[Test] Tern BYB S11, un vélo pliant plein de fougue

[Test] Tern BYB S11, un vélo pliant plein de fougue

Un concurrent direct du Brompton?

"Le BYB est un excellent vélo sur le bitume, mais pas assez "taillé" pour le multimodal" d'infos

(3.5/5)

Voici notre test du petit vélo pliant Tern BYB. Un curieux nom pour un vélo que nous n'avions pas hésité à qualifier de "Brompton Killer" lorsque nous avions vu les premières photos (sans l'avoir eu encore en main). Arrivé à la rédaction juste avant le confinement, nous avons pu passer quelques temps avec le modèle Tern BYB S11. Alors, ce nouveau vélo pliant taïwanais va-t-il réussir à renverser le petit anglais de son trône ? Réponse dans ce test…

Ramène ton vélo !

Les cyclistes le savent. Dès lors que vous laissez votre vélo attaché en pleine rue, il réside au fond de nous une petite part de stress, et cette question sans cesse revenant : "Vais-je retrouver mon vélo ?". Le fabricant Tern Bicycles veut apporter une réponse avec son modèle BYB. B.Y.B. (prononcez [BiːouailleˈBi]) pour Bring Your Bike¹ ("Amenez votre vélo"). En d'autres termes, quoi de moins stressant que de toujours avoir son vélo sous les yeux, n'est-ce pas ?


Ainsi, un petit carton est arrivé en plein confinement. Celui-ci s'était perdu en plein chaos, avec la désorganisation qu'a provoqué la crise sanitaire dès le mois de mars. D'autant que ce petit BYB arrivait de l'un des épicentres italiens du Covid-19, Milan (c'est une société italienne, OGA Srl, qui gère la distribution pour la France). Autant être honnête, le test de ce vélo pliant ne se sera pas fait dans des conditions optimales. Difficile de tester ce type de vélo taillé pour le multimodal, alors même que les conditions sanitaires en France nous restreignaient dans nos déplacements.

Tum-tam-talaaaaaa (tu auras reconnu la signature sonore de la SNCF)

Au déconfinement, le vélo a pu nous accompagner sur divers déplacements locaux, ainsi que durant trois voyages en train, deux vers Paris en TGV, un autre vers Nantes en TER (vous l'apercevez dans notre vidéo des triporteurs pendulaires ili Cycles). C'est peu, mais suffisant pour nous afin de se faire un avis tranché.

Design racé

Le Tern BYB se base sur un ensemble cadre et fourche en aluminium T6. Le travail sur le cadre fait la part belle aux tubes hydroformés. Le look est racé et plutôt agréable à l'oeil. Dommage que les soudures soient aussi grossières. Le look sportif est encore renforcé sur ce modèle S11 par les jantes Kinetix Pro X et leur rayonnage très fin.

Moins joli (mais nécessaire) le carter de protection de la chaîne en plastique. Moins élégante également, la câblerie qui aurait mérité d'être plus discrète (mais dont la longueur dépend du pliage de l'engin).

Au passage, on saluera l'effort de la marque Tern d'avoir concentré ses efforts R&D sur un nouveau modèle de vélo pliant musculaire et pas un énième vélo électrique. Vu le marché en ce moment, c'est assez rare pour être souligné.

Pliage et dépliage, bien mais...

Trois charnières composent le système de pliage du Tern BYB. Une pour la colonne de direction et deux pour le cadre. Le pliage n'est pas instinctif de suite et il faut un peu de pratique pour s'y faire.

Après avoir rentré la tige de selle qui se compose de deux tubes l'un dans l'autre (en prenant soin de tourner la selle dans le sens inverse), on déverrouille les deux charnières de la poutre principal. Ensuite, il faut attraper le tube du milieu en inversant son poignet. Cela permet, en un mouvement naturel, de faire revenir la partie avant devant la partie arrière.

Une fois ce geste réalisé, une pièce métallique sur la fourche vient s'ancrer sur la base arrière. Cela permet de bloquer les deux roues côte à côte parallèlement. On peut ainsi utiliser l'engin comme une valise trolley, en poussant le vélo par le guidon. Malheureusement, lors de nos premiers essais, nous avons perdu cette pièce en route, ce qui nous a empêché d'utiliser ce mode (peut-être une pièce fragile à surveiller).

