[Lecture]

[Lecture] « Par les Routes », sur ma deux roues

Le vertige devant la multitude des existences possibles

A prime abord ce livre n'a pas grand chose à faire sur un webzine qui traite du vélo. Un livre dont le pitch présente un autostoppeur par monts et par vaux n'a effectivement pas beaucoup de rapport avec notre sujet principal ici. A moins que ceux qui s'arrêtent soient en vélo cargo.

Sauf que ce livre est intéressant à plus d'un titre sur notre sujet. Cette semaine le prix Fémina (et Prix Landerneau) 2019, le roman « Par les routes » écrit par Sylvain Prudhomme aux éditions l’Arbalète Gallimard, m'a tenu compagnie. J'ai fais un beau voyage et je vous livre ici pourquoi un billet ici, sur ce livre me semble pertinent.


Encore une fois, je ne suis pas critique littéraire, je ne vais donc pas m'hasarder à tenter des commentaires sur la qualité de la narration, sur la richesse de la langue de l'auteur, sur la finesse avec laquelle l'auteur nous dévoile les caractères des personnages, complexes et pourtant si simples. Je ne vais pas le faire parce que je ne sais pas le faire.

Si toutefois vous avez besoin d'un avis littéraire éclairé sur ce roman, vous pouvez consulter cette page, parce qu'être critique littéraire, c'est un métier.

"Le pitch évoque un autostoppeur, un auteur en mal d’inspiration"

Il faut avouer que je ne me suis pas précipité pour lire ce livre. Le pitch évoque un autostoppeur, un auteur en mal d’inspiration ! Je me demandais bien ce que je pourrais trouver comme intérêt dans ma nourriture de cycliste à lire un livre parlant d’un héros qui passe sa vie dans les voitures des autres.

"La route c’est bien aussi mon quotidien, sur mon vélo, pour aller au bureau, à mes rendez-vous. Ce vélo est une promesse de destinations, de découvertes"

Et puis l’idée fit son chemin. A bien y réfléchir, que fais-je d’autre le weekend, moulé dans mon cuissard de Raymond que d’être « par les routes » sur mon vélo ? La route c’est bien aussi mon quotidien, sur mon vélo, pour aller au bureau, à mes rendez-vous. Ce vélo est une promesse de destinations, de découvertes, d’inconnus, de rencontres, d’imprévus, et si la promesse du roman de Sylvain Prudhomme tenait simplement dans son titre, être sur les routes, par les routes, j'ajouterais peu importe la destination, peu importe avec qui ?

Sans paraphraser le synopsis du livre, ni m’attarder sur l’intrigue et l’histoire. Vélotafeurs, adeptes du sellefie, amateurs de bikepacking, ne passez pas à côté de ce livre.

Les cyclistes urbains convaincus souhaitent souvent opposer les usages, Vélo Vs. Auto souvent même nous - nous la cyclosphère, cette grande et belle famille - nous voyons les automobilistes, en opposition comme un groupe d’égoïstes, sauvages et antisociaux. On se retrouve rapidement à tenter de faire boire un âne qui n'a pas soif. (chacun·e choisira le rôle de l'âne pour qui veut).

"Ce roman, par le biais de l'autostoppeur, va nous réconcilier avec les automobilistes"

Ce roman, par le biais de l'autostoppeur (l’ami du narrateur, Sacha, celui vous l’aurez compris qui passe du temps « par les routes » ) va nous réconcilier avec les automobilistes. Et oui, ce monsieur choisi de traverser la France en long en large et en travers au rythme des automobilistes qui voudront bien l’embarquer. Il se pose sur le bord de la route et lève le pouce. Souvent il n'a pas de destination précise en tête, il veut juste partir.

