[Lecture] La rue, une guerre de rou(t)es, les entraves urbaines aux mobilités alternatives

[Lecture] La rue, une guerre de rou(t)es, les entraves urbaines aux mobilités alternatives

Dis-moi avec quoi tu roules je te dirais qui tu es

Le vélo est un sujet vaste et qui, quand on y réfléchit, il peut être abordé avec une gapette d'urbaniste, d'historien, de philosophe, de géographe; la physiologie, le sport, la santé sont aussi des expertises intéressantes pour comprendre ce moyen de locomotion. Pourquoi certains l'adoptent naturellement d'autres pas du tout. Faut-il mentionner l'architecture et le design?

Dans l'expression "vélo urbain" il y a bien la notion de ville. La ville selon Larousse est bien " une agglomération relativement importante et dont les habitants ont des activités professionnelles diversifiées". S'il y a habitants, il y a vie sociale, s'il y a vie sociale, alors on peut (et doit) aussi aborder le vélo urbain via le prisme de la sociologie.


La sociologie est bien la science qui étudie les sociétés humaines et les faits sociaux. La mobilité du quotidien est bien partie intégrante des sociétés humaines.

La sociologie est la formation de l'auteur -Thibault Gasnier- de ce livre dont nous vous parlons aujourd'hui, "La rue, une guerre de rou(t)es - les entraves urbaines aux mobilités alternatives" édité par l'Edition du 6 Mars.

Thibault Gasnier

Cet ouvrage, sur la base d'analyses, d'enquêtes, de questionnaires, s'intéresse plus particulièrement aux mobilités urbaines et aux développements des villes de demain.

Concept proxémique

Je dois bien l'avouer, me plonger dans ce livre ne m'excitait pas plus que cela. Annoncé comme un travail universitaire, je craignais de ne pas y comprendre grand chose et de tomber sur un livre ardu, bourré de concepts dont je n'ai jamais entendu parlé. Puis poussé par la curiosité, par respect aussi pour l'auteur qui nous a envoyé cet exemplaire, j'ai fini par l'ouvrir puis m'y intéresser.

Le travail d'analyse se fonde sur le concept de la proxémie. Vous trouverez ici une explication assez simple et complète de ce que c'est. Cette notion de "bulle intime" qui évolue en fonction de la situation se retrouve finalement dans l'ensemble des choix que nous faisons, sciemment ou inconsciemment, en décidant de choisir telle ou telle type de mobilité en ville.

Crédit photo: Pau à Vélo

Aussi le travail d'analyse est fait à partir de l'agglomération de Pau; pas besoin de connaître la ville pour savoir que l'on parle d'une ville Française de taille moyenne, qui accueille environ 80,000 habitants. Cette étude pourrait s'appliquer à des villes de taille relativement similaire, pour en citer quelques-unes, Dijon, Orléans, Rouen, Valence, Grenoble, Amiens, Nice, Mulhouse.

L'un des intérêt de ce livre est d'ailleurs dans le choix de l'agglomération. Sortir des Grandes villes française, pour ne pas dire "parisianisme", pour s'intéresser aux villes de taille moyenne.

La définition de la proxémie en une photo ;)

Publiée par Thibault Gasnier sur Jeudi 11 avril 2019

Pour reprendre la notion de proxémie, "ce concept décrit la distance que l'on estime acceptable entre soi et l'autre. C'est une dimension latente et pas forcément visible. Elle est de nature culturelle et personnelle, matérielle et subjective [...] L'individu étant au centre, un cercle d'un rayon d'environ 40cm suggère l'intime; entre 40cm et 1m20 c'est le cercle personnel; jusqu'à 3m60 c'est le social, au delà le public ".

Solifuge ou sociopète ?

Comprendre ce concept est important pour comprendre les motivations des choix que chacun.e fait dès lors qu'il souhaite se déplacer. Aux heures de pointe, dans les transports en commun, une foule d'inconnus mélangent leurs cercles intimes, avec plus ou moins de bonheur.

A l'inverse celui/celle qui choisira de se déplacer en voiture, protégera sa bulle et jamais ne sera en contact avec autrui dans son cercle personnel, voir même social. N'entends on pas souvent (et ne leur reproche-t-on pas souvent aussi) à propos des automobilistes (d)'être dans leur bulle et de fait de ne pas se soucier des autres usagers (le non-respect du cédez le passage pour les piétons qui attendent dans les clous s'expliquerait¹ par cette bulle créée par la voiture, espace définit comme solifuge).

¹ expliquer n'est pas excuser.

A l'inverse la plupart des mobilités alternatives à la voiture, provoquent des contacts, ils sont dénommés les espaces sociopètes. Le postulat de départ de l'auteur est bien ici. "Le frein à l'utilisation du vélo ou de la marche ne s'arrête pas seulement à la météo, la distance, la pénibilité mais aussi par la transgression de la zone privée de l'usager en zone sociopète".

Pour affiner son travail, Thibault s'attache ensuite à définir les trois espaces d'évolution relatifs aux mobilités alternatives: l'espace fixe (l'aménagement de la voirie, code de la route...), l'espace semi-fixe décrit comme l'environnement perçu à un moment précis (bruits, odeurs, lumière...); l'espace dynamique intégrant les autres usagers et leurs comportements.

Enfin un quatrième espace est ajouté par Thibault "l'espace symbolique qui induit les représentations sociales, la perception du piéton, du cycliste, de l'usager des transports en commun [...] la question du rapport à l'autre, la personne autant que sa mobilité est aussi représentation de la fonction symbolique".

"l'auteur s'attache donc à comprendre le succès de la voiture"

Tout au long de son travail l'auteur s'attache donc à comprendre le succès de la voiture " (elle) habille son conducteur d'images sociales tant par le choix de la marque, du modèle que de son utilisation", les limites aussi de la voiture, notamment pour créer une ville à vivre. Dans sa voiture l'usager "perd la qualité de ses sens [...] il ne sent plus, ne ressent plus, n'entend plus. [...] Se déplacer en voiture c'est traverser un espace sans le percevoir".

Evidemment il s'attache aussi à comprendre pourquoi les transports en commun plaisent ou déplaisent. Les pistes qu'il faudrait étudier pour un meilleur taux d'occupation de ces solutions. Il fait de même avec le vélo et la marche.

Le retour du vélo, de la marche comme solution de mobilité dans les villes touchées par les grèves de ce début décembre , confirme l'une des conclusions de l'auteur. "Le bus comme le vélo seraient considérés comme des mobilités secondaires. On les prend par défaut car l'on ne peut faire autrement".

Nous allons devoir attendre quelques semaines pour savoir si l'usage du vélo (et la marche) pour la mobilité au quotidien est bien en passe de devenir un choix assumé et préféré ou si, dès la grève terminée, les vélos retournent à la cave (et les chaussures? au placard).

Ce livre est intéressant puisqu'il aborde le sujet de la mobilité urbaine via une expertise différente. Les conclusions sont sensiblement identiques à tout ce que l'on peut lire et entendre par ailleurs, le cheminement est par contre moins convenu, moins attendu (en tout cas pour ce qui me concerne, complètement ignare en sciences sociales).

Il regorge aussi de références bibliographiques pour qui veut aller plus loin. Vous l'aurez compris, je vous recommande la lecture de ce livre, si vous êtes un professionnel de la mobilité, ou si tout simplement vous êtes curieux d'en savoir un peu plus sur les choix conscients ou inconscients que vous faites au quotidien.

Pour en savoir plus sur Thibault, sa page Facebook est ici Pour commander son livre, vous pouvez cliquer ici ou . Il vous en coûtera 12€.

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