Casque vélo : il ne sera toujours pas obligatoire en 2022 (et c'est très bien)

Casque vélo : il ne sera toujours pas obligatoire en 2022 (et c’est très bien)

C'est l'ex-président du département de la Charente, François Bonneau, devenu sénateur en 2020,  qui souhaitait (de nouveau) rendre le casque à vélo obligatoire. Son projet de loi s'est fait retoquer par le Sénat jeudi 13 janvier 2022. C'est, selon nous, une très bonne chose. On vous explique pourquoi dans le billet ci-dessous.

"C'est dans l'action"... Vous avez raison François, agissez ... et commencez par vous renseigner

Obligation du port du casque à vélo, une histoire de cycle

Casque vélo obligatoire - Attention, à votre droite, un projet de loi pro-casque arrive !
Attention, à votre droite, un projet de loi pro-casque arrive !

Mais tout d'abord, revenons sur ce marronnier législatif. Un sujet revenant sur la table avec un cycle régulier. Le sénateur François Bonneau n'est pas le premier (et ne sera certainement pas le dernier) à souhaiter rendre le port du casque obligatoire pour les cyclistes. De nombreux élus se sont tentés à l'exercice. Ils ont tous échoué jusqu'alors.


Si vous avez un peu de temps, vous pouvez relire nos différents articles sur ce sujet (ici, ou encore ). Seul un comité interministériel sur la sécurité routière est parvenu en 2015 à faire passer un projet de loi pour l'imposer sur la tête des enfants de moins de 12 ans (décret du 22 mars 2016).

Pourquoi il est important que le casque vélo ne devienne pas obligatoire

Dans son projet législatif déposé le 8 juillet 2021, Le sénateur François Bonneau souhaitait "renforcer la sécurité des cyclistes modernes, sans considération de leur âge". Une intention louable de la part de cet élu, qui souhaite protéger ses concitoyens. On est d'accord avec François, l'objectif est le bon. Pas la solution du port du casque.

Il est illusoire de penser qu'en coiffant tous les cyclistes dans la rue d'un casque, on résout l'insécurité routière que vivent au quotidien des millions de cyclistes en France. En réalité, la mesure est contre-productive. Elle aura pour effet pervers, non pas de mettre en sécurité les cyclistes, mais au contraire de mettre un grand coup de frein à l'usage du vélo utilitaire.

"En habillant le cycliste comme un chevalier partant au combat, on renforce une perception de dangerosité de la pratique vélo"

En habillant le cycliste comme un chevalier partant au combat, on renforce une perception de dangerosité de la pratique vélo. Ainsi, on décourage indirectement les citoyens qui auraient été prêts à se mettre en selle. Exactement ce qu'il s'est passé par exemple à Melbourne. L'état australien de Victoria a rendu le casque vélo obligatoire au début des années 90. Résultat, un usage du vélo qui stagne encore aujourd'hui. Même les systèmes de vélo en libre-service n'y ont pas survécu.

Obligation du port du casque à vélo, l'arbre qui cache la forêt de l'insécurité routière pour les cyclistes

Un casque vélo obligatoire vous avez dit ?
Justine n'a pas besoin de casque. Elle a une bidirectionnelle séparée du trafic motorisé qui la protège (et pleins de copains vélotaffeurs devant et derrière)

Vouloir mettre un casque vélo sur la tête de tous les cyclistes, c'est se voiler la face sur les causes réelles de ce qui les met véritablement en danger. C'est comme une rustine sur une chambre à air pleine de trous, un pansement sécuritaire qui ne résout pas le problème (et peut même l'aggraver). Il y aura toujours un exemple d'un cycliste qui bénira son casque lui ayant évité le pire et toujours un contre-exemple dans lequel le port du casque n'a malheureusement rien changé.

Évidemment, le port du casque à vélo diminue le risque de traumatologie crânienne. Le casque vous protège dans le cadre d'un usage sportif, à 50 km/h dans un peloton le dimanche matin, ou lorsque vous dévalez des sentiers montagneux. Tout comme un pilote de Formule 1 porte un casque, nos champions du Tour de France font de même. Tout comme les automobilistes et piétons qui vont et qui viennent ne portent pas de casque, les cyclistes qui vont et qui viennent doivent avoir le choix d'en porter un ou non. Le sénateur François Bonneau confond usage du vélo utilitaire et usage sportif.

