Services : Penser le système vélo comme le système auto, est-ce idiot?

Services : Penser le système vélo comme le système auto, est-ce idiot?

On ne sait plus trop quoi inventer. La mobilité de demain se doit d'être SMART et sans souci. A force de raisonner le niveau de services des "mobilités douces" comme le niveau de service dans l'automobile on a comme l'impression que l'on finit par oublier que le vélo, ce n'est pas une voiture. Et donc, quand on se déplace à vélo, on n'a pas besoin du même niveau de service, et heureusement ! (Sinon, on roulerait plus souvent en voiture non ?).

Non

On a oublié de vous en parler

Vous finissez par le savoir, Weelz! c'est un média en ligne. Sa mission ? Donner envie de pédaler, plus, plus souvent, mieux. Pour cela on (tente d') évoque(r) le vélo comme un art de vivre, comme un moyen de transport, comme un outil d'évasion, comme une machine à rencontres et découvertes. Nous parlons de vélos (truc de dingue), d'équipements, de politiques cyclables et de services autour de votre machine préférée. Réparation, distribution, fédérations, systèmes de locations, d'offres de vélos en libre-service etc. On parle aussi, un peu (mais pas assez, faut qu'on s'y colle) d'assurance. On ne vous a jamais parlé de remorquage, si ? Nan. On a parlé de remorques, un peu, pas assez (faut qu'on s'y colle). Jamais nous avons parlé de remorquage, c'est le moment, on s'y colle.


Remorque double-essieu

Une assistance et un dépannage 7j/7, 24h/24

C'est l'argument commercial principal des assureurs pour votre titine préférée. Ils ajoutent souvent "assistance zéro kilomètre". On ne va pas vous faire l'affront de vous paraphraser ces annonces. En l'espèce, les promesses sont donc, "t'inquiète, on gère" ou comme dirait l'autre "zéro tracas, zéro blabla". Franchement, pour quiconque possède une voiture, ces promesses sont plutôt réconfortantes (et pour avoir essayé plusieurs cas de figures dernièrement, elles sont souvent plutôt bien tenues dans l'ensemble).

Éléments de langage

On vient de vous le dire plus haut, Weelz! c'est du vélo, parfois du bicloune, souvent de la bicyclette. Nous ne sommes pas mono-maniaques on parle de spad aussi. Et bien sûr qu'on s'intéresse à la voiture, puisqu'elle fait partie de notre paysage sur la route. Par contre, lorsque nous recevons un communiqué de presse tenant, absolument ce langage :

"XoXo1 la startup française spécialisée dans l’assurance des vélos et des trottinettes électriques lance la première assistance 24h/24 et 7j/7 pour les mobilités douces, en partenariat avec le Groupe CoCo1 ".

Avec Xavier, on se pince en distanciel (ce n'est pas facile mais pas impossible non plus). Une fois pincés, nous continuons à lire le communiqué de presse :

"l'offre de XoXo ? Proposer un dépannage et/ou un remorquage si la réparation sur place n’est pas possible et faciliter la suite du trajet ou le retour au domicile".

Avec Xavier, on se repince et on se dit qu'on touche le fond ! On tente d'être positifs, de ne pas devenir de vieux grincheux avant l'heure. Des blasés de la vie. Mais non, vraiment, avec toute la meilleure volonté du monde nous sommes incapables de trouver un intérêt quelconque à de telles promesses ! Voilà pourquoi une offre de remorquage de notre vélo (ou notre trottinette si nous en avions une) nous semble une fausse bonne idée !

La distance moyenne dans le monde de la mobilité douce

Elle est par trajet des Français sur ces engins d’environ 4km. 4 kilomètres...

