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Mouvement « Pour Eux », des repas solidaires livrés à vélo

Solidarité et vélo font définitivement bon ménage

"Pour eux", c'est un mouvement solidaire en mode décentralisé imaginé par l'activiste et "freepreneur" Allan Ballester. Pas d'organisation ni d'association pour chapeauter l'action, l'initiative est purement citoyenne¹.

Le mouvement "Pour eux" est né durant la crise sanitaire du Covid-19, où il est évidemment difficile pour un sans domicile fixe d'appliquer la règle du "Rester chez soi". Le principe est simple : Des particuliers veulent donner de leur temps et aider les sans-abris (mais aussi les migrants, les mal logés ou les familles dans le besoin). Ils préparent des repas qui seront directement livrés par un coursier à vélo bénévole.


"Ces gens-là dehors on ne les voyait plus. Maintenant quand tu sors et qu'il n'y a personne, tu ne vois plus qu'eux." indique l'une des participantes.

Louise et Alexandre sont deux participants de ce mouvement citoyen. Ils ont trouvé là un moyen de donner de leur temps en cette période de confinement. L'une habite Lille, l'autre Roubaix. Tous deux travaillent pour un "petit groupe sportif" du Nord de la France... On a été leur poser quelques questions sur leur engagement. Interview croisé.

Weelz : Salut Louise et Alex ! Présentez-vous en quelques mots…

Louise : J'ai 28 ans, j'habite à Lille depuis presque toujours. Ce que je préfère dans la vie c'est créer des ponts entre les gens, et si possible avec le vélo comme outil. J'ai créé en ce sens l'association Vai ma poule, qui organise des activités autour du vélo avec et pour des réfugiés (Randos, atelier méca, projections films, bivouac..). Et je suis responsable communication chez Triban, la marque vélo route et gravel plaisir de chez Decathlon.

Alexandre Voisine

Alex : Alex VOISINE, bientôt 45 ans, passionné de l’univers du vélo depuis l’âge de 14 ans. Je suis designer chez Rockrider (Decathlon) sur la gamme de produits Cross Country. Co-organisateur de la Malteni Bootleggers et bike commuter dans le sang !

Weelz : En plein confinement, Pour Eux vous a poussé à sortir de chez vous. Quelles sont vos motivations?

Ayoub et Mauricio, 2 livreurs de repas heureux et solidaires - Pour Eux Paris (© S. Gateau)

Alex : J’ai vu 2 de mes collègues (Seb et Richard) qui ont adhérés au mouvement assez rapidement et l’idée m’a tout de suite plu. Rouler utile, ça me parle. Et en plus rouler dehors longtemps en ce moment ça n’a pas de prix ! ;)

Louise : J'habite au rez de chaussée et ça faisait déjà 4 sans abris qui venaient frapper à ma fenêtre pour avoir à manger ou un peu d'argent. Je tournais en rond dans mon studio, je ne savais pas quoi faire. Et puis j'ai découvert le mouvement #PourEux et ça été évident. Je pouvais être dehors, faire des ponts, et être utile. 

J'ai d'abord appelé pas mal d'assos lilloises pour identifier les besoins, les zones qui n'étaient pas couvertes par des distributions. Et puis j'ai enfourché le vélo.

Weelz : Au vue des verbalisations abusives concernant le vélo, tu n'as pas été trop embêté par les forces de l'ordre?

Alex : Non pas du tout ! Je passe à travers les contrôles comme si j’étais invisible ou presque. Avec mon cargo, les policiers ou gendarmes dans les barrages comprennent vite que je ne suis pas là pour m’amuser.

J’en ai croisé de très sympa, et depuis quelques jours, le mouvement est de plus en plus connu donc la petite affichette #poureux sur mon vélo est comme un laissez passer ! De toute façon, on a une attestation spéciale qui explique ce qu’on fait.

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Louise : J'ai été contrôlé 5 fois. Une fois cela ne s'est pas très bien passée, le policier a commencé à dire "elle c'est pareil elle a rien à faire là !" En parlant d'une nana qui faisait la manche sur un feu rouge à l'entrée du périph. J'ai trouvé ça profondément inhumain.

Weelz : Selon vous, qu'apporte le vélo, aux participants comme aux bénéficiaires?

Louise : Le vélo est avec ce mouvement - mais comme toujours - un formidable outil. Avec #PourEux, c'est un outil qui crée des passerelles entre deux mondes qui s'ignorent habituellement. On passe de maisons de maître dans des rues privatisées à un porche, un feu rouge, un squat. Chaque jour on fait le lien entre ces deux mondes.

Et puis pour les livreurs, en tout cas pour moi, le vélo me permet de retrouver un peu de liberté. Il me permet de garder les yeux ouverts, d'arpenter les rues lentement, pour chercher les bénéficiaires là où ils sont. Et il me permet de redécouvrir la métropole en traversant des endroits que je ne traverse pas habituellement.

Alex : Honnêtement, un vélo cargo est le véhicule idéal pour ce genre d’activité. Je peux me déplacer rapidement et me garer à la porte des citoyens qui offrent des repas, j’arrive à charger une trentaine de repas facilement, en sécurité. Je n’imagine pas faire ça autrement ! L’avantage aussi du vélo pour faire nos maraudes est sa capacité à passer partout, de voir la pauvreté qui est parfois invisible.

C’est à nous de trouver les personnes dans le besoin et seul le vélo permet de trouver des endroits où les gens ont besoin de nous. Jamais je ne les aurais trouvés au volant d’une voiture. Le cargo est facilement identifiable, il a un gros capital sympathie, les cuisiniers comme les bénéficiaires posent des questions sur l’engin et à chaque fois que mon vélo entre dans un des quartiers de Roubaix, les enfants savent qu’ils vont se régaler !

Weelz : Comptez-vous continuer d'apporter votre aide post-confinement?

Louise : Je ne pourrai pas donner autant de temps post confinement parce que j'ai déjà beaucoup d'engagements qui me prennent du temps : Vai ma poule, des sessions d'initiation gravel pour les femmes entre autres. Mais je veux continuer à faire le pont entre Pour Eux et les structures associatives historiques. Et puis livrer quelques repas en rentrant du boulot, ce n'est pas bien compliqué :)

Alex : Ce serait dommage que le mouvement s’arrête une fois qu’on aura tous repris le travail. On y a tous pensé ! Personnellement, je me vois bien livrer quelques repas que des collègues auront préparés (un 2ème doggy bag par exemple) à ma pause du midi ou sur la route du retour à mon domicile.

Les besoins des démunis ne vont pas cesser dès le déconfinement, le mal est fait. J’y pense aussi le weekend où je pourrai accorder un peu de temps aux personnes avec qui j’ai sympathisé et dont j’ai pris l’habitude de fournir des repas… J’espère que nos chers cuisiniers seront toujours autant généreux.

Propos recueillis le 27 avril 2020.

Envie de donner de votre temps bénévolement Pour Eux ? L'initiative citoyenne se développe à Paris, Lyon, Strasbourg, Toulouse, Rennes... Vous pouvez retrouver les villes sur ce lien et vous inscrire pour offrir ou livrer des repas.

¹ Il semble que l'initiative tire son origine du réseau Rise, sorte de plateforme sociale qui met en contact citoyens et sans-abris.

Crédits photos : Pour Eux le mouv, Louise Roussel, Alexandre Voisine, Eleonore Vigny, Sophie Gateau.

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