[Test] FUJI Jari Carbon, un vélo gravel délicieusement polyvalent

[Test] FUJI Jari Carbon, un vélo gravel délicieusement polyvalent

Le "vélo à tout faire" qui coche toutes les cases ?

"Un vélo gravel ultra-polyvalent, tout aussi nerveux et agile que docile" d'infos

(4.5/5)

Encore assez peu connue sur le sol hexagonal, Fuji Bikes est pourtant l'une des plus anciennes marques sur le marché mondial du cycle. Plus que centenaire, elle a produit ses tout premiers vélos en 1899 ! La marque est désormais dans les mains d'un fonds d'investissement privé américain (Advanced Sports International). Si vous entendez une consonance japonaise dans le nom du fabricant, c'est normal. Il fait référence au célèbre Mont Fujiyama. Car la compagnie a été fondée au Japon, par Okazaki Kyūjirō, sous le nom de "Nichibei Fuji". On vous fera prochainement un brief plus complet sur l'historique plutôt intéressant de cette marque.

Test du gravel FUJI Jari Carbon dans Weelz!

Ce test vélo est un peu plus particulier. Précisons tout d'abord que tous les tests que vous pouvez lire sur Weelz sont, et resteront, gratuits pour les marques. Ce qui nous permet de garder une totale indépendance sur notre verdict, tant sur le fond que sur la forme. Les machines nous sont envoyées directement, nous les conservons le temps du test. Souvent un petit mois, parfois plus, parfois moins, puis nous renvoyons le modèle chez son fabricant/distributeur(1).


La particularité de ce Fuji Jari ? Il a été acheté. C'est mon modèle gravel personnel. Son test en est-il biaisé ? Je ne le crois pas. Même si bien sûr, il est peu probable que je vous en dise du mal, puisque j'ai décidé d'investir dans ce modèle après moultes réflexions et recherches.

Le cahier des charges : Un vélo pour tout faire

Sur les hauteurs de la Suisse Normande (Viaduc de Clécy (Vélo Francette) au fond)

L'objectif premier était bien sûr de trouver un vélo qui correspondait à ma pratique gravel. Un cadre suffisamment léger, nerveux et rigide sur les portions routes, mais avec lequel je puisse trouver un minimum de confort et de contrôle sur les sentiers. Mon passif de vététiste font que j'aime les singles sinueux et trialisants et les passages un peu techniques. Mon précédent modèle (un GT Grade Alu si vous voulez savoir) était un peu trop light dans cette pratique gravel "engagée" (notez les guillemets - l'idée n'est pas de balancer des gros gaps).

"le bon nombre de vélos à posséder, c'est le nombre de vélos actuel + 1"

Autre critère important dans mon choix : un vélo à tout faire. Bien que je prône la méthode du N+1 (le bon nombre de vélos à posséder, c'est le nombre de vélos actuel + 1), j'avais envie d'un vélo à tout faire, qui puisse être à l'aise autant sur route que sur chemin, et autant dans une pratique route/gravel/allroad sportive que cyclotourisme et/ou bikepacking. Sur ce dernier point, je recherchais aussi une monture dotée d'un maximum de perçages, afin de maximiser les solutions d'emports.

Coté matériel, je souhaitais du disque hydraulique, du monoplateau et également la possibilité d'un dégagement suffisant pour pourvoir monter du pneus de section généreuse (>45). Partant de ce postulat, tout de même assez exigeant, il faut avouer que les candidats ne se bousculaient pas au portillon. Chaque fois que je trouvais un modèle répondant à ces critères, une ou deux choses manquaient à l'appel. Jusqu'à ce que je tombe sur ce Fuji Jari. Maintenant que j'ai ce vélo en main depuis pratiquement un an, je peux vous en faire un compte rendu complet. Celui-ci répond-t-il à toutes mes attentes ? Réponse dans ce test…

Design carboné

J'ai donc jeté mon dévolu sur ce Fuji Jari, version Carbon 1.3, modèle 2020. Le vélo présente un design à la fois élégant et musclé. Sur une base de cadre carbone monocoque haut module, le Jari, haut sur pattes, s'appuie à l'avant sur une fourche rigide, en carbone également. Comme vous pouvez le voir sur les photos, le travail sur les haubans est particulier. Ils présentent une courbure concave, pour apporter de la souplesse verticale et absorber les contraintes sur l'axe arrière. En parlant d'axes, ils sont tous les deux traversants (en 12 mm). Un vrai plus pour gagner en rigidité.

Question coloris, la nuance "Sable", mélangée avec du logotage orange, ne m'a pas tapé dans l'œil de suite. Mais j'ai fini par m'y faire. Lorsqu'on finit enfin par trouver un modèle qui coche toutes les cases, sa cosmétique reste finalement un détail.

Un gravel confortable en toute situation

Sur l'asphalte, le Jari met immédiatement en confiance. La position est haute, avec un stack supérieur à 590 mm (en taille L). On est loin des standards d'un pur routier racing. Pour autant, le vélo présente une excellente sportivité, et je ne suis clairement pas ridicule lorsque je tente de suivre - voire parfois de dépasser - des groupes de cyclos routiers. Avec ses pneus de 43 mm, on perd évidemment un peu en rendement, mais pas autant qu'on pourrait le penser.

