[Municipales 2020] Lille, Nantes, Rouen... Ces métropoles où le vélo fait du surplace

[Municipales 2020] Lille, Nantes, Rouen… Ces métropoles où le vélo fait du surplace

Des villes qui font encore une part trop belle à la voiture

En s’appuyant sur le dernier rapport du Réseau Action Climat (RAC), de l'UNICEF et de Greenpeace, et avant les résultats - attendus - du baromètre vélo, Weelz.fr vous propose un tour d’horizon des espoirs, avancées et paralysies qui ont marqué ce dernier mandat dans les treize principales métropoles françaises.

Après s’être intéressés aux métropoles en pointe et à celles en bonne voie, allons voir du côté des métropoles qui tardent à changer de braquet et ont du chemin à rattraper.


Lille: Les cyclistes font grise mine

Avec un peu plus de 61 000 déplacements par jour selon une enquête de 2016, soit 1,5% de part modale, l'usage du vélo plafonne à Lille, et se situe bien en-deçà des objectifs fixés par la Métropole en 2010 : 10% de part modale vélo en 2020.

L’agglomération lilloise a avancé sur la généralisation du 30 km/h et l’adoption d’un nouveau plan de circulation au niveau de la ville-centre. Elle engage la mise en place d’une zone à faibles émissions métropolitaine, mais sans avoir fixé d’objectif de sortie du diesel et de l’essence.

L'offre de stationnement vélo de Lille est la plus faible de France après Marseille

En revanche, Lille perdure dans le sous-investissement chronique de sa politique cyclable : son budget vélo/an/habitant est faible (moins de 10 €) ; le projet de réseau express vélo reste à concrétiser ; l’offre de stationnement vélo est la plus faible de France après Marseille (1 stationnement pour 114 habitants seulement).

Place du Général-de-Gaulle, communément appelée "Grand'Place" par les Lillois. Depuis 2011, la place est en zone de rencontre (jugée dysfonctionnelle par beaucoup d'usagers) et à sens unique pour la circulation des automobilistes, circulation qui a chuté avec le nouveau plan de circulation de 2016

Lille a dépensé un très faible budget pour le vélo, un peu moins de 10 € par an et par habitant. Un nouveau réseau a été conçu pour traiter les coupures et discontinuités mais en pratique, les progrès sont peu visibles.

V'Lille, le vélo en libre-service lillois, a été inauguré en 2011. Chose rare en France, la Métropole a préféré arrêter en 2018 son autre service de location, en longue durée, officiellement en raison du manque de demande

Le service de location longue durée a tout bonnement été arrêté en 2018, faute de succès : avec 1 vélo en location pour presque 600 habitants, Lille est encore une fois avant-dernière.

"La complexification de la circulation a provoqué un report significatif vers le vélo"

C’est vraiment le récent plan de circulation qui, en complexifiant la traversée en transit dans l’hypercentre, a conduit à une évaporation du trafic automobile et a été l’élément le plus déterminant pour la pratique du vélo. Six mois après sa mise en oeuvre, le nombre de vélos comptabilisés dans la métropole a bondi de 42%. La complexification de la circulation dans quelques rues du centre a ainsi provoqué un report significatif vers le vélo.

Nantes, à la dérive

Aménagement bidirectionnel près de la passerelle Victor-Schœlcher, à Nantes, où les piétons sont autorisés. L'absence de marquage pose problème pour la bonne cohabitation des piétons et des usagers du vélo, selon l'association locale Place au vélo

Nantes se démarque dans le classement du RAC par l’existence d’une tarification solidaire pour les usagers des transports en commun et par des actions spécifiques à destination des enfants, comme quelques rues scolaires, alors même que la pollution de l’air y est moins critique que dans d’autres métropoles.

23 écoles sont déjà engagées dans le dispositif éco-mobilité scolaire, un plan d’action destiné à favoriser les modes actifs aux abords des écoles. Mais globalement, la métropole n’a clairement pas tenu ses promesses.

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Heure de pointe à Nantes. La voiture tient encore une place très prédominante sur certains axes dépourvus d'aménagements qualitatifs

Nantes, qui s’est targuée d’accueillir le Congrès international Velo-City en 2015 et qui occupait la seconde place du baromètre des villes cyclables en 2018, risque d’ailleurs de décrocher après avoir été éjectée de la dernière édition du classement de Copenhagenize, un cabinet danois spécialisé dans l'urbanisme cyclable.

Elle était pourtant arrivée cinquième dans l’édition de ce classement, en 2013. Un certain dynamisme s’est tari, ce que confirmera peut-être le prochain baromètre de la FUB. 

