Urbanisme cyclable: Entrez dans la MasterClass Copenhagenize

Urbanisme cyclable: Entrez dans la MasterClass Copenhagenize

France, Belgique, Suède, Suisse, Australie, Colombie, Chili, Norvège, Etats-Unis… On vient des quatre coins du monde pour se faire adouber à Copenhague "Chevalier de l'ordre de l'urbanisme cyclable".

Un titre honorifique qu'aurait pu s'octroyer Mikael Colville-Andersen lui-même, lui qui a fondé l'agence Copenhagenize en 2008, pour tenter de répandre le plaidoyer vélo de la capitale danoise à travers le monde.


Copenhagenize est une agence de design urbain cyclable, qui s'est donc donné pour mission de reproduire l'exemple vélo de Copenhague dans d'autres villes du monde. Barcelone, Detroit, Toronto mais aussi Paris, Strasbourg et Bordeaux comptent parmi leurs clients.

Cédant sa place de CEO, Mikael s'est depuis retiré pour se consacrer à l'urbanisme au sens plus large et à sa série documentaire sur ce sujet : Life-sized City.

Morten Kabell, nouveau CEO de Copenhagenize

Pour reprendre les rênes, Mikael est allé chercher un expert : Morten Kabell, rien d'autre que l'ex-adjoint au maire de Copenhague chargé de la politique environnementale. Très impliqué dans le renouveau du réseau vélo de la ville, l'homme en connaît un "rayon" en matière de design urbain cyclable.

Classe de maître 

Depuis quelques temps maintenant, l'agence organise chaque année une MasterClass, à laquelle elle invite urbanistes, aménageurs et autres "bicycle enthusiasts" à venir voir de leurs propres yeux la réussite impressionnante - presque insolente - de la politique cyclable de cette ville.

Il y a bien sûr d'autres villes dans le monde, qui font un tout aussi bon travail en la matière - Utrecht, Amsterdam, Delft ou encore, plus près de chez nous, Strasbourg, Bordeaux ou Grenoble. Mais les chiffres parlent d'eux-mêmes, "CPH" demeure la ville la plus cyclable du monde :

Dans l'agglomération du grand Copenhague, la part modale du vélo dépasse les 40%. Elle atteint même les 60% dans l'hyper-centre. Sur une ville de 600.000 habitants, la ville compte près de 300.000 bicyclettes.

Le Cykelslangen bridge

D'après des récents comptages, les deux nouveaux ponts cyclables enjambant le principal bras de mer, le Bryggebroen ("pont du quai") et le Cykelslangen ("pont serpent") voient passer chacun plus de 20.000 cyclistes quotidiennement.

Dessine moi une ville à vélo

"Il ne s'agit de vélo, il ne s'agit pas de trafic urbain, il s'agit de rendre la ville meilleure et plus vivable" lance Morten Kabell en guise de bienvenue aux participants de cette masterclass 2019.

Sur deux rangées de table, chacun est invité à se présenter en binôme, la personne en face se chargeant de dessiner un vélo représentant sa personnalité. L'exercice met de suite dans l'ambiance, à la fois studieuse et détendue.

Ambiance studieuse mais détendue

La matinée est consacrée à des présentations sur le contexte particulier de la ville de Copenhague, des origines de sa politique vélo et des différents projets déjà réalisés.

Morten Kabell assure le show, mais également James Thoem, Clotilde Imbert et Michael Wexler, respectivement directeurs des bureaux danois, franco-belge et canadien.

L'arrivée massive de l'automobile dès les années 50 dans le monde entier a rendu les autres modes de déplacements complexes, voire obsolètes. Depuis, l'urbanisme n'a eu de cesse de privilégier ce mode au détriment des autres. Une situation qui, d'ailleurs, n'avait pas épargné la capitale danoise.

Exposant sa manière d'aborder l'urbanisme cyclable, l'agence rappelle que la principale question que les urban planners doivent se poser, est, non plus de savoir combien de voitures peuvent circuler dans une rue, mais combien de personnes peuvent emprunter cette artère (et par quel moyen).

Avec une politique volontariste de pacification du centre-ville, initiée dès la fin des années 90, Copenhague a réussi petit à petit à muer en une extraordinaire ville cyclable.

La ville de 600 000 habitants, concentrés sur 90 km², compte 375 km de réseau cyclable, 61 km de voies vertes, 57 km d'autoroute vélo et une dizaine de ponts uniquement réservés aux piétons et cyclistes.

Sur le terrain

Il est l'heure de se mettre en selle. L'après-midi, l'agence Copenhagenize invite les apprenants à aller constater par eux-mêmes la réussite de Copenhague en matière de déplacement à vélo.

Pour les urbanistes, la ville se transforme en un grand livre ouvert dans lequel ils peuvent s'inspirer, puiser des idées. Tous viennent de pays et de cultures différentes, mais sur le vélo, on s’aperçoit que nous parlons tous le même langage.

Le groupe d'une vingtaine de personnes s'élance pour un tour de trois heures à travers la capitale danoise. Un exercice facile pour l'agence d'urbanisme.

"Pour rendre une ville cyclable, il ne suffit pas d'appliquer une recette à la lettre"

Sans vouloir dénigrer bien sûr l'excellent travail que fournit la team Copenhagenize, mais franchement, quand on a comme "document de travail" une ville comme Copenhague, les choses apparaissent aisée. Comme s'il suffisait de faire venir les urbanistes et de leur dire : "Regardez, prenez des notes puis faite la même chose".

