Sport & santé : Quatre Ministres pour un colloque sur la mobilité active

Sport & santé : Quatre Ministres pour un colloque sur la mobilité active

Marcher, bouger, pédaler ?

Ce jeudi 8 juillet 2021 dernier, Weelz! était au Ministère des Solidarités et de la Santé pour un colloque intitulé -"Marcher, bouger, c'est bon pour la santé". Les mobilités actives un enjeu quotidien de santé publique"- Trois heures pour évoquer la mobilité active, l'importance du choix du mode de transport au quotidien, pour la santé de nos concitoyens. Trois heures pour évoquer les effets délétères de la sédentarisation de la population (coucou Citroën) ou, à l'inverse, les bienfaits du sport pratiqué sans s'en rendre compte. Voici un compte-rendu très personnel, très incomplet, du contenu de ce colloque. Aussi, quelques réflexions sur ce qui n'a pas été vu ni entendu pendant ces trois heures.

L'intitulé du colloque en question

"Marcher, bouger c'est bon pour la santé". Après les mots des ministres présents dans la salle, après la diffusion de ce spot, tellement malin.


Une telle pub, quel pied !

Interviennent Stein Van Oosteren, puis une table ronde avec Olivier Schneider (nous en parlions ici), Catherine Pilon secrétaire Générale du Club des Villes et Territoires Cyclables, nous en parlions , ou bien elle s'exprimait dans l'émission Rayons Libres, ici. Était présente également Chrystelle Beurrier, Présidente de l'association Vélo & territoires, nous évoquions ce sujet, ici. Enfin, Thierry du Crest, coordonnateur interministériel en charge du développement et de l'usage du vélo. Dans la matinée, quatre tables rondes. Il sera beaucoup, énormément, question de mobilité active, à vélo. Toute la matinée, on nous rappelle les bienfaits du vélo dans la société, pour les citoyens, qu'ils aient 3 ans ou 103 ans. On nous conte des initiatives associatives, principalement autour de la mobilité à vélo. C'est cool !

"Pédaler et bouger, ce n'est pas la même chose"

Vous êtes sur un média qui a pris le parti de s'intéresser au vélo ses usages, ses pratiques. Difficile pour nous de bouder notre plaisir. Nous buvons du petit lait en écoutant toutes ses interventions. Et pourtant l'intitulé aurait probablement été mieux nommé ainsi : "Pédaler, c'est bon pour la santé". Parce que pédaler et bouger, ce n'est pas la même chose. Parce que techniquement, se déplacer en trottinette électrique ou en gyropode, c'est bouger d'un point A vers un point B. Ce n'est pas se bouger, c'est de la mobilité douce pas de la mobilité active. Nuance, Florence.

La marche à pied, grande oubliée de ce colloque ?

A dessein, la proposition de changement de nom de ce colloque faite ci-dessus, omet le mot "marcher". Parce que pendant ces trois heures, qui pour nous rappeler l'intérêt de la marche à pied ? Et bien pas grand monde. Oui, nous avons bien des médecins, ou Stéphane Diagana, qui nous expliquent que nous sommes faits pour être en mouvement. Il n'empêche, la marche est la grande oubliée de ce colloque.

Heureusement, il y a ce film belge (cf plus haut), pour nous rappeler qu'il y a dans l'intitulé du colloque "Marcher". A notre avis, le succès de l'usage du vélo ne devrait pas occulter l'importance de la marche, le respect des piétons et le besoin d'une politique publique encourageant la marche à pied. S'il y a bien un usage qui réunit tous les usagers de la route, de la ville et de la campagne, c'est la marche. Un automobiliste, quand il sort de sa voiture devient un piéton. Idem pour les cyclistes, les usagers des transports en commun. Nous sommes tous (ou presque) dans notre journée des piétons.

"Marcher" est le premier mot de ce colloque, d'un gouvernement rappelons-le, qui travaille sous la houlette d'un président, fondateur d'un mouvement politique qui s'appelait "En Marche" (devenu ensuite LREM pour La République En Marche). Sans sombrer dans un jeu de mots facile comme par exemple "La République en Marche oublie de marcher", on peut s'étonner qu'une association comme 60 millions de piétons, présidée par Gérard Foucault, ne soit pas autour des tables. Amaury Piquiot, Président et fondateur de S'cool Bus, est invité à s'exprimer. Le pendant à pieds, Pédibus, est mentionné vite fait mais pas convié au colloque.

Comme si ce colloque était construit finalement en admettant que le droit de se déplacer sur un trottoir sécurisé et respecté était acquis. Et pourtant, aucune ville en France n'est aménagée correctement pour déambuler partout, à pied, sur un trottoir confortable et en sécurité. Et pourtant, il est probablement plus facile (et moins cher et plus écolo) d'encourager nos concitoyens à marcher que pédaler. Ils sont plus nombreux à avoir une paire de pieds qu'un vélo, ils sont plus nombreux à savoir marcher que pédaler. La marche, l'angle mort de la politique d'En Marche ? (j’ai cédé au jeu de mots facile).

