Petit Breton, quand le vélo sur mesure ressurgit du passé à Nantes

Petit Breton, quand le vélo sur mesure ressurgit du passé à Nantes

Du vrai vélo Made in France en carbone

"Il y a des matériaux isotropes, et d'autres anisotropes.". Quand Robin me fait le cours de physique pour me présenter son travail, j'ai presque un peu honte d'avouer mon parcours littéraire à tendance design et arts graphiques. Nous sommes fin février 2021 et je suis à Nantes, dans l'atelier de Petit Breton¹. Petit Breton, c'est la marque de vélo sur mesure créée par Robin Cojean. Une toute jeune entreprise, mais un nom qui évoque un passé cycliste local. On vous dit tout dans cet article.

Dernier Tango à Buenos Aires

Lorsqu'il a entamé le travail de réflexion sur sa marque, Robin recherchait un nom qui puisse évoquer les valeurs qu'il avait envie de mettre en avant : le cyclisme évidemment, mais aussi le fait-main, le local, le durable. Il prend alors connaissance de l'histoire de Lucien Mazan. Qui est Lucien Mazan ? Il nait en 1882 à Plessé, en Loire-Atlantique, et déménage huit ans plus tard à Buenos Aires avec ses parents. Il découvre le vélo et la compétition en Argentine. Et il est plutôt doué. C'est dans sa vingtaine qu'il revient en France, à Paris. Il entame alors une carrière de cycliste professionnel. Mais son père ne le voit pas d'un très bon œil. Se souvenant d'où il vient, il prend le surnom de Lucien Petit-Breton, un nom d'emprunt pour dissimuler plus facilement ses participations aux épreuves.


Un coureur dont on appréciait "l'intelligence, l'esprit méthodique et le don d'observation", disait de lui le journaliste Jacques Augendre. Lucien Petit-Breton est l'un des cyclistes les plus titrés d'avant-guerre. Dès 1899, à 17 ans, il est champion d'Argentine sur piste. En France, il remporte le Bol d'Or en 1904. Vainqueur du Tour de France en 1907 et 1908, dont sept victoires d'étape. Celui que l'on surnomme aussi "l'Argentin", participe avec brio à de grandes classiques du cyclisme comme Paris-Tours (1906), Paris-Bruxelles et le Tour de Belgique (1908), les Six heures de Paris (1913). Il est également vainqueur de la "Classicissima" Milan-San Remo lors de sa toute première édition en 1907. Lucien est aussi le détenteur du record du monde de l'heure sur piste en 1905. L'Histoire malheureusement le rattrape. Il est mobilisé dès 1914 pour la Grande Guerre, et meurt en 1917 des suites d'un accident de la circulation sur le front des Ardennes.

Si vous aimez l'histoire des pionniers du cyclisme d'antan, jetez-vous sur le livre "Petit-Breton, Gentleman cycliste", écrit par un passionné du sujet, David Guenel.

Un vélodrome et une chute

"Les cinq arrières petits-enfants de Lucien Petit-Breton se sont associés avec Robin"

Robin COJEAN, fondateur de Petit Breton Cycles

De son coté, Robin n'a pas que de très bons souvenirs avec Lucien Petit-Breton. Pas avec l'homme en lui même, qu'il n'a évidemment jamais côtoyé, mais avec le vélodrome qui porte son nom. En 1924, on inaugure la réfection de l'ancien vélodrome de Nantes - le vélodrome de Longchamp - et on le baptise "Vélodrome PETIT-BRETON" en hommage à l'ancien champion cycliste local. Robin Cojean est introduit dès son plus jeune âge à la compétition cycliste et conserve, nous dit-il, un douloureux souvenir d'une chute mémorable sur ce même vélodrome lors d'une compétition. La boucle est bouclée.

Après avoir été le nom d'un grand champion cycliste, puis celui d'un vélodrome, Petit Breton devient en 1925, le nom d'un fabricant de cycles. C'est la veuve de Lucien, Marie-Madeleine Macheteau, qui va lancer cette marque. Fabriquée en centre-ville de Nantes, la marque va perdurer jusque dans les années 70, avant de tomber dans l'oubli. Jusqu'à ce que Robin Cojean contacte les héritiers de la famille et obtiennent leur accord pour utiliser le nom de la marque. Les cinq arrières petits-enfants de Lucien se sont même associés avec Robin. Le nom Petit Breton ressurgit du passé, cette-fois pour du vélo sur-mesure.

