Forcer les cyclistes à porter un casque est une mauvaise idée

Je tenais absolument à partager avec vous cette vidéo. Elle a été réalisé par Peter Walker, un journaliste du Guardian. À l'aide de statistiques et d'interviews d'experts, il démontre, arguments à l'appui, qu'obliger les cyclistes à porter un casque est une mauvaise idée.

Comme il le rappelle le problème ne vient pas du port du casque en lui-même, d'ailleurs Peter Walker en porte un. Si l'on regarde ce sujet d'un point de vue purement statistique, il s'avère en effet que le casque évitera un traumatisme crânien dans 99 % des accidents graves à vélo.

Comme l'explique le premier médecin interviewé, en réunissant certaines conditions, oui, le casque vous sauvera la vie, notamment lors d'une chute à vélo à haute vitesse. Il paraît donc évident qu'en obligeant le port du casque, le nombre de morts à vélo va diminuer.

Alors dans ce cas, oui, il faudrait obliger tout le monde à porter un casque, non ? Et bien justement, c'est là que ça se complique un petit peu… Il ne faut pas regarder ce problème d'un point de vue individuel mais d'un point de vue sociétal, au regard de toute une population.

"les bénéfices sanitaires du vélo sont très largement supérieurs aux risques de la pratique du vélo"Selon le Dr Harry Rutter, il y des indices très clairs qui montrent que l'obligation du port du casque rend la pratique du vélo moins séduisante et la fait apparaitre comme dangereuse. Ce qui a comme conséquence de réduire la population de cycliste.

Et c'est là que le bât blesse. plusieurs études ont démontré que les bénéfices sanitaires du vélo sont très (très très) largement supérieurs aux risques de la pratique du vélo en elle-même.

Car, comme le rappelle Peter Walker, contrairement à beaucoup d'idées reçues, le vélo n'est pas dangereux. Il prend comme exemple une statistique intéressante captée en Grande-Bretagne : "seulement" un mort tous les 30 million de miles parcourus à vélo. Cela représente une centaine de décès de cycliste par an, soit légèrement moins que les décès de piétons, et surtout 4 fois inférieur au nombre de décès chez les deux roues motorisés.

Et pendant cette même année, les statistiques montrent que 85 000 personnes vont mourir prématurément de maladies causées par l'inactivité et la sédentarité (Maladies cardio-vasculaires, diabète, cancer...). Des maladies que la pratique du vélo permet justement de prévenir, et ce de manière très efficace, comme le rappelle Rachel Aldred de l'université de Westminster.

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Ainsi, le port du casque à vélo, bien qu'il soit démontré qu'il rende la pratique du vélo plus sûr, entraînerait un coût global plus élevé en termes de santé publique. Car en obligeant le port du casque, on réduit le nombre de cyclistes et on augmente le transport motorisé, ce qui entraîne plus d'inactivité et par conséquent plus de maladies dues à cette sédentarité... CQFD

"la pratique du vélo urbain n'est pas dangereuse, c'est l'environnement urbain dans lequel évolue le cycliste qui est dangereux" La vidéo rappelle également d'autres "basiques" déjà démontrés dans de précédentes études, comme le fait qu'un porteur de casque aura tendance à prendre plus facilement des risques (un phénomène appelé "compensation du risque"). Mais aussi qu'un automobiliste aura plus tendance à frôler un cycliste casqué qu'un cycliste sans casque.

La conclusion de cette vidéo est sans appel : la pratique du vélo urbain n'est pas dangereuse, c'est l'environnement urbain dans lequel évolue le cycliste qui est dangereux. Le casque n'est donc qu'un pansement sécuritaire qui n'apportera aucunes solutions à la cause du danger (au mieux, il permettra de sauver des vies dans à peine 10% des cas d'accident en ville).

Il faut entamer une réflexion profonde, non pas sur ce qui permet de réduire le danger, mais bien sur ce qui provoque ce danger. La meilleure façon de le faire est de construire des infrastructures cyclables sécurisantes tout en réduisant drastiquement le nombre de véhicules motorisés en milieu urbain, pas de balancer des campagnes de communication à la gloire du casque ou du gilet jaune.

Une recette qu'applique depuis plus de 40 ans les Pays-Bas, un pays où la part modale du vélo est très haute, et où pratiquement personne ne porte de casque ni de vêtements haute-visibilité... D'ailleurs, si l'on s'en réfère uniquement à la statistique, n'est-ce pas les automobilistes qui devraient porter un casque ?

Peter Walker est également l'auteur de "Bike Nation: How Cycling Can Save the World".

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