Un trip vélo de Belfort à Bienne : l'intermodalité entre les lignes

Un trip vélo de Belfort à Bienne : l’intermodalité entre les lignes

À l'heure (comme tous les trains en gare !) de l'ouverture à la concurrence sur nos réseaux ferrés, je vous propose une expérience sur l'intermodalité train-vélo. Ce serait quand même ballot de rater l'occasion d'adapter sa mobilité sur un mois de mai dédié au vélo ! Si Weelz! (au sujet des bus) ou la FUB vous offre quelques éléments sur le papier, j'ai préféré me rendre sur le terrain pour essayer. Pas n'importe où ! J'ai profité de la réouverture de la ligne entre Belfort et Bienne (Suisse), abandonnée depuis presque 30 ans, pour mener mon enquête sur un territoire frontalier aux paysages variés. Un trip vélo à l'épreuve de l'intermodalité.

Du lion de Belfort à la frontière : une piste déserte !

"Monsieur ! Descendez de ce vélo ! On ne roule pas sur les quais !"

Les règles sont simples : parcourir à vélo en deux jours et en autonomie les 150 kilomètres de la ligne reliant Belfort à Bienne en étant au plus proche de la voie ferrée. Il me semble judicieux d'être littéralement collé durant l'ensemble du trajet au chemin de fer pour réfléchir chaque tronçon, chaque arrêt, comme un déplacement du quotidien. Le départ s'effectue donc depuis la gare de Belfort où mon partenaire nommé TER s'élance dans un grondement sourd qui fait trembler le quai. J'échappe très rapidement aux tumultes urbains en récupérant l'Eurovelo 6, le soleil d'hiver me brulant les lèvres.


La frontière suisse ne se trouve qu'à 25 kilomètres de là et j'ai l'heureuse surprise de trouver sous les roues de mon vélo électrique (Ndlr: un Moustache Weekend 27 FS Dual) une piste cyclable parfaitement tracée, d'un goudron bien appliqué. Même si mon itinéraire m'oblige à prendre parfois les courtes, je retombe à chaque fois entre deux pistes forestières boueuses sur la signalétique de la voie cyclable m'indiquant "Delle" par "Morvillars".

Au beau milieu des champs se dresse la gare TGV Belfort-Montbéliard. La construction de cette halte centrale dans l'est de l’hexagone explique certainement la réalisation de la piste cyclable flambant neuve au bord des rails. Et c'est tant mieux ! Côté français, les villages environnants sont donc directement connectés à de nombreuses destinations à grande vitesse. Sans compter l'accès au pays voisin, employant pas moins d'un tiers de la population. Mon enthousiasme redescend très vite lorsqu'à deux pas de la frontière, le boulanger du coin me dresse le constat : "Il n'y a personne qui utilise cette ligne depuis 4 ans. Pas même la piste. Elle ne sert qu'à promener le chien !".

De Delle à Delémont : on ne se pose pas la question !

Si les français boudent la remise en route de la ligne Belfort-Bienne, qu'en est-il des Suisses ? C'est alors que les douaniers me mettent sur la piste. Ils me font alors remarquer que pour rejoindre Bienne, pourquoi s'embêter d'un vélo quand il existe des trains ! Les gaillards savent certainement ce qu'il m'attend dans ce vélo trip de l'intermodalité. La seconde étape de mon trajet se déroule sur un billard comparé à la suite. Pour les absents en cours de géographie, entre Belfort et Bienne se dresse le Jura ! Pour l'instant, les communes de Boncourt, Courtemaîche ou Porrentruy s'enchainent sans aucune difficulté sur un itinéraire vélo emprunté.

"On est plutôt bien loti en Suisse. Il y a toujours des bus, des trains, on peut se déplacer partout même ici sur les hauteurs du Doubs !"

Monica, fidèle utilisatrice de la ligne Belfort-Bienne au quotidien

Le col de la croix (789m) avalé en quelques minutes grâce à mon VTTAE à double batteries chargé à bloc, je descend à toute berzingue vers Saint-Ursanne, où le Doubs vient vite y faire un crochet, avant de repartir en France. Je passe un peu plus de temps dans cette cité médiévale pour papoter avec Monica, qui sort justement du train. Elle m'avoue avec fierté avoir vendu sa voiture personnelle pour ne plus se déplacer qu'en transport en commun. Une prouesse quand on observe la ruralité de la région, bien loin du Grand Paris Express. Et même si le vélo n'est pas son allié du quotidien, elle s'organise pour se déplacer grâce aux bus, trains, qu'elle rejoint à pied. Respect.