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Du vélo sur-mesure

"Aussi longtemps que je me souvienne, j'ai toujours voulu fabriquer des vélos."

Le fondateur de Petit Breton a un ADN vélo. Une histoire qui nous rappelle celle de l'homme derrière la renaissance de Dilecta. "Aussi longtemps que je me souvienne, j'ai toujours voulu fabriquer des vélos." nous confie Robin. Son diplôme d'ingénieur en poche, c'est pourtant du coté des avions que Robin fera ses première armes. Pas vraiment son idéal de développement durable, mais le travail est enrichissant. Il va travailler dans le secteur aéronautique durant plusieurs années, d'abord chez Airbus puis chez Safran.

En guise de hobby, il commence dès 2011 à réparer des cadres de vélo en carbone, matière qu'il affectionne. Le déclic viendra d'une draisienne, qu'il va fabriquer "avec amour" en carbone et fibre de lin pour sa nièce. Elle trône d'ailleurs fièrement à l'entrée de son atelier qu'il occupe dans une pépinière d'entreprise au nord de Nantes. La suite ? Robin décide de tout plaquer pour se consacrer à sa passion. Un petit tour à la banque, cumulé avec ses économies personnelles, vont lui permettre d'investir dans le matériel nécessaire pour monter son atelier.

L'orientation de la fibre

Après avoir dessiné son premier modèle, un VTT, il fait fabriquer des moules par une usine vendéenne. Robin ne travaille pas avec des tubes de carbone, mais avec des rouleaux de fibres de carbone ou de lin, qu'il va assembler à l'intérieur du moule. "Selon les spécificités et les contraintes de la zone du cadre, il faut respecter un sens de pose très précis, en fonction de l'orientation de la fibre." nous dit-il.

Après ce travail d'assemblage des différents plis découpés (entre 200 et 300 !) vient l'étape du drapage à l'intérieur du moule, puis de la "cuisson" (qui est en fait une polymérisation). Les moules sont fermés et mis sous pression, puis placés à l'intérieur d'une étuve à une température de 200 degrés. Après un ébavurage soigneux, vient ensuite le travail d'assemblage du cadre. Une étape sur laquelle Robin tient à conserver ses secrets de fabrication. Il réalise cela sur une machine spéciale, commandée directement aux Etats-Unis chez Sputnik Tools.

L'une des premières réalisations de Robin

VTT, vélo de route, vélo gravel... Robin a déjà réalisé plus d'une quinzaine de commande. Il affiche également une participation au Concours de Machine (en 2019), relancé par le magazine 200. Si vous souhaitez vous offrir un vélo sur mesure Petit Breton, Robin vous questionnera tout d'abord sur vos envies et votre pratique du vélo. Il vous invitera ensuite à réaliser une étude posturale, qu'il sous-traite avec un jeune spécialiste de la région : Alban RENAUD de l'AR-E de Pédaler. Tout est personnalisable sur le vélo, le choix des composants bien sûr mais aussi la peinture - matte ou brillante - et les différentes finitions.

Prochainement une gamme vélo urbain

Robin aime passionnément son métier et ne manque pas d'ambition. Il travaille actuellement sur une gamme vélo urbain qu'il souhaite "éco-conçue", en travaillant notamment le carbone, la fibre de lin et également le bambou. Les vélos sont encore en cours de développement. Nous tacherons de retourner le voir lorsqu'un modèle sera sorti de l'atelier. En attendant, vous pouvez aller voir ses différentes créations sur son site web. Le tarif d'entrée pour un cadre sur mesure Petit Breton démarre aux alentours de 5000€, auquel il faudra ajouter celui des composants. Le pur Made in France à un prix.

➡️ Petit-Breton.fr

¹ La ville de Nantes est-elle bretonne ? On attend votre avis sur la question...

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