La mobilité active (le vélo donc) un sujet de société.

Après les pieds, bike is best.

Comme nous le rappelle Chrystelle Beurrier, l'association Vélo & Territoires a été créé avec l'objectif de créer une discussion entre élus de territoires voisins, pour proposer cohérence et continuité dans les aménagements cyclables. Chrystelle nous précise pourtant : "seuls 66 départements et 11 régions sont membres de ce regroupement". On ne peut s'empêcher de penser qu'il va y avoir des trous dans la raquette de la piste cyclable !

"Preuve que les mobilités actives sont un sujet de société, pas moins de quatre ministres à ce colloque"

Pour preuve que les mobilités actives sont un sujet de société, pas moins de quatre ministres à ce colloque (ou secrétaires d’État) prennent la parole : Olivier Véran, Ministre des Solidarités et de la Santé ; Adrien Taquet, Secrétaire d’État auprès du Ministre des solidarités et de la Santé, chargé de l'Enfance et des Familles ; Brigitte Bourguignon, Ministre déléguée auprès du Ministre des solidarités et de la Santé, chargée de l'Autonomie ; Roxana Maracineanu, Ministre déléguée auprès du Ministre de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports, chargée des Sports. C'est une vraie évolution politique et sociétale

Un peu d'histoire (tout doux, on se plonge en 2018)

Le plan vélo présenté à Angers par le premier ministre Édouard Philippe, le 14 septembre 2018

Souvenez-vous, le plan vélo présenté à Angers par le premier ministre Édouard Philippe le 14 septembre 2018, n'était pas tout fait prévu d'être présenté par Édouard. Nicolas Hulot, alors ministre de l'écologie, devait le faire, sauf qu'il a démissionné deux semaines avant la présentation de ce plan vélo. Ensuite le sujet a été pris à bras le corps par Elizabeth Borne (remplaçante de Monsieur Hulot, parti en vacances).

"Que la mobilité du quotidien à vélo intéresse aussi le ministère des sports est parfait"

Aujourd'hui, principalement Barbara Pompili (Ministre de la transition écologique) porte le sujet du vélo, épaulée, quand il a le temps par Jean-Baptiste Djebarri, Ministre délégué auprès de la ministre de la Transition écologique, chargé des Transports. Que le vélo devienne (enfin) une solution de santé publique c'est un signal fort. Que la mobilité du quotidien à vélo intéresse aussi le ministère des sports est parfait (et nous ajoutons vélotaf et sport sont deux mots qui peuvent aller ensemble. Le sport n'est pas qu'Olympique).

Sport & Santé - lutter contre la sédentarité

C'est aussi plutôt logique quand on sait que l'un des axes de travail impulsé depuis des années est de promouvoir le sport/santé. D'ailleurs Roxana Maracineanu le dit dans son discours d'introduction "les mobilités actives sont au ministère des sports ce que le prélèvement à la source est au ministère du budget, un programme et une action indolore". Comprendre, entre autre, c'est très bien de mettre les citoyens au sport sans qu'ils s'en rendent compte, sans avoir besoin de financer des fédérations, des championnats du Monde et autres infrastructures sportives. Aussi "50% des français déclarent pratiquer régulièrement une activité physique [...] donc un français sur deux ne pratique aucune activité physique dans l'année, ça fait flipper". Ne flippez plus Roxana, le vélo (et la marche) sont là.

Sur le même sujet  Distance et vélo | Non le vélo quotidien, ce n'est pas du cyclisme!

La République en Marche se met en selle

Je le concède, je ne crois pas avoir bien compris initialement l'objet de ce colloque. Mollement relayé sur les réseaux sociaux, diffusé sur Zoom (je ne sais pas combien de participants), retransmis en live sur le compte Twitter du ministère de la santé (en moyenne 10/15 connectés). Pas d'annonce tonitruante, pas de caméra, pas beaucoup de public. A bien réfléchir, probablement des messages politiques entre directeurs de cabinets, entre ministres, entre militants et associations. Histoire d'inscrire encore plus le vélo (et la marche ?) dans l'agenda politique, une démonstration qu'il y a une structuration derrière ces mobilités actives et qu'il y a un intérêt national à s'en occuper. D'ailleurs, Le professeur François Carré, cardiologue, vice-président de l'association de cardiologie régionale de Bretagne émet le vœu que la lutte contre la sédentarité soit une cause nationale, du prochain quinquennat.

Apprendre à oser

Stein Van Oosteren est invité à venir partager sa vision de la mobilité du quotidien. Si vous n'avez jamais entendu parlé de Stein, d'une part nous nous disons que Weelz! doit continuer son travail de transmission, de partage sur l'usage du vélo au quotidien. D'autre part, vous pouvez prendre 30 minutes de votre temps pour situer Monsieur Van Oosteren dans le paysage du bicloune en France en écoutant cette émission Rayons Libres, épisode dans lequel Stein est le héros.