Mon Jari monté en jantes DT Swiss GR1600 (700) et pneumatiques Michelin Power Gravel 40

Et puis, quel confort. Cette large monte pneumatique efface toutes les imperfections de la route. Seul regret, les jantes WTB d'origine. Elles sont robustes mais lourdes et manquent cruellement de dynamisme. Elles ont été remplacées ensuite par des DT Swiss GR1600. Une référence sur la pratique gravel, et qui, je dois l'avouer, a totalement changé le comportement du vélo (nous reparlerons de ces jantes dans un prochain article).

Louvoyer plutôt que tirer droit

"le cadre carbone est un régal. Suffisamment souple pour faire disparaître les vibrations intempestives et les petits chocs, mais suffisamment rigide pour garder de la vigueur"

C'est quand on arrive sur les sentiers que le Fuji Jari montre tout son potentiel. Le confort cité ci-dessus se ressent. Le vélo absorbe aisément les pierres, les racines, les nids de poules. Je me surprend à rouler plus vite sur des chemins que je connais très bien, mais sur lesquels je restais sur la réserve, perché sur mon gravel en aluminium. Ici, le cadre carbone est un régal. Suffisamment souple pour faire disparaître les vibrations intempestives et les petits chocs, mais suffisamment rigide pour garder de la vigueur dès que l'on veut relancer fort. La géométrie du vélo permet une position assez relevée pour "voir loin" et aussi garder du contrôle, même dans des portions très cassantes.

Encore une fois, le gravel, ce n'est pas du VTT. L'approche de zones tout-terrain est différente dans la philosophie. Plutôt que de "tirer droit", passer à fond en profitant des suspensions et des gros pneus de l'engin (ce que j'ai fait durant des années), le graveliste va avoir une lecture différente du terrain, en cherchant plutôt à louvoyer, se faufiler en douceur entre les différents pièges du chemin. Le Fuji Jari permet cette approche, avec un confort très appréciable. Le couple cadre + fourche carbone, cumulée avec des pneus larges (avec la bonne pression), vous font facilement oublier le chaos du parcours.

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Lorsque l'on attaque des trails sinueux, le Jari se cabre aisément et les prises d'angle sont précises. Avec un flare de 25 degrés et une largeur conséquente, le cintre maison Oval Concepts met le pilote en confiance. Les descentes techniques s'avèrent plus faciles à appréhender (avec un minimum de bagage technique bien sûr). Bon point sur la guidoline silicone bicolore, qui ne glisse pas et est suffisamment épaisse pour renforcer le confort.

La monte pneumatique d'origine, des Panaracer Gravel King SK en 43mm, sont idéaux dans une utilisation polyvalente route/cyclo/chemins. Toutefois, ils ont un profil trop lissé et manque d'accroche latérale dans un usage gravel sportif. Les jantes DT Swiss citées plus haut ont été ensuite équipées de pneus Michelin Power Gravel en 40 mm. Bien plus efficaces, notamment sur la période boueuse hivernale et en début de printemps. Comme je le disais plus haut, dans mon cahier des charges figurait la possibilité de monter du pneu très large. Je viens d'ailleurs de recevoir en test les mêmes jantes DT Swiss GR1600 en version 650B, ainsi que des pneus WTB Byway en 650x47 (merci à Cycletyres.fr au passage). Je vous en dirais plus prochainement sur les sensations avec un montage de ce type.

Rival Monoplateau

Mon choix s'est porté de suite sur une transmission monoplateau. Un choix assumé, que je ne regrette nullement. Encore une fois, dans un usage tout-terrain sportif, il est bien plus agréable de ne plus se poser de question sur le plateau enclenché. Un seul shifter a gérer. C'est bien plus efficace à l'attaque des chemins techniques. En revanche, je n'aime pas la transmission Sram Rival d'origine. Pourtant plus haut-de-gamme que la Sram Apex que l'on retrouve sur de nombreux modèles gravel, je trouve la Rival dure, manquant d'onctuosité.

Et surtout, c'est le système Dual Tap qui ne me convient pas. Sram a voulu simplifier la vie du pilote, avec un seul shifter pour tout. Ici, on n'utilise pas le levier de frein, mais la même manette pour changer de vitesse. Un appui long pour monter le braquet, un appui court pour descendre. Le problème est qu'il arrive régulièrement, notamment sur des zones qui tabassent un peu, de manquer de précision et donc de durcir le braquet alors qu'on voulait faire l'inverse. Sur ce point, je préfère largement la transmission GRX de Shimano, bien plus efficace et onctueuse. D'ailleurs, le nouveau modèle Jari Carbon 2021 est équipé en GRX.