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Bien sûr, le risque de chute n'est pas nul, même dans un usage quotidien. Ce qui met véritablement en danger les cyclistes utilitaires demeurent toujours les mêmes choses : la vitesse excessive des usagers motorisés, l'inattention au volant, les poids-lourds en milieu urbain (même depuis qu'il y a des stickers prévenant les angles morts), l'absence d'infrastructures cyclables sécurisantes.

"prendre des mesures pour abaisser les vitesses, pour redonner de l'espace public aux modes de déplacements actifs, pour construire un réseau cyclable cohérent"

Pour encourager la pratique du vélo et réduire par la même les effets néfastes du trafic motorisé en milieu urbain, il nous semble plus important de faire appliquer et respecter les zones 30, les pistes cyclables, les distances de dépassement. Il nous semble plus important de rendre l'espace public aux modes de déplacements actifs, de construire un réseau cyclable cohérent, sécurisant et continu ("Build it and they will come"). Là vous êtes dans l'action cher François, vous parvenez à augmenter l'usage du vélo. Vous créez une sécurité par le nombre. Plus il y a de cyclistes et moins il y a d'accidents. Exactement ce qu'il se passe dans les pays qui ont su mener une politique cyclable avec succès (Pays-Bas, Danemark, Belgique, Allemagne, Suède, Norvège…).

S'il fallait ajouter un argument en faveur du vélo, de nombreuses études s'accordent à dire que les bénéfices liés à la pratique du vélo sont très largement supérieurs aux risques encourus. En d'autres termes, promouvoir le vélo, c'est améliorer la santé de ses concitoyens par l'activité physique. La sédentarité est un fléau bien plus néfaste que rouler à vélo cheveux au vent.

"les bénéfices liés à la pratique du vélo sont très largement supérieurs aux risques encourus"

Qui plus est, en mettant en place une politique cyclable visant à réduire le trafic urbain motorisé et promouvoir les modes actifs (le vélo mais aussi la marche à pied), l’État lutte également contre un autre fléau : la pollution atmosphérique, dont le transport routier est l'une des principales causes (39 % des émissions totales de GES selon l'Ademe). En 2020, 178 cyclistes ont perdu la vie. La pollution, quant à elle, a fait près de 100.000 morts en France.

Le casque à vélo : portez le si ça vous chante

Sophie, elle l'aime son bonnet rayé. Et elle fait bien ce qu'elle veut Sophie

Pour résumer notre pensée : OUI au port du casque, NON à son obligation. Une opinion que partage la plupart des collectifs pro-vélo à commencer par la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB). (Seule l'association Mon Vélo est une vie (qui ne représente qu'une poignée de copains de son président (dont un certain Pierre C.*)) pense que l'obligation du port du casque est une bonne chose). Nous pensons qu'il appartient à chacun de décider si cet accessoire doit faire parti de sa panoplie de cycliste ou non. Les villes (et villages, et territoires) se porteront toujours mieux avec 1000 cyclistes non casqués dans leurs rues, plutôt que 1000 automobilistes. Et ça ce n'est pas une pensée mais un fait.

Jérôme Durain, le sénateur de Saône-et-Loire chargé de rédiger un rapport sur cette proposition de loi, a estimé que celle-ci "soulevait un débat important et légitime de sécurité routière et de santé publique". Toutefois, sur la question du vélo "la situation est plus complexe." affirme-t-il. Il en conclut : "Il faut trouver un équilibre entre volontarisme et prudence, compte tenu de l'intérêt du port du casque d'une part, et du risque de décourager la pratique d'autre part.". Une conclusion qui donne raison à tous les arguments évoqués ci-dessus. Enfin, heureusement, d'autres sénateurs avertis, comme Jacques Fernique, coprésident du Club des élus nationaux pour le vélo, montent au créneau.

https://twitter.com/JacquesFernique/status/1481557654078214147
Bien joué Tony.

Et le mot de la fin, jusqu'à la prochaine fois :

https://twitter.com/JacquesFernique/status/1481595732494893056
La part modale vélo, est aujourd'hui encore en-dessous de 4% ! François, on compte sur vous

* Allez Pierrot, reviens sur Twitter. On s'amusait bien ensemble.

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