[Municipales 2020] Montpellier, Nice, Marseille: ces métropoles où tout reste à faire pour le vélo

[Municipales 2020] Montpellier, Nice, Marseille: ces métropoles où tout reste à faire pour le vélo

Ces métropoles automobiles en queue de peloton de la cyclabilité

En se basant sur le rapport du RAC (Réseau Action Climat), UNICEF et Greenpeace, et en patientant avant les résultats du baromètre FUB, Weelz.fr vous propose un tour d’horizon des espoirs, avancées et paralysies qui ont marqué ce dernier mandat dans les treize principales métropoles françaises.

Dernière étape : les métropoles en queue de peloton, pour qui un changement de paradigme renversant la prédominance de l’automobile semble encore lointain...


Montpellier, polémique en chaîne et réveil tardif

La ville de Montpellier songe à étendre la zone piétonne de son centre, déjà l'une de plus vastes de France depuis 2004, pour connecter l’Ecusson, le centre ancien de la ville, au quartier de la gare. L’interdiction aux véhicules motorisés depuis le sud de la place de la Comédie (photo ci-dessus) est à l’étude pour privilégier les déplacements à pied et à vélo.

Dans le classement du RAC, Montpellier figure en toute fin de classement, juste devant Nice et Marseille. Du côté du vélo, Montpellier s’est indiscutablement distinguée… dans l’actualité, par la fameuse polémique #JeSuisUnDesDeux.

Mobilisation pro-vélo à Montpellier (Photo: Vincent Burgeon). Lancé sur les réseaux sociaux, le mouvement #Jesuisundesdeux a conduit très vite à une première mobilisation le 10 novembre 2018, qui a réuni environ 1500 participants. Un an plus tard, une nouvelle mobilisation en a rassemblé 3000.

Né en octobre 2018 après une phrase malheureuse de l’actuel maire et président de la métropole Philippe Saurel, ce cri de ralliement sert depuis de mot d’ordre aux militants pro-vélo un peu partout en France.

C'est seulement en fin de mandat que la ville-centre et la métropole de Montpellier ont changé de braquet en termes de politique cyclable, grâce à cette forte mobilisation citoyenne et associative autour de Vélocité (l’asso locale) dont les échos rythment plus que jamais la vie politique locale.

Le maire de Montpellier, Philippe Saurel, annonce qu’il a fait sa « vélorution » : nouveau Schéma directeur des mobilités actives, plan vélo à hauteur de 80 M€ sur dix ans... Pour l'instant, seuls quelques aménagements ont été réalisés, et des panneaux pour permettre aux cyclistes de tourner à droite au feu rouge installés fin 2019 à certains carrefours, une dizaine d'année après les premières expérimentations en France.

En ce début d’année, dix ans après Strasbourg, Bordeaux ou Nantes, les services se sont ainsi résolus à installer à quelques carrefours des panneaux autorisant le tourne-à-droite.

Depuis 2018, plusieurs actions de "marquage sauvage" d'aménagements cyclables ont eu lieu par les collectifs #Jesuisundesdeux et Extinction Rebellion, notamment rues Doria-Gerhardt où a été depuis aménagée une piste cyclable (photo suivante). Photo : Vélocité

Les candidats aux élections municipales ont bien compris le message et chacun y va de son annonce originale : l’indépendant Mohed Altrad promet de doter chaque petit.e montpelliérain.e d’une bicyclette, Clothilde Ollier (écologiste) souhaite interdire la circulation automobile devant les écoles et généraliser le 30 km/h dans les quartiers, Alex Larue (LR-UDI) imagine la possibilité d’emporter son vélo dans le tramway, Philippe Saurel (SE) lui-même cherche l’inspiration à Copenhague…

Malgré les attentes, l'ensemble des candidats restent cependant assez frileux pour remettre en cause la prédominance de la voiture dans la capitale politique de l’Occitanie, et les mesures chiffrées se font attendre.

"les controverses autour de la transformation de la redoutée avenue de Toulouse montrent que faire de la place à la bicyclette n’a encore rien d’une évidence"

La métropole s’est résolue à adopter un schéma directeur des mobilités actives, évalué à 80 millions d’euros sur dix ans pour la réalisation d’aménagements cyclables (en attente d’intégration au budget), mais 10 à 15 millions d’euros sont provisionnés depuis cet été. Même si le budget s’annonce en augmentation par rapport à la période étudiée, le système vélo n’en est qu’à son ébauche.

A Montpellier, une piste cyclable de 300 m, rue Gerhart et rue Doria, a été inaugurée en décembre 2019, suite à une transformation d'une rue à sens unique en rue à double sens pour les usagers du vélo. Le contresens a ainsi remplacé une des deux voies de circulation générale. La métropole envisage de colorer d'autres aménagements à contresens pour mieux les rendre visibles. Photo : Vélocité

Les controverses autour de la transformation de la redoutée avenue de Toulouse - l’aménagement de simples voies mixtes bus et vélos, dans le projet de la municipalité - montrent que faire de la place à la bicyclette n’a encore rien d’une évidence.

Les double-sens cyclables restent rares, y compris sur des axes déjà utilisés en pratique à double sens. L'avenue du professeur Grasset qui dessert plusieurs établissements scolaires, universitaires et hospitaliers, le long de la ligne 1 du tramway, vient seulement d'accueillir un double-sens cyclable (depuis fin janvier 2020).

Montpellier tire mieux son épingle du jeu avec son service de location, en proposant une bicyclette pour 206 habitants, une situation comparable à des métropoles globalement beaucoup plus en avance, comme Bordeaux ou Nantes.

