement de la voie publique, avec une amende salée à la clé.

Après l'Asie, et avec les Etats-Unis et l'Australie, ces sociétés lorgnent désormais sur la vieille Europe, en tentant de s'y implanter de manière plus ou moins légales. Récemment à Amsterdam, voyant d'un mauvais œil ces vélos débarquer dans des rues déjà saturées de bicyclettes, a réussi à interdire ce type de système jusqu'à nouvel ordre.

Aujourd'hui, ces sociétés ont procédé à des lancements au Royaume-Uni (Londres, Cambridge, Manchester) et plus récemment encore en Italie (Florence et Milan). Les municipalités sont en effet séduites par le coût très faible de l'installation de tels systèmes, puisqu'ils ne nécessitent aucune modification lourde de voirie.

Seulement, les édiles doivent aussi considérer l'impact que peut avoir le déversement de centaines de vélos sur ses habitants et sur la façon dont ils se déplacent. L’infrastructure se doit d'être à la hauteur et cela ne se fait pas en un claquement de doigt. Et cela doit s'accompagner d'un minimum de pédagogie auprès des futurs utilisateurs.

L'ECF, la fédération européenne des cyclistes, a récemment exprimé ses craintes face à l'invasion des vélos sans bornes : "Les systèmes de vélo en libre-service fonctionnent mieux lorsqu'ils font partie d'une vision globale du réseau de transport de la ville".

Une stratégie globale est en effet un composant clé dans la réussite d'un programme de mobilité pour une municipalité. Seulement voilà, ces considérations ne semblent pas être celle des compagnies chinoises. Une fois les vélos dans les rues, celles-ci n'ont quasiment plus aucun contrôle sur leur flotte. Et les débordements entraînent des coûts pour la ville qui, parfois, doit envoyer ses propres agents pour nettoyer les rues des vélos entassés.

En revanche, les données générées par les déplacements des utilisateurs sont revendues à prix d'or aux municipalités (tout comme le font des services comme Strava Metro).

Pour le moment, les vélos en libre service de l'Empire du Milieu¹ ne sont pas prévus pour débarquer en France. Mais il faut rester vigilant, au risque de voir nos trottoirs s'entasser de vélos inutilisés et inutilisables... Qu'en pensez-vous ?

¹ Il n'y a pas qu'en Chine que l'on développe ces VLS sans bornes.  Il y a Donkey Republic au Danemark, Dropbyke et FlickBike en Lituanie ou encore Urbee et Hello-Bike aux Pays-Bas.

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  • Winfried

    > Les start-up derrières ces vélos en libre-service brassent des millions bien qu'elles ne soient pas encore rentable.

    Classique. On a déjà connu ça avec le boom Internet, Tesla/Musk, Chine aujourdhui.

    Vu le vol + vandalisme à Paris, encore moins de chance que ça marche ici. La solution du/des dernier(s) km(s) à Paris/proche banlieue ? La trotinette électrique et le vélo pliable.

  • Pingback: Autonomy 2017, le sommet parisien de la mobilité urbaine, Weelz.fr le web magazine du Vélo Urbain()