Sur le même sujet  [Test] Bikezac : le sac de courses / sacoche vélo bien pratique

Je plaisante bien sûr. C'est un peu plus complexe que cela, et le regard critique et analytique de l'agence danoise est acéré. Pour rendre une ville cyclable, il ne suffit pas d'appliquer une recette à la lettre, et ce qui fonctionne ici, à Copenhague, pourrait bien ne jamais prendre dans votre ville. 

Vous devez prendre en compte des dizaines de facteurs différents, qu'ils soient d'ordre politique, historique, culturel, urbanistique ou tout simplement humain.

"Même la ville de Copenhague peut parfois lamentablement se planter"

Le Inner harbour bridge

D'ailleurs, tout n'est pas si rose au paradis du cycliste urbain. Même la ville de Copenhague peut parfois lamentablement se planter. A l'image du Inderhavnsbroen (Inner harbour bridge), le nouveau pont qui connecte le quartier de Christianshavn à Nyhavn, le célèbre port aux baraques colorées.

Mikael Colville-Andersen a qualifié ce pont de "stupid, stupid bridge". Mis de côté les nombreux retards dus à des problèmes d'ingénierie, c'est surtout le cheminement cycliste qui étonne : la pente est raide, la piste étroite et les virages sont en angle droit. OK pour quelques cyclistes, mais pas pour le flux cycliste de Copenhague (+ de 17.000 cyclistes quotidiens).

Big data au service du vélo

Retour dans les locaux de Copenhagenize. De Papirøen à Nørdhavn, l'agence a récemment déménagée au nord-est de la ville, sur une ancienne friche portuaire qui voient pousser les nouveaux immeubles comme des champignons.

"La data rend les cyclistes visibles"

Place aux chiffres avec la (très) dynamique Åse Boss Henrichsen, coordinatrice au centre technique et environnemental de la ville de Copenhague. Elle et son équipe dédiée sont chargés de récolter de la donnée.

Pour cela un seul moyen efficace, le comptage. Ils sont réalisés à intervalles réguliers, afin de vérifier et quantifier les fluxs cyclistes sur les axes les plus empruntés de l'agglomération.

Cette data permet de rendre visible les cyclistes. Elle est également mise en corrélation avec d'autres facteurs, comme les modifications d'infrastructures, des événements particuliers (greve, travaux…) et, bien sûr, la météo, souvent capricieuse au Danemark.

Comme le disait Michael Wexler le matin même, la quantification des cyclistes est une bonne chose, mais il faut aussi observer les comportements de ceux-ci. Une bonne méthode pour constamment adapter l'infrastructure aux besoins des usagers à vélo.

Bicycle rush hour

Compteur, crayon et tableau de critères en main, les participants de la MasterClass se retrouvent le lendemain matin pour se soumettre en live à cet exercice de comptage.

L'objectif est simple: dénombrer les cyclistes selon une méthode précise. Sexe, âge, type de vélo, chargement, comportement… chaque groupe est chargé de comptabiliser différents critères. 

Dronning Louises Bro

Il est 8h, nous sommes sur Dronning Louises Bro, intersection Søtorvet, soit, selon l'agence, la zone cyclable la plus empruntée au monde, rien que ça.

Il faut avouer qu'à cet endroit, le flux cycliste est impressionnant. Les bike commuters danois déboulent par dizaine du quartier résidentiel du Nørrebro, pour s'enfoncer dans le quartier central de l'Indre By.

Positionnés à différents endroits, les différents groupes de la MasterClass réalisent consciencieusement la tâche qui leur a été assignée. Et il leur faut peu de temps pour obtenir une data de qualité : En seulement quinze minutes - oui, 15mn - 850 cyclistes comptabilisés.

Suite à ce petit exercice, j'ai laissé mes compagnons continuer leur Masterclass. A leur programme, quelques keynotes et une visite plus poussée de Copenhague et de ses infrastructures (notamment à l'extérieur grâce au réseau d'autoroutes vélo).

Je les ai retrouvé le lendemain soir, pour la traditionnelle baignade dans les eaux (froides) du port de Copenhague. Pour se réchauffer, un chef à vélo étaient venu cuisiner sur place quelques plats d’inspiration danoise.

En espérant que chaque participant soit reparti avec les clés pour déployer ailleurs les atouts de Copenhague.

Encore une fois, impossible de faire un copié-collé, car la structure même de chaque ville diffère, autant culturellement qu'au niveau social, politique ou hiérarchique.

Mais la réussite de Copenhague en terme de politique cyclable demeure un exemple et doit pouvoir - non sans quelques ajustements - se dupliquer dans n'importe quelle autre ville. 

Comme le rappelait Morten Kabell au début de la Masterclass, la cité danoise n'a pas toujours été une ville favorable au vélo. Là-bas aussi la voiture avait commencé à envahir l'espace public.

Comment la ville s'est transformée ? Un peu d'infrastructure et … beaucoup de volonté politique.

Retour en haut de page
Fermer cette popup
Ne pars pas comme ça !
On a encore plein de choses à te montrer...

Ne rate rien des prochains articles en t'abonnant à la WeelzLetter ! ( Et parfois, tu peux même y gagner des cadeaux)