Juste après avoir fait cela, on peut basculer le vélo pour le positionner "debout". Ainsi, le vélo va venir reposer sur les roulettes intégrées au porte-bagages. Pour plier totalement le BYB, reste plus qu'à déverrouiller la charnière de la colonne de direction et de venir la bloquer avec une petite sangle en silicone (sinon elle reste battante).

Dernier petit détail : la pédale gauche est amovible et vient se fixer à l'intérieur du triangle arrière. Bien qu'elle gêne moins, la pédale droite peut aussi être retirée, mais il n'est pas prévu d'emplacement pour elle sur le cadre.

Evidemment, si l'on visionne la vidéo ci-dessous, cela paraît facile et rapide. Dans les faits, je n'ai pas trouvé ce pliage très pratique. Au moment où l'on désenclenche les charnières principales, le vélo peut facilement se désarticuler et basculer. De plus, les charnières se retrouvent assez basses. C'est bien pour le centre de gravité du vélo, moins bien pour le dos des grands utilisateurs.

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Mettons de suite les deux pieds dans le plat (du vélo pliant). Difficile pour nous de ne pas comparer avec le pliage d'un Brompton. La cinématique de pliage du Brompton a plus de 30 ans, mais elle demeure une référence. Si le concept et la philosophie du pliant taïwanais sont différents, le petit vélo anglais et son système de pliage très rapide s'avère plus pratique, surtout dans un usage multimodal.

Les manipulations de pliage du BYB sont plus longues, un peu moins faciles. Le Tern BYB manque de compacité une fois plié. Il n'est pas facile à porter le long du corps. Malgré l'utilisation de l'aluminium, il reste assez lourd (environ 13 kg) et le mode trolley n'est pas utilisable sur tous les terrains.

Sur la route, un vélo pliant canon

Racé n'est-ce-pas ? (je parle du vélo)

Le look de ce Tern BYB dans sa version S11 est sportif. La géométrie du cadre et les composants sélectionnés donnent raison à ce sentiment visuel. Comme le dit notre titre, il est plein de fougue. Si le vélo déçoit un peu en terme de pliage et de compacité, il s'avère en revanche très agréable à rouler. La rigidité est affirmée. Le cadre en double tube et les charnières "Dead Bold" font diablement bien leur boulot. Les relances sont nerveuses.

Le BYB S11 donne envie de rouler vite et se faufiler à travers le trafic. Le centre de gravité du vélo est bas, l'empattement est long. Cela donne beaucoup de stabilité à la monture. En revanche la danseuse n'est pas son fort, la faute à une tige de direction très longue qui donne une sensation de balancement du vélo non naturel.

Sur cette version S11, le sentiment de sportivité est encore accentué grâce à la transmission Ultegra 11 vitesses. Une transmission qui apparaît comme presque un peu trop luxueuse pour un vélo qui ne se destine pas à la performance (on retrouve le groupe Ultegra sur des vélos de route de bonne gamme). Les changements de braquet sont souples et très réactifs, parfaitement adaptés à un pilotage sportif en ville. Avec une cassette de 11-32 couplée à un plateau de 54 dents, aucuns soucis pour prendre de la vitesse ou affronter le dénivelé.

Alors que la plupart des vélos pliants du marché offrent des roues de 16 pouces (c'est le cas du Brompton), les jantes de 20 pouces sont ici un plus indéniable. Cela donne un vélo plus roulant. Coté pneumatiques, les Schwalbe Marathon Racer apporte à la fois du confort sur les revêtements dégradés et semblent suffisamment robustes pour affronter les pièges urbains - verre brisé, pointe, vis… (pas de crevaisons à signaler de notre côté).

L'utilisateur va également pouvoir ajuster sa position parfaitement, grâce à une tige de selle télescopique très longue et dotée d'une graduation pour la remettre toujours aux mêmes réglages. De même, le poste de pilotage maison Physis (déjà testé sur le Tern Verge S8i) permet de régler le cintre autant en hauteur qu'en profondeur.

