Outside is free, le déconfinement ou l'appel du vélo au dehors

Outside is free, le déconfinement ou l’appel du vélo au dehors

#outsideisfree - C'est un hashtag (pardon un mot-dièse) populaire sur les réseaux, en particulier sur Instagram. Une manière de rappeler que profiter de la Nature, c'est au-delà de toute idée de classe sociale. La Nature est la même pour tous, que vous soyez riche ou pauvre. La Nature appartient à tout le monde pour le résumer de manière très synthétique et stéréotypée.

Outside is free, je dirais même "outside is gold". C'est un concept précieux sans lequel nous ne pourrions tout simplement pas vivre. Mais il possède cet avantage d'être précieux et en même temps accessible à tous. En Suède, ils ont un mot pour désigner leur "droit d'accès à la Nature" : "Allemansrätt". Celui-ci est décorrélé du droit de propriété, et chaque suédois·es à ce droit citoyen de s'aventurer là où il le souhaite, à partir du moment où il ne dégrade ou ne dérange pas.


Je n'ai jamais fait de recherches généalogiques poussées, mais je dois probablement avoir du sang suédois dans les veines (mon teint hâlé et mes cheveux bruns le prouvent…). Il est vrai que pour moi le dehors a toujours eu un effet d'attirance difficile à refréner, en particulier lorsque la météo est clémente. Pour moi, une journée où l'on a pas mis le nez dehors est une journée gâchée.

Une héliophilie poussée à l'extrême, qui m'appelle au dehors comme un aimant. Sans vouloir te raconter ma vie mais sache que lorsque j'ai passé mon bac (au siècle dernier), mes révisions se faisaient volets fermés sur fond d'une bande son de pluie et d'orage… Mais expliquez-moi pourquoi tous les épreuves et examens se font au mois de juin ??!

Chez nos amis Teutons, ce désir de s'évader se traduit aussi par un mot : "wanderlust" (à prononcer "vanne-deur-loust"). C'est d'ailleurs l'un des thèmes majeurs du romantisme allemand. Tout le monde a en tête cette peinture de l'artiste allemand Caspar David Friedrich, "Le Voyageur contemplant une mer de nuages" (visuel ci-dessus).

"Je me suis aperçu à quel point cette notion d'accès extérieur avait une importance capitale"

Avec la période de confinement qui nous a tous touché, je me suis aperçu à quel point cette notion d'accès extérieur avait une importance capitale. Bien sûr les règles de l'urgence sanitaire ne nous ont pas interdit d'être à l'extérieur, mais elles ont drastiquement limité nos déplacements.

Et c'est justement l'une des raisons pour laquelle j'aime profondément le vélo : il ne me bride pas. Je n'ai pas à respecter des horaires comme avec le train, je n'ai aucun risque de tomber en panne comme avec une voiture, je n'ai pas à craindre les embouteillages, je peux facilement passer un obstacle en portant mon vélo… bref, le vélo offre une incroyable liberté.

Une liberté qui s'est soudainement, le jour du 16 mars 2020, radicalement réduite. Et c'est au moment où l'on vous retire cette indépendance, cette latitude à pouvoir aller où l'on souhaite, que vous commencez à percevoir votre attachement viscéral à pédaler au grand air.

"vous commencez à percevoir votre attachement viscéral à pédaler au grand air"

J'ai pourtant cherché, comme beaucoup d'entres-vous, à compenser ce manque. D'abord en pleurant devant les plateformes de e-commerce spécialisées vélo et voir la rupture de stock globale sur les home-trainer. Puis j'ai eu la chance d'avoir un voisin plus porté sur la course à pied et qui m'a prêté le sien.

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J'ai la même coiffure, mais ce n'est pas moi

Alors j'ai pédalé dans mon bureau. Je me suis même inscrit sur Zwift (c'est dire mon niveau de dépression). J'ai tourné les jambes sur place, j'ai sué, j'ai hurlé (plutôt après la connexion bluetooth médiocre) et j'ai fini par me rendre compte d'un fait essentiel : vous avez beau pédaler comme un forcené, un seul élément vous manque, c'est la confrontation aux éléments extérieurs.

Pour garder la forme et entretenir le rythme de mes jambes, j'ai continuer de pédaler sur place. Mais de cette soudaine réalité du confinement, j'en ai pris mon parti. Alors, toutes les raisons furent bonnes pour m'échapper à vélo tout en respectant les mesures de l'Etat et les règles sanitaires élémentaires.

Des courses à aller faire ? Hop vélo. Des légumes à collecter ? Hop vélo. Une bouteille de gaz à livrer ? Hop vélo (cargo). Ca c'est pour la pratique utilitaire. Quant à la pratique sportive, j'avoue que les propos du ministère de l'Intérieur, de celui des Sports comme ceux de la Fédération Française de Cyclisme - tout comme Thierry -  m'ont fait hurler.

Pour eux, ils ont immédiatement jugé que les conditions "de proximité et de temps court" - les fameux 1 km de rayon et 1h max, seul - étaient antinomiques avec le sport cycliste.

J'ai la chance d'être un peu excentré de la ville et de bénéficier, dans ce rayon d'un km, de quelques petites routes et pas mal de chemins de bocages. Et bien, je peux vous dire, messieurs-dames, que cette sortie d'une heure était pour moi une incroyable bouffée d'oxygène, qu'aucune séance de home-trainer ne pouvait remplacer.

"Il suffit d'un simple trajet à vélo pour s'en rendre compte"

"L'important, ce n'est pas la destination, c'est le voyage" disait Robert Louis Stevenson. Juché sur son âne, traversant les Cévennes, il aurait sans doute juger ces 1 km parfaits pour explorer, prospecter, observer et approfondir cet environnement immédiatement accessible et pourtant que l'on ignore parfois totalement.

Le lien avec l'extérieur est exacerbé lorsque vous roulez à vélo. Les conditions externes déterminent la manière dont vous allez ressentir votre parcours. Vos sens sont en éveil, votre attention est de tous les instants et l'activité physique induite par le pédalage augmente la sécrétion naturelle de sérotonine. Bref, au dehors, vous êtes bien.

Outside is free… A l'heure du déconfinement tout proche, ne nous relâchons pas et tâchons de faire preuve de bon sens pour ne pas avoir à subir un nouvel enfermement forcé. Mais sachons aussi profiter de ce que l'on possède déjà. La liberté de mouvement et la possibilité de profiter du dehors sont des biens précieux. Il suffit d'un simple trajet à vélo pour s'en rendre compte.

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