Capitale du vélo, Être ou ne pas être, c'est la question, non?

Capitale du vélo, Être ou ne pas être, c’est la question, non?

Paris, 2020, être une capitale Mondiale du Vélo, est-ce vraiment important?

Paris, 2020, être une capitale Mondiale du Vélo, est-ce vraiment important?

nota: Cet article prend l’exemple de Paris, mais, il nous semble que l’exemple peut aussi fonctionner pour toute ville de France, de Lille à Marseille, de Lorient à Mulhouse.
En somme, toute ville de France et de Navarre qui a compris que le vélo n’est pas un enjeu mais une solution.


Ceux qui n'avait pas lu la prise de parole d'Anne Hidalgo en juillet dans le Journal du Dimanche, peuvent combler leur retard, ici.

"Je veux que Paris soit la Capitale Mondiale du vélo"

Anne Hidalgo, Maire de Paris

Madame Hidalgo y annonce "Je veux que Paris soit la Capitale Mondiale du vélo".

Une Capitale ou La Capitale ?

D'après le site de la Mairie, la promesse n’est pas de faire de Paris, LA capitale du vélo dans le Monde mais UNE capitale mondiale du vélo. La sémantique à son importance.

Le timing annoncé est pour 2020. 2020 c’est demain. A en croire l’index publié par Copenhagenize, il y a encore un peu de pain sur la planche pour nos édiles.

Si on reprend l’historique de cet index (qui est probablement discutable, mais le propos n’est pas là), Paris était en 2011 7ème, puis en 2013 19ème, gagnait deux places en 2015, pour être à la 17ème place, gagnait encore quelques places en 2017 pour être la 13ème. En 2019, Paris est 8ème.

Amsterdam

Entre temps Amsterdam et Copenhague se disputent, sans partage ou presque, la plus haute place du podium. En regardant de plus près, il y a surtout un monde entre les 3 premières villes de ce palmarès qui sont à 90% ou presque parfaitement cyclables et les suivantes.

En effet en 2019, Utrecht est cyclable à 88.4% quand la ville qui la suit n’est cyclable qu’à 73.2%. Paris ? 61.6% (Pour identifier ce que veulent dire ces pourcentages, nous vous laissons lire la méthodologie de Copenhagenize, ici).

Utrecht

Paris n’est peut-être que la 8ème ville la plus cyclable selon cet index, elle est néanmoins au pied du podium, si on enlève les villes qui sont devant et qui ne sont pas des Capitales au sens administratif du terme (Utrecht 3ème, Anvers 4ème, Strasbourg 5ème, Bordeaux 6ème). Encore un petit effort et Paris pourrait être la 3ème capitale dans ce prochain index publié en 2021.

Être une capitale du vélo, une fin en soi ?

Pour répondre à cette question encore faudrait-il définir clairement ce que signifie les mots « Capitale » et « vélo ».

Je viens de taper dans un moteur de recherche les mots « Paris capitale Mondiale de… » les suggestions sont pléthoriques, dans l’ordre :

  • L’émeute (l’effet Gilets Jaunes certainement)
  • La mode
  • L’innovation en santé
  • De la France (enfin !!)
  • De l’amour (ouf notre réputation est sauvée)
  • Des lumières
  • De la gastronomie
  • Des arts et de la culture

Définir une ville comme étant la Capitale de… signifie que cette dite ville exerce sur le monde une influence majeure sur le sujet abordé. Dans notre cas, Paris ambitionne d’ici 2020 donc d’avoir une influence majeure dans le monde dès lors que l’on évoque le vélo.

"mettre en place un ensemble d’actions qui vont faciliter la mobilité à vélo dans la ville"

En continuant notre promenade sur le site internet de la Mairie de Paris à propos de vélo. L’objectif de la ville de Paris annoncé se situe principalement, et presque exclusivement, en abordant le vélo comme outil de mobilité.

La volonté affichée de la ville est « de faciliter les déplacements à vélo en développant et aménageant des infrastructures cyclables : plus de pistes cyclables, plus de places de parking, subventions pour l’achat de vélos électriques, vélos en libre-service ». Bref mettre en place un ensemble d’actions qui vont faciliter la mobilité à vélo dans la ville.

Le vélo est-ce uniquement un outil de mobilité?

Chez Weelz.fr nous abordons en grande majorité le vélo comme outil de mobilité, il n’empêche que nous pensons que le vélo est aussi un superbe outil de tourisme, de sport, de santé, de création de lien social (comme mentionné ici).

Bref, aborder le vélo comme outil de mobilité c’est bien, mais à notre sens pas suffisant. S’occuper du "pouvoir rouler" est une très bonne chose, il vient en écho du programme "Savoir rouler" proposer par le gouvernement à travers son plan vélo.

nos collectivités doivent aussi s’occuper du « vouloir rouler (à vélo) »

C’est en revanche oublier des éléments importants dans l’équation. Il nous semble indispensable que nos collectivités doivent aussi s’occuper du « vouloir rouler (à vélo) ». Créer du désir autour du vélo, donner envie de s’y mettre.

Bien sûr certain.e.s diront qu’ils aimeraient se mettre au vélo, mais qu’ils ne le font pas, par peur de cohabiter avec les motorisés, peur du vol, parce qu’ils ont une armoire normande à transporter tous les jours, parce qu’ils habitent très loin de leurs bureaux. En un mot, parce qu’ils ne peuvent pas.

Nous pensons malgré tout qu’une grande majorité de citadins n’envisage pas une seconde de se mettre à pédaler au quotidien parce que dans leur imaginaire, c’est :

  • « trop difficile »,
  • « trop contraignant »,
  • « pas adapté à son mode de vie »,
  • « trop loin »,
  • « trop long »,
  • « trop salissant »

En résumé, parce qu’ils n’ont PAS ENVIE.