Le Tern BYB P8, moins cher, mais moins bien équipé et presque 2 kg plus lourd

Le BYB existe en deux versions : le S11 (2295€) présenté ici et le P8 (1195€). Les deux modèles utilisent la même base de cadre, le même porte-bagages, la même tige de selle et la même direction. Le S11 est plus haut de gamme, avec sa transmission Ultegra 1x11, tandis que le P8 utilise une transmission Shimano Acera 1x8 et des jantes plus bas de gamme. Cela fait une bonne différence sur la balance : le S11 est presque 2 kg plus léger² que le P8. Niveau coloris, le S11 est disponible uniquement en finition argent mat, alors que le P8, moins cher, est disponible en champagne, bleu et bronze.

Un mot à propos du porte-bagage (qui sert de support aux roulettes trolley). Celui-ci dénué de plateforme sur le dessus ne permettra pas de stocker quoi que ce soit et c'est un peu dommage. De même il ne sera pas compatible avec des sacoches standards en latéral. Peut-être que Tern envisage de sortir des sacoches spécifiques mais rien d'annoncé pour l'heure. En option, vous avez la possibilité de monter un porte-bagage avant (Pack Rack ou Kanga) ou un support bagage (Luggage Truss).


Alors, ce nouveau vélo pliant Tern BYB est-il le "Brompton Killer" que l'on vous décrivait ? Réponse dans notre verdict ci-dessous...

¹ Avec le nom de son modèle, Tern fait référence au mouvement BYOD, pour Bring Your Own Device, une approche qui consiste à utiliser ses propres terminaux personnels (smartphone, tablette, ordinateur…) dans un contexte professionnel.

² Les poids officiels sont 12,7 kg pour le S11 et 14,3 kg pour le P8

Notre verdict

[Test] Tern BYB S11, un vélo pliant plein de fougue
(3.5/5)

Vous allez dire que l’on fait les difficiles, mais le temps passé avec ce Tern BYB nous a laissé perplexe. Malgré de petits défauts de design mineurs (câblerie, soudures…), la ligne globale du vélo est très réussie. De même, ce que l’on demande avant tout à un vélo pliant, c’est d’être un bon vélo. Et sur ce point, le BYB dans sa version S11 est sans nul doute un excellent vélo. Il est agile, rigide, nerveux et doté d’une transmission très souple. Il s’avère être une machine très roulante.

Mais alors qu’est ce qui pêche ? Tout simplement sa cinématique de pliage. Si le but des équipes de Tern était d’en faire l’engin multimodal ultime (Bring Your Bike souvenez-vous), le BYB ne nous a pas convaincu sur ce point. Le système de pliage est intelligent, certes. Les dimensions du vélo une fois plié restent compactes (33 x 81 x 51 cm). Mais pour autant, la manipulation du vélo demeure peu pratique.

Le BYB restera fonctionnel pour être glissé dans un coffre de voiture ou encore enfilé dans un ascenseur pour le monter dans votre bureau. Mais dans un véritable usage intermodal – tram, bus, métro, train – le BYB montrera ses limites – moins pratique à plier, moins pratique à porter, moins pratique à stocker… Dans un usage métro-boulot, le « B »¹ reste King in his kingdom… Dommage, car sur le bitume (ou les chemins roulants), le BYB surpasse aisément le petit anglais.

Si l’on voulait résumer, le Tern BYB est un excellent rouleur mais pas le meilleur allié dans un vrai usage intermodal (bus, train, métro…). Le profil utilisateur·rice parfait·e de ce vélo pliant habite en centre-ville, dans un appartement sans garage/local vélo et se rend directement à son travail où il·elle n’a pas de solution de stationnement.

Question tarif, à 2295€, le BYB S11 reste aussi onéreux qu’un Brompton (et vous n’avez pas de choix de couleur). Sur ce point, le P8 tire son épingle du jeu, avec quatre choix de couleur, en s’affichant à « seulement » 1195€ (cela reste quatre fois plus cher qu’un Btwin Tilt 500).

¹ « B » (prononcez [Bi]) est le petit surnom que donnent à leur vélo les propriétaires de Brompton.

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