Sur le même sujet  [Test] Origine Graxx 2, un vélo gravel tempéré, pour rouler longtemps

Le tumulte des eaux du Doubs me pousse à reprendre la route, direction Délemont pour la dernière étape de la journée. La rame prend de l'altitude de manière rectiligne et joue à cache-cache dans les tunnels alors que j'enchaîne les virages à épingle. Nous sommes ici sur le terrain de jeu des grimpeurs, moins des vélotafeurs. J'aperçois plein est, avant la bascule, des sommets enneigés. La journée du lendemain s'annonce bien !

L'intermodalité à l'épreuve du dénivelé

L'intermodalité s'expérimente aussi par ses infrastructures d'accueil dans ce vélo trip. De ce côté là, Français ou Suisses sont logés à bonne enseigne avec plusieurs maisons d'hôtes tout au long du parcours. Une mention spéciale pour les hébergement labellisés "Accueil Vélo" qui fleurissent doucement. Les poches pleines du buffet du petit-déjeuner, je m'élance vers les contreforts du Jura sur ma monture qui souhaite faire ses preuves sur ce terrain accidenté. En effet, pour respecter l'engagement de suivre au plus près la voie ferrée, je dois gravir des sommets. Ceux de Graitery (1280m) et du Grenchenberg (1403m) en particulier, alors que le train passe lui dans un long tunnel au cœur de la montagne.

Il serait inenvisageable de réaliser ce trajet quotidiennement entre les communes de Moutier et Grenchen avec autant de dénivelé. Encore moins en plein hiver ! Cependant, lorsque je découvre sur ces crêtes ensoleillées des traces d'animaux, des fermes auberges et de la signalétique pédestre et cycliste, il m'apparait évident que l'intermodalité pourrait prendre un tournant plus touristique dans ce segment du parcours. Ce "talus" usé par le temps ne demande qu'à être arpenté. Avec une gare de chaque côté, il est aisé de s'élancer d'un versant pour atteindre l'autre afin de s'oxygéner. Et ce toute l'année. Car cette ligne a la particularité d'accueillir plus de 10 aller-retour quotidien à toutes les saisons. Il ne reste plus qu'à prévoir votre VTT ou vos chaussures de randonnée.

Jusqu'alors confiant quant aux capacités du Moustache à me permettre d'escalader n'importe quelles pentes raides enneigées, je sous-estime quelque peu le poids embarqué sur l'arrière du vélo. Celui-ci me contraint à poser le pied dans la dernière ascension. Qu'à cela ne tienne, c'est l'occasion d'admirer plus longuement, derrière la plaine de Bienne, les Alpes majestueuses se dresser ! Une fois descendu du Grenchenberg, je continue d'apprécier la vue depuis une piste cyclable idéalement tracée avant d'atteindre à l'horaire prévu, la ville des horlogers.

Du train au vélo, du vélo au train, il n'y a qu'un quai !

L'intermodalité comme excuse pour voyager ?

Le ratio temps de trajet/effort est incomparable entre le train, la voiture et le vélo. Cependant, rejoindre Belfort à Bienne en hiver le long de sa voie ferrée dans un vélo trip est une formidable entreprise pour se rendre compte de l'énorme potentiel que suscite l'intermodalité. Vous mettrez certes 1h30 en voiture, 2h en train, pour rejoindre ces deux villes séparées de moins de 100 km à vol d'oiseaux. J'y ai passé 12h en selle tout en crottant parfaitement les chromes du vélo vosgien tout terrain.

À condition que l'itinéraire ferroviaire propose de nombreux arrêts, qu'il soit relié par un réseau cyclable de qualité et que des services jalonnent son itinéraire, alors l'intermodalité peut s'installer durablement dans le quotidien des habitants, voire touristiquement. N'allons pas jusqu'à observer grâce à cette ligne un grand chamboulement des mobilités au porte du pays de la neutralité ! Mais plutôt une petite révolution du quotidien, qui remettrait les pendules à l'heure.

Ce vélo trip a été réalisé pour le collectif "Entre les Lignes", avec les photos de Sophie Cousin. Pour en savoir plus, cliquez ici. Vous pouvez aussi visionner la vidéo ci-dessous.

Retour en haut de page