Pignon fixe, de la piste à la ville

Pignon fixe, de la piste à la ville

La présentation de la Team Look Crit début juin 2019 à Paris au Steel café, nous a donné envie de parler à nouveau de fixie. Il faut dire que les vélos proposés par Look sont d’une beauté détonante dans le monde du bicloune.

"L’univers du vélo de piste est en rupture avec ce qu’il se propose dans le monde du vélo de route"

Antoine Boisseau-Zapata - Art & Brand Identity Manager pour Look

Antoine Boisseau-Zapata - Art & Brand Identity Manager pour Look - nous le confirmait, au détour d’une discussion : « L’univers du vélo de piste et plus précisément du Fixe est constamment en évolution, toujours en rupture avec ce qu’il se propose dans le monde du vélo de route.


Pour nous les créatifs c’est intéressant, il y a moins d’enjeux commerciaux d’une part, d’autre part une forte attente de cette population pour des propositions décalées, inspirées de la culture urbaine. On peut donc se lâcher. Cet univers nous permet de tester des propositions, c’est un peu notre bureau d’étude grandeur nature. »

Détourné de son terrain de jeu initial, le vélo de piste est un allié exigeant pour les cyclistes urbains avertis. Le vélo dans ce qu’il a de plus pur et plus simple, le fixe propose un retour aux sources. Aussi appelé fixie ou pignon fixe, ce vélo retrouve du lustre et une certaine popularité dans le paysage citadin.

Ndlr : Back in those days, il y a 11 ans, les premiers articles de Weelz.fr parlaient souvent de fixie.

Pureté et essence du vélo ?

Sans fioriture, un cadre, un pédalier, des roues, une selle, un cintre. Pas de câbles disgracieux, pas de mécanisme du type dérailleur. Pas de mâchoires autour des jantes. Rien que de l’utile pour avancer.

Le fixe est esthétiquement, la simplicité même. Quand notre société nous pousse toujours vers plus d’innovation (plus ou moins utile, plus ou moins pertinente) notre désir, par esprit de contradiction, se tourne vers plus de simplicité.

Pas d’électronique, pas de 2x11 ni de vélo connecté. En résumé, le fixe serait au vélo, ce que la saucisse Knacki Herta est à la charcuterie, avouez que ce serait dommage de passer à côté des choses simples (maintenant vous allez vous traîner la musique de Pierre Bachelet pour la journée).

Le fixe, la saucisse du vélo ?

Tout doux l’ami. C’est une image. Dans le monde de la moto, on qualifie de « saucisse » une monture dont la partie cycle manque de rigidité. Ceci étant particulièrement sensible dans les virages. La sensation désagréable que la roue arrière se dérobe, que l’avant et l’arrière de la machine se désolidarisent.

Et le pilote, au milieu de tout cela qui tente tant bien que mal de mettre du liant. Ridez un fixie et vous comprendrez la limite de la métaphore Herta utilisée pour décrire ce type de vélos.

L’inertie du pignon fixe, la compacité du cadre donnent plutôt la sensation de chevaucher un bout de bois, raide comme la justice. Evidemment la géométrie choisie, ainsi que le matériau de construction (et les jantes, la pression mise dans les pneus, etc.) auront une influence sur la rigidité et le confort du vélo. Il n’empêche que le fait de ne pouvoir rouler en roue-libre ça vous secoue le bocal.

Un retour aux sources ?

A la fin du XIXème siècle, les inventeurs du vélocipède, concentrés sur le meilleur moyen d’aller plus vite, n’ont pas pensé à intégrer des freins sur leurs montures.

Ce n’est qu’une fois que la machine était véritablement en route, qu’ils se sont posés la question, cruciale et pourtant secondaire dans leurs cerveaux respectifs : comment on s’arrête ? On a retrouvé une vidéo de l’époque, que l’on vous laisse découvrir ici...

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Pour éviter de vous prendre la porte du garage, le coffre du break devant vous, le piéton, avant de vous lancer tel un calu dans la jungle urbaine, je vous conseille de vous entrainer à vous arrêter, avant même d’envisager ne serait-ce qu’une petite descente.

"Il va falloir aborder la ville avec humilité"

En effet, quand on enfourche un fixe, en ville, c’est un nouveau rapport à la ville qui s’instaure. Vos freins sont vos jambes (Ndlr: Si vous roulez brakeless, mais vous pouvez aussi mettre un frein avant). Et pour piloter correctement la machine, il va falloir jouer avec le poids du corps, jouer sur les cuisses parfois forcer, (très fort) sur les genoux.

Votre regard aussi va devoir se porter encore plus loin. Pour anticiper les obstacles qui vont se dresser devant vous, loin aussi en sortie de virage. Il va falloir aborder la ville avec humilité. C’est d’ailleurs ce qui est intéressant en fixe en ville, tout d’un coup, il faut réapprendre à appréhender son trajet quotidien.

Freiner c’est tricher… ?

Faites mouliner votre moteur de recherche préféré (essayez Qwant c'est pas mal et ça respecte votre vie privée) avec cette formule «Freiner c’est tricher» et regardez les quelques films qui vous sont proposés.

Ski alpin, moto, voiture, vélo de descente, t-shirt… Cette formule semble destinée à celles et ceux « qui en ont ». Celles et ceux qui sont tout, sauf des poules mouillées. Initialement sur le vélo de piste, l’absence de freins est une garantie de sécurité entre les coureurs.

Puisqu’il est impossible de s’arrêter brutalement, le suiveur ne peut se retrouver embouti dans la roue de celui qui le précède. Ce qui est vrai sur piste fermée ne l’est pas sur route ouverte.

D’ailleurs, comme nous le rappelait Abel dans son émission Rayons libres, le code de la route impose deux systèmes de freinage sur le vélo (d’ailleurs ce CDR n’indique pas où ils doivent être).

Pour ceux qui suivent, un pur fixe est donc un vélo non-homologué pour rouler sur la route. Son succès auprès des coursiers et autres cyclistes underground vient probablement aussi de là. Le plaisir de la transgression. Transgressif, comme cette pub ? allez les mecs, let’s rock’n’roll !

Heureusement, la plupart des fixes proposés sur le marché sont équipés de points d’accroches pour y intégrer des freins (Le madison de Look, ne le fait pas) ; ne le faites pas parce que c’est légal mais bien parce que c’est beaucoup plus sécurisant.

Apprenez à pédaler et anticiper sur cette machine en ayant des freins à disposition. Quand vous serez aguerris, sortez faire les belles et les beaux, sans les freins, avec les mains, ou l’inverse.

Le fixe

Aussi si le fixe vous fait flipper ou que vos genoux se rebellent, optez pour le single speed. Presque la même chose dans l’esprit sauf qu’il n’y a pas de pignon fixe.

Par contre, un seul développement disponible, cela veut dire que chaque relance, chaque cote, chaque longue ligne droite va vous faire travailler toutes les techniques qui vont faire de vous un bon cycliste. Le roi de la vélocité, la reine du départ arrêté.

Une fois que vous êtes prêt, vous pouvez tenter d’aller défier Margaux Vigie, qui vient de mettre presque un tour à sa Dauphine lors du Crit de Dijon (un compte-rendu ici), qui vient de remettre une couche à Cologne ce weekend (8/9 juin 2019).

On te tire notre gapette Margaux. Pour les autres, bon courage !

> Team Look Crit

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