[Société] Le vélo, est-ce une chance ou une opportunité?

[Société] Le vélo, est-ce une chance ou une opportunité?

"Remettons-nous en selle" - une vidéo de sensibilisation aux bienfaits de la mobilité vélo, réalisée par l'Association AXA Prévention. Un soutien au Plan Vélo & Mobilités actives du gouvernement qui nous amène à cette réflexion : Le vélo, est-ce une chance ou une opportunité ?

Bonaparte ne faisait pas de vélo

La légende raconte que Napoléon Bonaparte (on célébrait en 2021 le bicentenaire de sa mort), lorsqu'il sélectionnait les officiers de sa garde rapprochée, avait une question qui revenait systématiquement et qui déterminait son choix final. Cette question : "Êtes-vous quelqu'un qui a de la chance ?". Un "je ne sais pas" ou "pas trop" ou "parfois" ou pire "Sire, c'est à vous de me le dire" comme réponse, était éliminatoire. La seule réponse qui lui convenait était "Oui, j'ai de la chance, la preuve...". En matière de vélo, pas besoin d'être Bonaparte pour constater qu'il y a ceux qui ont eu la chance d'apprendre petit (et d'y prendre goût) et ceux qui n'ont pas eu cette chance dans leur enfance. Cette différence change tout, ou presque. Cette différence divise-t-elle la population en deux catégories ?


La chance, ça tient à peu de choses

C'est en découvrant ce film sur les réseaux sociaux que je me rends compte de la chance que j'ai eu. Ces images permettent de remuer mes souvenirs d'enfance. Contrairement au discours général, je ne me souviens pas de la couleur de mon premier vélo, ni même de la première fois où j'ai pu rouler sans les petites roues. Ne pas se souvenir de ses détails, prouve que j'ai eu beaucoup de chance. J'ai appris à faire du vélo alors que j'étais vraiment tout jeune.

On a tous un premier souvenir à vélo

Laissez-moi vous raconter le mien. Dans la banlieue lyonnaise, le Boulevard de Narcel est à nous. Ce boulevard est plus une rue de banlieue pavillonnaire qu'un boulevard 2x3 voies comme on peut l'imaginer dans nos métropoles. Nous avons le droit d'y circuler sur nos vélos "tant que vous restez sur le boulevard, pédalez autant que vous voulez" est la demande de nos parents. Avec les voisins, donc, nous refaisons le monde sur nos vélos.

Nous faisons la course, des dérapages, des parties de cache-cache (à vélo) dans les jardins des uns et des autres. Je suis sur un petit vélo Peugeot vert bouteille. Il a plu ce jour là. La chaussée est sèche, sauf, là, devant chez Marc, une jolie flaque d'eau (une mare avec nos yeux d'enfants). Chacun notre tour, nous la traversons en levant les pieds, ou pas. La gerbe d'eau créée nous émerveille. 1 fois, 2 fois... 10 fois. Nous ne nous lassons pas.

Téméraire, j'en veux plus. J'annonce fièrement "Je vais faire une roue arrière en traversant la flaque d'eau". Je mets le vélo dans l'axe, juste avant que la roue avant ne touche la flaque, je tire généreusement sur le guidon (oui quand on est petit le cintre du vélo s'appelle un guidon), je mets un coup de pédale. Le vélo se cabre. La roue arrière arrive dans la flaque, et paf, j'ai tiré trop généreusement, le vélo passe le point de bascule, je ne freine pas, c'est trop tard, je tombe à plat dos dans la flaque. Je suis trempé et pas trop penaud, j'ai fait marrer mes copains, c'est déjà pas mal. Pour la bike life, je repasserai.

Le vélo, dès l'enfance

Ce film proposé par l'association AXA Prévention (making-of à voir ici) est peu ou prou la relation que nous avons avec le vélo. Nous qui avons eu la chance d'être posés dessus jeunes. Lorsque l'on écoute les athlètes, qui pédalent à haut niveau (Matthias Dandois, Anthony Jeanjean, Manon Valentino), ils sont venus au vélo par hasard. Matthias, c'est en voyant une démonstration de BMX sur le plateau télé de C'est mon choix ; Anthony, c'est quand ses parents l'amènent au FISE à Montpellier ; Manon, parce que son frère en fait et qu'elle veut faire pareil. Moi, je pédale parce que j'ai eu la chance d'y prendre goût petit, la chance de rencontrer à nouveau le vélo 35 ans plus tard. Vous ? Vous, la plupart d'entre vous qui pédalez au quotidien, c'est probablement parce que cet objet a fait parti de votre paysage pendant votre enfance.

