Réflexion : Se déplacer à vélo est-il un luxe ?

Réflexion : Se déplacer à vélo est-il un luxe ?

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Voilà bien une réflexion que je ne pensais pas avoir, mais soulevée il y a quelques temps par le quotidien belge Le Vif, et qui vous a fait vivement réagir sur notre page Facebook (+ de 9000 vues et plus de 40 partages sur le post).

Le déplacement à vélo serait-il en passe de devenir un nouveau privilège de nanti ? Le sens de cette réflexion s'axe surtout sur un fait : tout comme la cigarette, la voiture est devenue une addiction, à laquelle encore de nombreuses personnes restent accroc (Les récentes pénuries de carburant nous l'ont à nouveau prouvé de façon flagrante), mais dont le coût financier devient de plus en plus insupportable.

La bicyclette comme nouveau marqueur social

24213134729_e70b4d8194_kOK, donc si on résume, si je suis un cycliste, de surcroît non-fumeur, se pourrait-il que je fasse parti des nantis de ma ville ?!

Evidemment non. Mais l'économie substantielle que vous en tirez pourrait ne pas être à négliger, d'autant que depuis peu, a été officialisé l'indemnité kilométrique vélo (non, les vacances sous les tropiques ne sont pas pour bientôt).

Mais toujours est-il, jetons un pavé dans la mare, que se déplacer à vélo reste globalement un privilège de citadin. Car, pendant plus de quarante ans de politique pro-voiture et d'étalement urbain qui a suivi, force est de constater que les solutions de mobilité qui s'offrent aux banlieusards, se sont réduites à peau de chagrin.

Dans certains endroits, l'offre de transports en communs est quasi-inexistante. A lire sur le blog d'Olivier Razemon : Les transports publics, toujours plus chers, toujours moins rentables.

La voiture reste (malheureusement) une réponse parfaitement adaptée pour eux. Le problème étant, qu'ils sont des millions à recourir à cette "solution de facilité" pour rallier la ville, engendrant par la même occasion un engorgement massif des voies routières entrantes de nos chères citées.

Le citadin cycliste, lui, fait fi des problèmes de son congénère motorisé, puisque il à le "privilège" de pouvoir se déplacer intra-muros à sa guise, mains sur le guidon et cheveux aux vent.

Reste dans ta campagne !

Les rurbains, ceux qui sont donc éloignés des villes, ne l'ont pas tous fait par choix. La pression du coût financier trop important d'un habitat en ville figure souvent parmi les arguments avancé d'un éloignement du lieu de travail.

Une sérénité retrouvée dans un petit pavillon propret, acheté à crédit, avec quelques centaines de m² de pelouse, et, cerise sur le gâteau, la possibilité d'avoir un chien...

Ce que ce nouveau "campagnard" a également gagné au passage : "l'absolue nécessité" de posséder une voiture, et même souvent deux pour un couple. Et avec cela, des heures et des heures cumulées d'embouteillages tout au long de l'année pour se rendre au travail.

Ces dernières décennies ont vu naître des générations entières d'automobilistes pavillonnaires. Ce fléau à un nom : l'autosolisme.

Cette pathologie, pourtant sérieuse, passe aujourd'hui pour totalement bénigne et sans danger. Elle est pourtant une addiction grave, à l'origine de la saturation du trafic dans toutes nos agglomérations et de bon nombre de problèmes sanitaires (Pollution de l'air, manque d'activité physique...).

Les entreprises doivent s'adapter

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Dans cette problématique, c'est aussi la responsabilité sociétale des entreprises qui est mise en cause. Si autant de salariés envahissent les villes, seuls à bord de leur voiture privée, c'est que les compagnies qui les emploient refusent d'adapter les conditions de travail.

La solution ne tient pas du miracle. Il suffirait pour cela de modifier les horaires de travail en invitant les employés, notamment dans le tertiaire, à travailler différemment, en horaires décalées, ou bien encourager la pratique du télétravail une partie de la semaine.

Sur le même sujet  Le dernier kilomètre, c'est quoi ?

Les infrastructures sont également à remettre en cause. Bien peu d'employés de bureau bénéficient aujourd'hui d'un garage vélo sécurisé, et encore moins d'un vestiaire et d'une douche à l'arrivée.

Celui qui jouit de tous ces avantages, est aujourd'hui un salarié nanti, qui travaille dans des conditions qu'on pourrait qualifier de "luxueuses". (A lire ici l'expérience d'une entreprise dans la Drôme).

La fin de la voiture individuelle

La possession d'une voiture n'est donc plus la panacée. Ce marqueur, synonyme de réussite sociale et de richesse, est devenu, selon une étude récente réalisée par un comparateur auto, un lourd fardeau financier.

Entre coût de l'assurance, coût de l'entretien, faux frais (stationnement, péage...) et bien entendu coût du carburant, ce véhicule de "liberté", comme les publicistes aiment vous le vendre, est devenu un piège dont il est difficile de se sortir, d'autant plus lorsque vous résidez loin de toutes autres solutions de mobilité.

Parmi les plus jeunes, posséder une voiture ne fait plus partie des priorités de leur vie future. Contactée par la rédaction, la Fédération Nationale des Enseignants de la Conduite (FNEC), n'a pas donné suite à notre demande de statistiques sur le nombre de jeunes passant leur permis chaque année, et si ils constataient globalement une baisse ou une augmentation.

D'autres pays l'ont fait, comme la Belgique ou la Suisse. Et le constat est bien là : Dans ce deux pays, la proportion des 18 - 24 ans passant le permis de conduire est en baisse continue, de l'ordre de 20% depuis le début des années 2000.

Cher, sans intérêt, trop de responsabilité, le permis de conduire et, par conséquent, la possession d'une voiture, ont perdu de leur superbe.

A cela, les jeunes privilégient aujourd'hui les transports en communs, les solutions alternatives comme l'autopartage ou le covoiturage, et, bien entendu, le vélo.

La solution vélo

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Est-il utile de conclure cet article sur tout le bien que nous pensons du vélo ... ? Je ne le crois pas. Mais réitérons notre affirmation : Oui, le vélo est un luxe, car il est difficile de l'imposer comme un moyen de transport par défaut pour une majorité de la population, surtout celle qui s'est éloignée, de gré ou de force, des centres-ville.

Et c'est là que rentre en ligne de compte la responsabilité de nos chers élus. Mettre davantage de gens sur un vélo, urbains comme rurbains, ne passera pas par des petites subventions, des courtes journées de mobilisation ou de timides campagnes de promotion (quand elles existent).

Il faut mettre en oeuvre une politique vélo courageuse, qui aura pour objectif de (re)mettre en oeuvre un réseau cyclable important, cohérent et sans coupures, permettant à tout un chacun de rejoindre un point A à un point B facilement et en sécurité. Comme on le dit souvent, construisez-les et ils viendront...

Dans ce cas présent, le vélo n'est plus seulement un instrument de loisir, il devient un enjeu sociétal, une solution de santé publique et même un vecteur de croissance.

Pour aller plus loin dans la réflexion, je vous invite à lire ce très bon article paru dans "Les cahiers de médiologie" et publié sur le portail de sciences humaines et sociales Cairn.info.

Crédits photos : Henrik JohanssonTMimages PDXMarkus Meier.

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