Pour répondre à la question posée en ouverture de ce paragraphe, selon nous il est vain d’être reconnu comme une Capitale Mondiale du vélo, si les habitants ne se mettent pas plus au vélo, s’ils n’ont pas plus envie d’en profiter.

Sur le même sujet  Choisir le vélo, bilan d'un nouveau cycliste urbain à Paris

Alors, comment on la crée cette envie ?

Souvent ces personnes qui trouvent de bonnes excuses sont confortablement installées dans leur voiture.

"la voiture réussit bien mieux que le vélo à donner envie"

Comme nous le disions dans ce billet, la voiture réussit bien mieux que le vélo à donner envie. Le marketing puissant des constructeurs automobiles, les millions d’euros dépensés en publicité, en relation presse, événements de tous genres construisent un haut niveau de désirabilité à la voiture. Quelques exemples de manifestations qui nous aident à rêver de voiture :

  • « la Fabrique à rêves by Porsche » qui a eu lieu au Jardin de l’Acclimatation en juin 2019, avec la promesse suivante : « à l’occasion des beaux jours, Porsche s’installera au Jardin d’Acclimatation afin de faire vivre un rêve éveillé aux enfants » wtf !!

Ces événements sont tous portés par des initiatives privées. Ils existent car il y a un cercle économique vertueux : Une industrie, une presse, une clientèle, cela s’appelle un écosystème. Ces événements sont aussi, parfois, soutenus par la Mairie ou des administrations (formule Electrique).

Les événements vélo dans la Capitale de France ? Il y en a bien sûr, ce billet est l’occasion d’évoquer deux événements intéressants, des initiatives privées.

Le festival Sans les mains, qui s'est déroulé du 30 août au 1er septembre 2019 à Paris (ou juste à côté !).

Un autre bel événement arrive, au début de l’automne, une soirée films autour du vélo au Grand Rex, « Tous en selle » le 26 septembre. Plus d’infos ici. (et nous vous recommandons au passage de vous y intéresser de plus près, il reste quelques places disponibles).

Ces initiatives sont à noter. Malheureusement, elles vont principalement intéresser les -déjà cyclistes mordus et indécrottables-. Elles vont probablement terminer de convaincre les convaincus.

Vont-elles réussir à créer du désir pour la « solution vélo » auprès du grand public non pratiquant? j’en doute, ou si peu (Attention, ne nous méprenez pas, si ne serait-ce qu’1% des participants à ces événements ressortent en se disant « c’est décidé, je me mets au vélo au quotidien", c’est toujours cela de pris).

Nous pensons que la Ville de Paris (mais toute municipalité en France en vérité) a un rôle à jouer pour faire monter ce désir. En ce qui concerne les initiatives culturelles autour du vélo, celles qui auraient leur place dans la rubrique « sortir à Paris », le constat est plus sévère.

Il y a bien un dimanche par mois « Paris sans voitures », vous noterez que « sans voiture » n’est pas la même chose que « à vélo ». Il y a bien, l’arrivée de la plus grande course cycliste du Monde sur les Champs-Elysées le 28 juillet 2019. Il y a bien aussi le programme "Paris respire", ou quelques initiatives locales difficilement visibles, quasi inaudibles.

Il nous semble, chez Weelz.fr, que la ville de Paris, pour devenir en 2020 une capitale mondiale du vélo, pour exercer sur le monde une influence majeure sur le thème du vélo, doit mieux aider et mieux accompagner des initiatives culturelles autour du vélo.

Nous nous prenons à rêver de voir l’Equipe du Crit Look Critérium courir pour la finale mondiale, sur une piste conçue pour l’occasion sous les toits du Grand Palais. Nous nous prenons à rêver d’une compétition de vélo trial sur l’esplanade des Invalides.

A quand « la Fabrique à rêves by bicyclette » qui aurait lieu au Jardin de l’Acclimatation en juillet 2020, pendant tout le déroulé du Tour de France avec la promesse suivante : « à l’occasion des beaux jours, les vélos s’installeront au Jardin d’Acclimatation afin de faire vivre un rêve éveillé aux enfants, afin de leur donner le goût et l’envie de glisser un vélo dans le coffre de la Porsche de maman » ?

Pour être sincères et honnêtes même si nous pensons que la ville a un énorme rôle à jouer, son rôle n’est pas d’organiser mais d’accompagner.

C’est ici que les différentes Fédérations et Syndicats ont aussi un rôle primordial à embrasser. La Fub, la FFVélo, la FFCyclisme, Unions Sports & Cycles, villes-cyclables, ASO et les sponsors qui accompagnent le Tour de France, spontanément nous pensons à Lcl, skoda, Leclerc, Kryss, Vittel, Orange...

Les fédérations et syndicats n’ont pas non plus vocation première à organiser ce type d’événements, il n’empêche qu’ils ont un rôle essentiel pour amorcer la pompe, pour commencer à dessiner le premier point de ce cercle vertueux.

Etre ou ne pas être une Capitale Mondiale du vélo est une chose. Etre la nation du vélo une autre.

Sans langue de bois et malgré les efforts de l'Equipe Municipale en place, la marche est trop haute pour espérer être en 2020 une capitale mondiale du vélo, si l'on se concentre uniquement sur l'aspect transport au quotidien et déplacement urbain. Madame Hidalgo et son équipe a en revanche une vraie carte à jouer autour du "vouloir rouler" (à vélo dans Paris).

N'oublions jamais que le vélo est une formidable machine à rêves, à Paris ou ailleurs, avant d'être un mode de déplacement urbain.

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