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Pas pareil, mais presque

"Ce film pointe du doigt, malgré lui, l'un des enjeux de mobilité que nous devons adresser rapidement : La lutte contre la sédentarité des plus jeunes"

Nous avons eu la chance de pouvoir pédaler, d'être posés sur nos vélos, d'avoir le droit de tourner dans le quartier, au bout de la rue. Ce film "Ça suffit" pointe du doigt, malgré lui, l'un des enjeux de mobilité que nous devons adresser rapidement : La lutte contre la sédentarité des plus jeunes. Une bombe à retardement, identifiée depuis des années. D'un côté on nous dit que nos enfants sont trop scotchés sur leurs écrans, de l'autre... leur rayon d'action se réduit à une peau de chagrin.

En 2021, Alex le fils de Pierre a 8 ans et peut faire du vélo au pied de l'immeuble.

Les premières images de ce film montrent une enfant sur une draisienne... dans un salon ! Oh dear !! Le début de l'aventure n'est pas encore au bout du salon, à peine au fond du couloir. La séquence suivante ? Un peu pareil, un enfant de 2 ou 3 ans, qui s'accroche à un grillage (pour la notion de liberté on repassera). Il a quand même les yeux qui brillent. La séquence suivante ? Pareil, ou presque un petit groupe d'enfants, d'une dizaine d'années qui tourne en rond devant les parkings de la cité. Le seul endroit où ils peuvent rouler sans danger ?... Probablement. Puis "Quand on est grand... 30 minutes de vélo par jour suffisent..." et là, à nous la liberté. Faut-il attendre d'être grand pour être libre ?

Nous sommes tous des Maël, Alex...

En France, nous avons la chance que le vélo soit un objet accessible dans la plupart des foyers. Nous avons la chance qu'indépendamment de notre genre, fille ou garçon, la société* nous autorise à pédaler, nous encourage même à pédaler (*même si on le sait bien, toutes les filles n'ont pas le même accès au bicloune, même en France. On le sait bien sans genrer l'accès au vélo, pour certains enfants (fille ou garçon, le vélo est loin d'être une évidence). Vous le savez, ou pas, notre gouvernement met en place un programme "savoir rouler". L'objectif, que tous les élèves qui rentrent au collège sachent pédaler de manière autonome.

Ce que démontre parfaitement ce film, plus tôt nous donnerons la possibilité à nos enfants de pédaler, plus tôt les parents comprendront qu'ils peuvent faire confiance en leurs enfants quand ils sont sur un vélo. Plus tôt nous leurs donnerons le goût du vélo, cette sensation de liberté que procure le bicloune, plus tôt nous aurons la chance que les cyclistes en culottes courtes choisissent le vélo comme moyen de locomotion au quotidien une fois devenus grands. Nous entrerons alors dans ce cercle vertueux, la question ne sera plus "Pourquoi faire du vélo ?" mais bien "Pourquoi ne plus en faire ?".

Vélo : Le monde se divise-t-il en deux catégories ?

Et non, le monde n'est pas aussi binaire. Ceux qui pédalent et ceux qui ne pédalent pas. Il y a au milieu ceux qui ne veulent pas pédaler, ceux qui ne peuvent pas pédaler, ceux qui ne savent pas qu'ils pourraient pédaler... Il n'empêche ceux qui pédalent ont un rôle à jouer : donner envie aux autres de pédaler. Parce que la chance, aussi, ça peut se transmettre. Des messages institutionnels comme ce film d'AXA Prévention contribue à donner envie. Heureusement, il n'y a pas qu'un moyen de donner envie. Weelz! a la prétention de donner envie. La FUB (et ses associations) a la prétention de donner l'accès au vélo. La FFC, nos champions, la FFvélo, nos fabriquants, nos distributeurs... nous tous qui pédalons au quotidien, nous avons le pouvoir de donner envie. Je terminerais sur ce tweet vu il y a quelques jours.

https://twitter.com/Marie_K70/status/1435281221387370497
La collègue de Marie a de la chance.

Le vélo est une chance, saisis là. Le vélo est une chance, provoque la (1)

(1): Pardon pour cette conclusion pleine d'injonctions.

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