"Stop à la patatisation des enfants"

Stein Van Oosteren

Vous n'avez pas 30 minutes à consacrer à l'écoute de cette émission, vous pouvez aussi aller vous renseigner ici (même si ce portrait date un peu). Vous ne souhaitez pas vous distraire de la lecture de ce billet ? Allez en deux lignes : en résumé, d'une part Stein est un personnage tellement solaire, qu'il en est parfois lunaire. D'autre part, si on admet que Dave fait parti du patrimoine de la chanson française, dans quelques années on pourra probablement affirmer que Stein fait parti du patrimoine vélo en France (même si Stein roule principalement sur des vélos hollandais. Solaire & lunaire on vient de vous dire).

Stein a aussi le sens de la formule. "Apprendre à oser" c'est la signature de l'école HEC. Stein invite les citoyens à apprendre à oser plus tôt, dès 3 ans, oser se lancer sur un vélo, accompagnés par des parents qui osent mettre leurs enfants sur un vélo. "Stop à la patatisation des enfants" est aussi son cri du cœur. Ses enfants posés, comme des patates, dans des voitures, qui les déposent devant l'école, en général sur une place de livraison.

La République en Selle, ça marche ?

Comme dit plus haut, désormais 3 ministères sont embarqués sur la rosalie du vélo. Ministre du sport, de la transition écologique, de la santé. Souvenez-vous aussi de l'élocution de Jean Castex à l'Assemblée Nationale, il évoque le rôle du vélo dans notre société, sous les quolibets des députés.

On ne se moque pas.

Osons rêver plus loin, rêvons du même colloque en Septembre 2021 dans lequel prendraient la parole

  • Élisabeth Moreno, Ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Égalité des chances -parce que le vélo est un outil d'égalité.
  • Sophie Cluzel Secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées - parce que les personnes en situation de handicap n'ont pas suffisamment accès au droit de pédaler.
  • Franck Riester Ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité - parce qu'il y a un savoir-faire français autour du vélo, exportable et qu'un pays cyclable est un pays attractif.
  • Jean-Baptiste Lemoyne Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé du Tourisme, des Français de l'étranger et de la Francophonie -parce que le tourisme a vélo, c'est le plus beau.
  • Emmanuelle Wargon Ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée du Logement -parce que garer nos vélos dans nos logements est un vrai sujet.
  • Bérangère Abba Secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée de la Biodiversité -parce que pédaler c'est découvrir et comprendre la biodiversité. Souvent découvrir et comprendre c'est la première étape vers respecter.
  • Nathalie Élimas Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, chargée de l'Éducation prioritaire - parce que le vélo est bien une priorité.
  • Bruno Le Maire Ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance parce qu'il aime tant la voiture, apprenons lui à aimer encore plus le vélo).
La voiture c'est la liberté. Le vélo c'est la liberté.
  • Gérald Darmanin Ministre de l'Intérieur parce que le code de la route, c'est lui.
  • Élisabeth Borne Ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion, revenez Elisabeth. Le marché de l'emploi a besoin du vélo. Venez avec Brigitte Klinkert et Laurent Pietraszewski.
  • Sébastien Lecornu, Ministre des Outre-Mer. Parce que le vélo, ce n'est pas que la Métropole.
  • Jacqueline Gourault, Ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales. Parce que Vélo & Territoires a besoin de vous. Soyons unis. Venez avec Nadia Hai, en charge notamment de la ville, elle pourra parler vélo avec François Baroin, le président de l'association des Maires de France, François l'hypocondriaque, le maire de Troyes à qui il faudrait prescrire 30 minutes de vélo par jour. François s'entendrait bien avec Bruno (Lemaire). Venez avec Joël Giraud, en charge notamment de la ruralité. Parce que le vélo ce n'est pas un truc de bobos. Ou si ça l'est, de plus en plus de bobos partent vivre dans les territoires ruraux, ils veulent se déplacer à vélo.
  • Eric Dupont-Moretti, ministre de la Justice. Parce que le vélo c'est quoi si ce n'est plus de justice ?
  • Roselyne Bachelot, ministre de la Culture. Parce que la Culture vélo elle doit passer par la musique, les musées, les livres, le théâtre, les festivals.
  • Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Parce que le vélo a besoin d'innovations, d'être un sujet de l'Enseignement supérieur.
  • Julien Denormandie, Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, parce que se déplacer à vélo, c'est évidemment manger de la quino, bio de préférence.
  • Amélie de Montchalin, Ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, parce qu'il n'y a pas de raisons que nos fonctionnaires soient laissés de côté.

Allons enfants de la patrie, pédalons, pédalons, le jour de gloire est arrivé. Rêvons d'un conseil des ministres en cuissard, en sandales, en pantacourt, en costume (on peut pédaler en costume), en tailleur (on peut pédaler en jupe) et promis lors de ce conseil des ministres, nous mettrons les deux pieds dans le plat, parce que marcher est aussi une mobilité active.

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