Loi d'orientation des mobilités : vraie avancée ou poudre aux yeux?

Loi d’orientation des mobilités : vraie avancée ou poudre aux yeux?

C'est en pleine tourmente des gilets jaunes et leur mécontentement (entre-autre) face à la hausse des taxes sur les carburants, que le gouvernement présentait ce lundi 26 novembre son projet de loi d'orientation des mobilités (LOM).

Améliorer la mobilité des français au quotidien, tel est le vaste plan de ce texte, dans un pays où l'on a "enfermé des pans entiers de notre territoire et de nos concitoyens dans le tout voiture" comme le déclare la ministre des transports Elisabeth Borne.

Ce texte n'est pas une réponse au mouvement des gilets jaunes. Son travail avait été entrepris bien en amont. Dès septembre 2017, les assises de la mobilité avaient influé (enfin) une vraie volonté de réflexion sur le problème du transport au quotidien.

Et c'est en décembre de la même année que nous apprenions qu'un grand plan vélo national allait être initié. Plan vélo qui a finalement pu voir le jour le 14 septembre dernier, lors de la venue du premier ministre à Angers.

Mesures vélo

Concernant le vélo, la FUB se dit satisfaite des mesures prises par le gouvernement. Elle constate que toutes les mesures du plan vélo sont confirmées.

"Pour la première fois un plan vélo national est réellement crédible. L’Etat sort enfin de la simple incantation en donnant l’exemple : en créant un fonds national vélo, en rendant obligatoire le forfait mobilité vélo pour les fonctionnaires, en systématisant le marquage des vélos et en généralisant l’apprentissage de la mobilité vélo avant l’entrée au collège." déclare Olivier Schneider, son président.

Des outils pour les collectivités

Ce texte représente en quelques sorte une boîte à outils, un ensemble d'options à destination des collectivités, avec lesquelles elles vont pouvoir favoriser des solutions de transport alternatives.

> La mise en place "d'autorités organisatrices de la mobilité" dont le but sera de coordonner les différents modes de déplacements sur un territoire donné. Les collectivités vont pouvoir se saisir de cette compétence et mettre fin à une gouvernance centralisée.

> Le Forfait mobilité durable est bien confirmé. Il remplace l'indemnité kilométrique vélo (IKV). Celui-ci pourra atteindre jusqu'à 400€ pour les citoyens qui feront le choix de se déplacer à vélo ou bien d'utiliser le covoiturage. Sa mise en action repose sur le volontariat des entreprises mais sera incitée par une franchise d'impôts et de cotisations sociales.

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> 40% d'investissement supplémentaire pour l'amélioration des réseaux existants ferroviaires et routiers.

> La possibilité pour les collectivités de subventionner les offres de covoiturage.

> Les EDP ou Engins de Déplacement Personnel (trottinettes, hoverboard, solowheel…) devraient faire l'objet d'un cadre réglementaire.

> Le péage urbain n'a finalement pas été retenu, en revanche les zones de faibles émissions devraient voir le jour pour les villes de plus de 100 000 habitants (une mesure qui reste socialement discutable et à laquelle les zones à trafic limité (ZTL) présenteraient une réponse plus adaptée).

> Plus curieux, alors qu'on tente à tout prix de diminuer la place de la voiture, l'une des mesures de la LOM sera de diminuer les délais d'attentes et les coûts du permis de conduire.

Urgence maximale

Il faut un temps considérable pour s'apercevoir qu'une politique ne fonctionne pas. On aura laissé passer plus de 40 ans pour enfin se rendre compte de l'omniprésence de la voiture individuelle dans nos vies et nos paysages. Une sur-présence qui aura engendré tous les problèmes que l'on connaît actuellement : pollution aux particules fines, étalement urbain, centres-ville désertés, sédentarité…

En 1973, au premier choc pétrolier, quand un pays comme les Pays-Bas prenait la mesure d'une trop grande dépendance au pétrole et entamait une révolution culturelle par la favorisation du vélo sur tous les autres moyens de transports, la France, elle, ne trouvait rien de mieux que d'instituer un programme de nucléarisation massive, tout en laissant proliférer la voiture particulière carburant au diesel.

C'est aujourd'hui malheureusement l'urgence climatique qui nous oblige à revoir rapidement, et en profondeur, l'intégralité de notre politique de mobilité. Et le travail est colossal.

Une véritable avancée ?

Ce texte est-il une avancée ? Pas si sûr… Le texte propose de nombreux outils intéressants, mais se fixe peu d'objectifs. Si les mesures concernant le vélo sont acceptables, d'autres ont été purement et simplement annulées (vignette poids-lourds, péages urbains, taxation du kérosène…). On manque de financement et ces mesures auraient véritablement permis de financer des solutions alternatives.

Côté ferroviaire, si on peut se féliciter du récent vote européen pour plus de places vélo dans les trains, la LOM reste vague sur ses objectifs. "2,6 milliards pour augmenter l'offre de trains du quotidien là où il y a le plus de besoins" précise Elisabeth Borne.

S'agit-il seulement de réfection de voies, ou bien envisage t-on de remettre en places les petites lignes qui ont toutes disparues ces 15 dernières années et qui permettrait à de nombreux ruraux d'enfin se passer de voiture.

La LOM prévoit également de consacrer 1 milliards d'Euros dans le désenclavement des villes moyennes et territoires ruraux. De l'argent qui va être directement investi dans … des projets autoroutiers.

Le texte de la LOM devrait être voté courant 2019.

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