Hypothèse 1 : la marche comme solution

"Allo Xoxo, c'est pour un dépannage. Nan j'déconne, j'ai deux pieds"

Si le vélo (ou la trottinette) est en panne, son propriétaire peut marcher jusqu’à chez lui, en poussant l’engin cassé. Au lieu d’arriver à bon port en 10 minutes, il arrivera chez lui en 30 minutes, ce n’est pas la mort du petit cheval ! Si ? Et puis, si on y réfléchit deux minutes, 30 minutes, c'est à peu près le temps qu'il faudra à n'importe quel dépanneur pour venir vous remorquer. Soyons fous, poussons l'exercice plus loin. Notre français type, appelons-le Claude (c'est unisexe, c'est moderne, c'est parfait). Claude a un trajet de 10 ou 15 km (soyons fous on vous dit, poussons à 20 km) émettons l'hypothèse qu’un incident lui arrive pendant le trajet…

Si Claude est en zone urbaine, un taxi appelé arrivera assez vite (certains acceptent les vélos, on peut imaginer que presque tous acceptent les trottinettes). A défaut, Claude peut monter dans les transports en commun. L'autre solution, Claude attache solidement son vélo cassé et rentre par ses propres moyens. Si Claude est vraiment dans la pampa à 4 heures du matin… Là ok Claude pourrait avoir besoin de ce dépannage ou remorquage. Reconnaissez que des Claude qui ont besoin d'un remorquage de leur vélo à 4 heures du matin sur la D138 entre Vieilley et Cromany ça ne court pas les rues non plus. Bonjour le marché de niche, ça va coûter une douille en rapport sinistra prime à l'assurance !

Hypothèse 2 : Claude a un téléphone portable

Si Claude est capable d'appeler son assureur pour lui demander une assistance dépannage (ou remorquage), Claude peut, s’il n’est pas trop idiot, appeler lui-même un Cyclofix (ou n’importe quel prestataire qui propose une réparation sur site)… Si la panne arrive pendant les heures fermées, il fait comme au point 1, il marche avec sa machine et ce ne sera pas la mort du petit cheval, si ? L'autre possibilité, ça fonctionne pas mal, nous en connaissons plus d'un (une) qui a essayé. Une panne fortuite au milieu de nulle part à une heure improbable. Comme dans "Qui veut gagner des millions" il existe l'option "appeler un ami". Cet ami peut-être un(e) conjoint(e), un frère, une sœur, un parent ou incroyable un(e) voisin(e).

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Dans les faits, c'est très rare de ne connaître absolument personne dans son entourage géographique et son cercle social qui a une une voiture pour vous dépanner. L'intérêt du transport de vélo ou trottinette sur (dans) un véhicule motorisé, pas besoin d'une formation chez Dépann2000 pour savoir comme balancer la trottinette ou le vélo dans le coffre. Pas besoin d'un gyrophare orange pour sécuriser la manœuvre qui prendra en tout et pour tout 2 minutes.

"Bonjour, C'est vous qui avez appelé pour un remorquage de votre trottinette ?"

Hypothèse 3 : En panne sur la chaussée2

Si cela vous est déjà arrivé en voiture, on lève tous la main pour dire que c'est pénible et qu'effectivement une solution rapide de dépannage ou remorquage est indispensable. Surtout si le véhicule n'est plus en état de rouler suite à un carambolage. Un vélo (ou une trottinette) en panne, au milieu de la chaussée ne va pas gêner longtemps la circulation. En 5 secondes l’engin est sur le bas-côté, en 5 minutes il est potentiellement attaché à un arceau vélo si nous sommes en ville, à un arbre un peu plus loin si nous sommes en territoire rural.

Comme dit plus haut, si besoin de le sécuriser mieux, en max 30 minutes il est posé à domicile (ou au boulot)… remorquer un vélo ou une trottinette, un bien grand mot pour une machine qui dort souvent sur un balcon. Une machine que l'on fourrera dans un coffre sans autre forme de précaution. "Remorquer mon vélo en panne !", ça me rappelle ce sketch des Nuls dans le JTN : « Drame en Belgique3, une trentaine de personnes sont restées coincées 2 heures sur un escalator en panne ».

