Strava Metro, ou comment tracer la route de la Smart City

Strava Metro, ou comment tracer la route de la Smart City

La data vélo pour aider à améliorer la cyclabilité de votre ville

Nous v'la bien, face à un gros dilemme, donc je vous pose ça là et puis débrouillez-vous. Le dilemme le voici. Faut-il enregistrer ses trajets de vélotaf, de vélut sur son appli préférée, ou faut-il, au contraire, se débarrasser de tout cela?

La ville intelligente

Peut-être êtes-vous sur un vélo pour tenter, un peu, de diminuer votre empreinte carbone. Peut-être aussi pour tenter de trouver un moment pour vous déconnecter de votre portable, pour passer dans la ville tel un être furtif, que même Alain Damasio ne saurait décrire.


A contrario peut-être n'êtes-vous pas aussi souvent que vous l'aimeriez sur votre vélo, parce que vous n'êtes pas vraiment en confiance sur vos itinéraires, parce que vous trouvez que les aménagements cyclables de votre ville sont ni fait ni à faire.

Peut-être même n'enfourchez-vous jamais votre vélo en ville parce que vous flippez trop. Vous vous y mettrez le jour où la route sera absolument sûre. Vous risquez d'attendre longtemps!

Et si les premiers (ceux qui roulent déjà à vélo) aidaient les seconds à s'y mettre? Pour cela il faut qu'ils acceptent de s'asseoir un peu sur leurs principes et surtout d'enregistrer leurs trajets quotidiens pour que ces derniers rentrent dans la big data pour contribuer à améliorer la ville, ou devrais-je dire, améliorer l'expérience piéton ou cycliste dans la cité. En somme, contribuer à construire la SMART CITY.

Stra-quoi?

Tracer la Smart City, c'est la proposition de Strava. Stra-quoi?

Strava, pour ceux qui dormaient au fond de la classe, à côté du radiateur, ces dernières années, est le réseau social des athlètes. Une appli qui enregistre toutes tes sorties sportives (vélo, course à pied, natation, randonnée, kayak... la liste est longue) et te sers de compteur pour voir tout un tas de statistiques pour voir où tu en es.

Nombre de kilomètres effectués, temps passé sur le vélo, nombres de sorties (la liste est longue). Aussi comme sur n'importe quel réseau social, tu follow, tu es followé, tu likes (chez strava on dit Kudos) et tu commentes. Tu peux aussi enregistrer tes parcours préférés. Bref, Strava est un outil plutôt pas mal foutu qui fait fureur chez... les athlètes.

Gratuit ou payant, tu choisis.

La version payante est un petit peu mieux et quelques fonctionnalités disponibles uniquement dans cette version pourraient suffire à justifier le fait de s'abonner (5€/mois soit... 60€/an). Mais, la version gratuite peut s'avérer amplement suffisante pour beaucoup d'entre nous (j'utilise la version gratuite).

Vous n'êtes pas des lapins de trois semaines, vous savez donc bien que dans le monde fabuleux 2.0, ce qui est gratuit est valorisé par ailleurs. Ce qui est valorisé ici, c'est vos datas.

Pas de panique pour autant, l'équipe Strava nous certifie que nos données sont traitées de manières confidentielles et qu'elles le seront encore longtemps (c'est le Pentagone qui doit être content, pour les bilingues en anglais un article ici qui montre comment malgré eux les GI donnaient leur positions GPS pendant qu'ils s'entraînaient dans une base avancée dans le désert).

Confidentielles ne veut pas dire non exploitables. Strava développe en effet une offre nommée "Strava Metro". L'idée est bien de mettre à la disposition des municipalités (et entreprises) clientes un ensemble de données qui, sur la base de vos déplacements (anonymisés) donneront l'ensemble des analyses souhaitées par les urbanistes et autres décideurs.

Un carrefour est identifié comme particulièrement accidentogène? Via les données récoltées, Strava peut donner des éléments de compréhension. Une rue est désertée par les cyclistes malgré de nouveaux aménagements, besoin de comprendre où ça coince, Strava aidera. Ou besoin d'identifier l'impact d'un nouvel aménagement? Strava est capable de suivre tout cela.

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Les limites du Totem

Quelques totems posés dans la ville permettent de comptabiliser les flux journaliers (et donner des infos aussi sur la fréquence en fonction des horaires, de la météo, des événements extérieurs -grèves par exemple-), ces totems restent malgré tout assez symboliques. Ils comptabilisent les flux à un endroit précis. La cycliste qui quitte la piste cyclable 25m avant le passage du totem, celui qui préfère la voie parallèle ne sont donc pas intégré dans les stats.

Quand on sait que le vélo en ville est loué pour son agilité, le trajet de ces cyclistes n'est pas comptabilisé, il est perdu, on n'en fait rien. D'ici à dire que ces trajets ne servent à rien, il n'y a qu'un pas qu'il ne faut franchir. Ils ne servent à rien pour la Smart City. Quel gâchis! (ou pas)

La bataille des chiffres

On lit souvent que le futur de la ville se fera en la rendant SMART. Cette ville intelligente n'est ni plus ni moins qu'une ville qui collecte des données, qui les analyse, les traite tout ça pour notre bien-être à tous (c'est beau d'y croire).

Toutes les mobilités sont déjà en concurrence. Comment justifier plus d'espace dévolu aux cyclistes si les seules données récoltées sont celles des motorisés? S'appuyer sur des chiffres concrets permettra aux politicien.ne.s de décider des aménagements et des priorités non pas par dogmatisme ou intuition mais sur la base de données réelles.

Ne nous y trompons pas, tous les services en free floating sont un puits sans fonds de données qui peuvent servir les municipalités, pour le meilleur on l'espère, pour le pire, on le constate souvent quand on s'aperçoit des spots de parking des trottinettes imposés aux juicers.

Gardons en-tête aussi qu'un déplacement en trottinette (par exemple) n'est pas le même, et de loin, qu'un déplacement en vélo. Idem, la même personne sur un vélov' le lundi et sur son vélo personnel le mardi, sur le même itinéraire ne donnera probablement pas les mêmes données.

Il y a fort à parier que la vitesse moyenne sera différente. Tout comme le début et la fin du trajet (cette fameuse logistique du dernier kilomètre, les derniers 500 mètres aussi en l’occurrence).

L'offre de Strava a le mérite d'être anonymisée. De n'être comptabilisée dans le pack proposé aux municipalités que si au minimum le même trajet (ou le même segment de trajet) a été emprunté par 3 usagers. Cette offre (et ces données) vient en complément de ce qui existe déjà. Avec un profil d'utilisateur.trice.s différent (je vous rappelle, Strava est au départ le réseau social des athlètes).

Donc on fait quoi?

On s'inscrit sur Strava, on enregistre ses données, on contribue à aider la prise de décisions de nos hommes et femmes politiques, on contribue, à son échelle, à promouvoir le vélo?

Ou, au contraire, on fuit toute cette technologie, tous ces réseaux sociaux, ces données qui vont atterrir dans le cloud et consommer plus de watts que vous n'en avez livrés sur vos pédales pendant votre trajet.

Je vous avoue de mon côté avoir beaucoup de mal à avoir un avis tranché sur la question. Non par souci de protéger ma vie privée, mais plus par bilan écologique de la gestion de ces données. De votre côté, faites donc comme vous voulez, on l'espère en tout cas qu'avec ce billet, vous choisirez de manière éclairée.

Ndlr: Sinon, vous pouvez toujours vous essayer au Strava Art! ⬇️

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