Le logo du mouvement #Jesuisundesdeux reprend le pictogramme des aménagements cyclables français, doublé en miroir. Photo : Vélocité

Par ailleurs, Montpellier avance sur la mise en place d’une zone à faibles émissions, qui pourrait à terme, contrairement à d’autres métropoles, concerner tous les types de véhicules à la fois à motorisation diesel et essence. Mais elle a en revanche pris du retard sur la réduction de la place de la voiture : la généralisation du 30 km/h n’a pas été envisagée, de même qu’un plan de circulation ou une zone à trafic limité.

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Plus grave, trois projets routiers d’envergure sont en passe de se concrétiser: le contournement ouest, la liaison d’évitement nord entre l’A709 et l’A75 (dont il manquait une section) et enfin la déviation est, qui vont multiplier les effets de coupure en périphérie. Il n’existe enfin pas la moindre aide financière pour changer de mode de déplacement et abandonner la voiture.

Nice, rien à signaler

Pendant ce temps-là, à Nice...

Nice a mis en place une aide à l’achat pour les particuliers désireux d’acheter un vélo et continue de proposer ses 1750 vélos bleus en libre-service… et c’est à peu près tout (Ndlr: Pourtant, on retrouve un vélo jusque sur les vœux du Maire Christian Estrosi).

Le projet de zones à faibles émissions reste pour le moins mystérieux, les tentatives pour réduire l’emprise de l’automobile se limitent à la réalisation des nouvelles lignes de tramway, et le budget vélo est quasi inexistant.

"il n’est pas improbable que Nice finisse bientôt bon dernier des classements sur la thématique vélo"

La piste bidirectionnelle sur la célèbre promenade des Anglais est l'itinéraire le plus rapide pour traverser la ville d'est en ouest et inversement, de manière sécurisée.

Malgré quelques aménagements réalisés sur la promenade du Paillon et la promenade des Anglais (un itinéraire à vocation touristique), le réseau reste à un état d’avancement primaire. Les autres aménagements sont disséminés et la construction du tramway ne s’est pas accompagnée de pistes qualitatives.

L’offre de stationnement est en revanche supérieure à Nantes ou Toulouse. La métropole vient d'inaugurer plusieurs parcs de stationnement vélo et veut atteindre 5000 places fin 2020, contre 3360 actuellement. Un service de location de vélos électriques en free floating (en libre service sans bornes d'attache) vient compléter les nouveautés.

Les Vélos Bleus en libre-service de Nice. Depuis janvier 2020, deux cents vélos électriques supplémentaires sont disponibles en free-floating à Nice, Saint-Laurent-du-Var et Cagnes.

Reste que sans perspective notable d’amélioration au prochain mandat, il n’est pas improbable que Nice finisse bon dernier des classements sur la thématique vélo en 2025.

Marseille, toujours lanterne rouge

L'espace du Vieux-Port a été profondément requalifié en 2013 : l'espace est désormais largement piétonisé, et compte des couloirs de bus partagés avec les cyclistes. Il reste une ou deux files de circulation générale, contre jusqu'à six auparavant.

"En matière de politique pro-vélo, il est de notoriété publique que la ville-centre et la métropole de Marseille accusent un retard immense"

Cela semble presque une fatalité : Marseille est toujours dans le rouge, que ce soit sur la remise en cause de la prédominance de la voiture, l’offre et l’usage des transports en commun ou encore la protection des enfants face à la pollution de l’air.

Et en matière de politique pro-vélo, il est de notoriété publique que la ville-centre et la métropole de Marseille accusent un retard immense à rattraper. Malheureusement, peu de travaux ont été entrepris ces cinq dernières années pour former l’embryon d’un réseau efficace.

Une petite “vélorution” pourrait néanmoins voir le jour dans la cité phocéenne. Le Collectif Vélos en Ville a plaidé, avec succès, pour la piétonisation de la partie basse de la Canebière, pour la construction d’aménagements cours Lieutaud (un axe important du centre-ville) et la requalification de la rocade urbaine du Jarret.

"la présidente de la métropole Martine Vassal a même fait de l’inauguration d’une piste bidirectionnelle sur la corniche Kennedy le symbole de son plan vélo"

La nouvelle piste bidirectionnelle sur la corniche Kennedy, inaugurée en juin 2019

Il y a quelques mois, la métropole Aix-Marseille-Provence et le Département des Bouches-du-Rhône ont débloqué 100 millions d’euros pour les cinq ans à venir. Objectif : atteindre les 250 kilomètres de voies cyclables d’ici 2024, dont 140 d’itinéraires sécurisés prévus dans le cadre de la création de 16 itinéraires sécurisés sur l’ensemble du territoire métropolitain.

Les usagers militants restent très circonspects étant donné les déconvenues successives survenues depuis une dizaine d’années en matière de promesses politiques.

Autre avancée à signaler : la métropole marseillaise travaille actuellement sur un projet de zone à faibles émissions pour limiter la circulation des véhicules polluants dans la ville, même si l’ambition reste floue à ce stade...

A (re)lire dans notre dossier spécial vélo Municipales 2020 :

[Municipales 2020] Qu'a fait votre métropole pour le vélo depuis 2014 ?
[Municipales 2020] Grenoble, Paris, Bordeaux, Strasbourg… ces métropoles où le vélo progresse
[Municipales 2020] Lyon, Rennes, Toulouse : un potentiel vélo révélé mais des efforts insuffisants
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