Hypothèse 4 : La panne qui se répare

Vous pouvez toujours tenter de lever la main, façon Tour de France, mais pas sûr que la voiture bleue Service Course Shimano débarque...

En trottinettes, nous le confessons nous n'y connaissons rien et ne nous y intéressons pas. En revanche, un vélo, même électrique, tombe peu en panne. D'ailleurs on l'a déjà dit ici plusieurs fois. Le vélo à Assistance électrique est le seul engin électrique qui continue de rouler contre un effort raisonnable même quand la batterie est en panne. Tous ces appareils électriques : skate, gyropodes, motos, scooter, voitures, trottinettes, train, quand il n'y a plus de jus, ils sont aussi utiles qu'un couteau sans manche auquel il manque la lame. Inutiles et encombrants. Une panne sur un vélo qui empêche véritablement d’avancer c’est majoritairement un pneu crevé. Ça se répare en 5 minutes ; pour quelqu’un qui a deux mains gauches, 15 minutes. La crevaison intervient sur la roue arrière d'un Brompton ? (Là peut-être prévoir le remorquage).

En tout cas, pour se dépanner, dans ce cas là, il suffit d’avoir une bombe anti-crevaison. Les débutants en ont rarement. Ils se font avoir une fois, puis en ont toujours une après. Parfois, très rarement, une chaîne qui casse. En (je pense (c'est Jérôme qui pense)) + de 50,000km à vélo ces 7 dernières années, ça m’est arrivé une fois (et je sais réparer une chaîne cassée (je sais je suis très fort )). Un frein qui lâche, une roue voilée, une batterie à plat, ça n’a jamais empêché de rentrer à bon port, doucement. Et si la panne met en jeu votre sécurité, alors il reste l'option de pousser sa machine en marchant. Cf dans ce cas le point 1 abordé plus haut.

Dépannage, remorquage, c'est pour les véhicules de plus de 800kg

Bref, être absolument en carafe avec son engin de mobilité douce, c'est rare. Cet engin rentre dans la catégorie "mobilité douce" notamment parce qu'il est léger et peu encombrant. Quand ça arrive, des solutions logiques et faciles s'offrent aux usagers. De notre point de vue, la start-up XoXo crée un service et une offre qui ne rendent pas service. A penser les besoins des usagers de mobilité douce comme s'ils étaient identiques aux besoins des automobilistes, on finit par créer des services mal dimensionnés.

Pire, on finit par faire croire qu'on a besoin de tous ses services. On finit par faire croire qu'il faut toujours envisager le pire quand on choisit de se déplacer à vélo (ou en trottinette). Notez enfin que notre curiosité nous a amené à contacter l'entreprise XoXo. Pour l'instant nous avons reçu un livret de 46 pages expliquant les "Conditions Générales vélo". Nous organisons, à distance toujours, avec Xavier un Chifoumi, pour déterminer le perdant. Celui qui perd, lira ses 46 pages et vous fera un retour. Priez pour moi.

1 Les noms des entreprises ont été changés. Dès fois qu'ils appellent la régie pub pour acheter de l'espace pub, faudrait pas les froisser.
2 Je profite de ce billet pour poser une question qui me taraude l'esprit depuis des années. Question que je n'ai jamais osé poser : Pourquoi quand deux conducteurs de véhicules motorisés froissent leur tôle sur le périph', dans la rue, sur la route, ils doivent impérativement rester exactement là où le drame a eu lieu pour remplir leur constat amiable ? La peur que les preuves du crime s'effacent s'ils se mettent un peu plus loin (ailleurs que sur la piste cyclable d'ailleurs) ? Le besoin d'afficher leur détresse ? Si vous avez la réponse à cette question, merci d'écrire à jerome@weelz.fr
3 Trop le seum. C'était au milieu des années 90, à l'époque on pouvait se moquer des Belges à la télévision sans animosité.

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