Quai de la Fosse, à Nantes. La dynamique autour du vélo s'est essoufflée, y compris dans la réalisation d'aménagements structurants

Le réseau reste trop peu lisible et incomplet, malgré un plan vélo aux ambitions inédites revendiquées et un système en libre-service, Bicloo, devenu populaire (1 vélo pour 205 habitants, juste derrière Bordeaux et Rennes).

"la part modale plafonne à 3% dans la métropole"

Selon la dernière enquête, la part modale plafonne à 3% dans la métropole. La volonté politique s’est faite attendre pour déboucher sur des espoirs déçus, puisqu'un véritable réseau express vélo n’a pas encore vu le jour et que les derniers aménagements, en plus d’être tardifs, ont été peu qualitatifs.

Le totem installé chaussée de la Madeleine par Nantes Métropole, installé par l’entreprise Eco-Compteur. Les compteurs à vélo, outre les données qu’ils apportent, servent directement la visibilité de la pratique du vélo urbain

Les grands projets urbains, comme la rénovation de la gare, ne laissent qu’une place secondaire au vélo. L'offre en stationnement reste trop faible (inférieure à celle de Nice ou de Lyon), contrairement à la communication généreuse pour promouvoir le vélo et le “modèle nantais”, utilisé comme outil de marketing territorial.

Un modèle loin d’être exemplaire, mais valorisé par une communication active qui a trouvé ses limites et pourrait servir d’appui aux pouvoirs publics afin que la politique pro-vélo retrouve de la hauteur.

Rouen: le vélo en déshérence

À Rouen, les pistes cyclables sont encore assez rares, y compris sur la plupart des axes les plus importants de la ville

Dans la capitale normande, régulièrement touchée par des pics de pollution, l’usage du vélo demeure très faible. Le bilan du mandat est maigre, et relève le plus souvent de détails très secondaires : matérialisation en vert des intersections sur les quais rive droite, expérimentation de box à vélos, nouvelle prime à l’achat de vélos à assistance électrique, pliants ou cargos (sans conditions de ressources)…

Quelques réalisations ambitieuses se démarquent du lot mais restent faiblement empruntées faute d’effet réseau : rive droite, la bidirectionnelle entre l’avenue Gambetta et le boulevard des Belges; rive gauche, les bidirectionnelles avenue de Bretagne et Jacques Cartier.

Après de longues années d’interdiction et de débats houleux entre l’association locale SABINE et les pouvoirs publics, les cyclistes peuvent de nouveau emprunter une partie des voies de bus du Transport est-ouest rouennais (TEOR), faute de véritable alternative sécurisée.

Un rassemblement nocturne et illuminé de l'association vélo SABINE, à Rouen

SABINE a eu l’occasion de déplorer « le manque de concertation » et « l’absence de mutation profonde » de la métropole, qui ne se décide pas à prendre des arbitrages favorables aux cyclistes.

L’ancien président de la Métropole Frédéric Sanchez (qui a démissionné de la vie politique locale depuis) s’était fait remarquer en reprochant à l’association de ne pas porter « un message plus positif », ajoutant : « Si on les écoutait, on arrêterait de faire du vélo ! ».

"Rouen continue contre tout bon sens à privilégier la confusion en matière de voirie, tout en s’obstinant à tracer des pistes sur trottoirs"

C’est peu dire que les relations n’étaient pas au beau fixe, d’autant que les incohérences de la politique rouennaise sont pointées du casque depuis des années par le militant cinéaste local Cinquante euros, qui s’est fait une spécialité de prendre en flagrant délit les automobilistes en infraction.

Une vidéo de l'activiste rouennais bien connu Cinquante euros, qui montre la diversité des situations à risque rencontrés par les usagers au quotidien

La réalisation de la ligne 4 du bus à haut niveau de service TEOR ne s’est pas accompagnée, contrairement à ce qui était prévu, de pistes cyclables de qualité (sécurisées, continues et lisibles), et sera même dépourvue de tout aménagement rive droite.

Sur les berges de la Seine, où les arceaux de stationnement sont rares

Rouen continue contre tout bon sens à privilégier la confusion en matière de voirie, tout en s’obstinant à tracer des pistes sur trottoirs : rive gauche, les cyclistes seront même tenus à certains endroits de circuler sur une simple bande cyclable, pris en étau entre une voie de circulation générale et la voie réservée aux bus !

La requalification complète des boulevards prévue par le projet d’origine a finalement été abandonnée et, aussi grave, la place de la voiture sanctuarisée dans le centre. En périphérie, la place du vélo reste quasi inexistante. De grands bouleversements seront nécessaires pour rattraper le retard accumulé de la ville normande sur de nombreuses autres villes françaises.

A (re)lire dans notre dossier spécial vélo Municipales 2020 :

[Municipales 2020] Qu'a fait votre métropole pour le vélo depuis 2014 ?
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