Le Jari Carbon 1.3 est équipé d'une cassette Sram Rival en 11-42, et d'un plateau de 40 dents à l'avant. Je craignais d'être un peu court dans les montées un peu costaudes. En réalité, il s'est passé plutôt l'inverse. Le rapport 40-42 demeure efficace, même au-delà des 10% de pente. En revanche, le rapport 40-11 est trop court. Cela signifie qu'on arrive vite à mouliner dans les descentes sur route. Une denture en 10-42 et éventuellement une ou deux dents supplémentaires à l'avant serait conseillé. Cela étant dit, il y a une belle différence de tarif entre les deux cassettes : La Sram PG-1130 11-42 est à 70€ (1ers rapports en 11-13-15), la XG-1175 en 10-42 s'échange contre 180€ (1ers rapports en 10-12-14).

Côté freinage, en revanche, les freins hydrauliques Sram Rival sont très efficaces. Ils affichent une bonne progressivité et chauffent très peu dans les longues descentes. Les cocottes sont très hautes et permettent une prise en main sécurisante. Avec une bonne puissance de freinage, même sur le haut du levier, il est inutile de replacer ses mains à l'intérieur du cintre à l'approche d'une descente technique. Là-dessus, il est clair que l'hydraulique joue un rôle prépondérant dans la pratique gravel. Les freins à disques à câbles (mécaniques) manquent de puissance pour qui souhaite un usage gravel un minimum engagé.

Bikepacking oui, bike touring moins

Un dernier mot sur la capacité d'emport de ce Fuji Jari. Comme je le disais, les perçages sont nombreux et vous permettent d'imaginer différentes combinaisons de bagagerie sur votre monture. Du bikepacking light sans utiliser les œillets, au bike touring plus conséquent avec porte-bagages. Le vélo accepte tout … à condition de ne pas trop charger la mule.

Et oui, les cadres et fourches carbone ne sont pas non plus conçus pour la grande itinérance (pour cela, dirigez-vous clairement vers l'acier). Les perçages demeurent fragiles et ne sont pas conçus pour une charge trop conséquente (nous en parlions lors de notre preview du gravel Origine Graxx II). J'ai testé différentes configurations : bikepacking uniquement, sacoche de selle à l'arrière et porte-bagages + sacoches light à l'avant ou encore porte-bagages + sacoches avant et arrière lors d'un road trip en Bretagne (photos ci-dessus). Je déconseille cette dernière configuration. Les vibrations des passages en chemin fragilisent les pas de vis. Mieux vaut rester sur un chargement light sur un vélo carbone.

BMX Avenue

L'achat de ce vélo s'est fait en juin 2020, alors que la grande pénurie cycliste commençait déjà à se faire sentir. Difficile de trouver alors du stock pour ce Jari. C'est finalement chez BMX Avenue que j'ai trouvé mon bonheur. Contrairement à ce que le nom pourrait laisser penser, ils font aussi du vélo classique (route, gravel, urbain, cargo...). Je remercie François, le gérant de cette boutique de Montpellier, pour sa réactivité, ses conseils et l'upgrade sur l'accessoire.

Découvrez mon verdict sur ce FUJI Jari Carbon ci-dessous.

➡️ FUJI Jari Carbon

Notre verdict

[Test] FUJI Jari Carbon, un vélo gravel délicieusement polyvalent
(4.5/5)

Il est toujours difficile de trouver ce fameux vélo qui « coche toutes les cases ». Avec ce FUJI Jari Carbon 1.3, j’ai dans tous les cas trouvé le vélo le plus polyvalent qui soit, par rapport à mon cahier des charges initial et à mes différentes pratiques. Ce vélo est aussi à l’aise dans un usage sportif, que ce soit sur routes ou sur chemins, que dans un usage aventure/cyclotourisme, en bikepacking ou sacoches classiques. C’est aussi un compagnon agréable pour du commuting quotidien.

Le travail sur la géométrie du cadre et le comportement induit est excellent. Le vélo a un comportement très homogène. Tantôt nerveux et agile lorsqu’il le faut, tantôt docile et confortable. Il ne surprend pas son pilote par une trop grande rigidité ou au contraire par une élasticité trop importante. C’est pour moi un excellent vélo qui place les curseurs aux bons endroits : sportivité, confort, rigidité, versatilité…

A 2499€, compte tenu de la large réponse qu’il apporte à son utilisateur, le tarif de ce FUJI Jari Carbon reste correct et dans la norme du marché. Il est contenu, vu son niveau de composants, bien qu’on regrettera les jantes moyennes, seule vraie grosse ombre au très joli tableau que dresse ce « vélo à tout faire ».

Pour 2021, le Fuji Jari Carbon se dédouble. La marque propose deux versions, l’une toujours à 2499€ (1.3) avec sensiblement la même configuration que mon modèle 2020. L’autre à 2999€ (1.1) avec un montage plus haut-de-gamme, en double plateau Shimano GRX 810 et une paire de DT Swiss GR1800. A noter que pour les budgets plus restreints, le Jari se décline également en version aluminium, avec toujours la même philosophie. Cinq versions avec des tarifs allant de 999€ à 2199€. On a flashé sur la version JARI 2.1 LTD 2021, une série limité tout-équipée, avec porte-bagages arrière, garde-boue et éclairage dynamo (moyeu avant).

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