Au fil du roman on ne comprend pas bien clairement ce qui pousse l’autostoppeur à partir sur les routes, à laisser sur le bas-côté, temporairement (ou pas) Agustin, son fils d’une dizaine d’année, sa compagne Marie. Fuit-il quelque chose ou au contraire est-il en quête d’une réponse ? En tout cas l’autostoppeur rencontre des automobilistes, qui acceptent de partager avec lui cet espace clos et finalement plutôt exigu que représente l’habitacle d’une voiture.

"L'autostoppeur découvre donc la France au hasard des rencontres qu’il fait"

Exigu, quand il s’agit d’avaler des centaines de kilomètres en tête à tête avec un inconnu. On comprend qu’il s’attache à ces rencontres furtives, presque accidentelles, une foule qui finit par constituer une famille « mille quatre cent trente deux visages d’hommes et de femmes, de tous âges, de toutes régions, de tous métiers […]comme une foule. Plus qu’une foule : une famille. La grande famille de ses automobilistes » ; « vous êtes pour moi comme une deuxième famille : la famille des automobilistes qui, un jour, m’ont aidé »

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L'autostoppeur découvre donc la France au hasard des rencontres qu’il fait avec de gentils automobilistes, des chauffeurs de poids-lourds, des retraités en camping-car. Que des motorisés aussi, ne nous en déplaisent à nous cyclistes, que des bonnes âmes. Si vous êtes en colère contre les automobilistes, ce livre d’une certaine façon pourrait vous réconcilier avec ces personnes qui décident de voyager autrement qu’à vélo, et pourquoi pas finalement ?

Par les routes est aussi évidemment un roman de voyage. Il me rappelle ce roman de Jean-Acier Danès, Bicyclettres, paru aux éditions du seuil. Le roman de Jean-Acier est une traversée de la France, à vélo, à la rencontre des lieux de vie de ses écrivains préférés. Par les routes, est aussi une traversée de la France, au rythme finalement très aléatoire de l’autostop. Une forme d’aventure aussi pendant laquelle le matin on ne sait jamais où on dormira le soir, on ne sait pas trop de quoi sera faite la journée.

"Dans Par les routes, Sylvain Prudhomme, vous propose aussi un voyage à travers la France"

Une aventure aussi pendant laquelle la générosité, le sens de l’accueil de ses concitoyens met tout le sel et la saveur. Dans Par les routes, Sylvain Prudhomme, vous propose aussi un voyage à travers la France, ce qui rend chaque village unique et finalement similaire. Les lieux visités par l’autostoppeur, par un jeu de cartes postales envoyées à Sacha, Marie et Agustin permettent de quadriller la France.

D'ailleurs, munissez vous d’un atlas de la France en lisant ce livre, amusez-vous à retracer l’itinéraire de l’autostoppeur. Découvrez la France, cette France vide ou pleine. Aussi ce roman pourrait faire l’objet d’une randonnée à vélo, sur les traces de l’autostoppeur. Chilkoot avait organisé il y a quelques années la Stevenson, reprenant l’itinéraire de la traversée des Cévennes de R-L Stevenson, justement, avec son ânesse Modestine. Le magazine 200 organise tous les ans son « Love Tour », il se pourrait qu’il y ait une piste ici proposée par ce roman.

Sylvain Prudhomme

Sacha, le narrateur, l’auteur en mal d’inspiration et -sans vous dévoiler la chute du roman- se retrouve lui aussi « par les routes » en autostop. Au moment de s’embarquer il « reconnait dans tout mon corps et mes pensées une tension familière, qui ne m’avait plus traversé depuis longtemps : l’excitation du départ. La joie de retrouver la route. J’ai senti […]ma faculté de fraterniser avec mon prochain imperceptiblement émoussée. Mais qu’elle demeurait là, prête à renaître. Ne demandant que ça »

Si vous aussi tous les matins vous avez la chance de connaître « l’excitation du départ », juste avant d’enfourcher votre bicloune, plongez-vous dans ce livre. L’autostoppeur m’a inspiré ce thread que je tente de nourrir au quotidien avec le hastag #1jour1rencontre. J’aime la conception de la rencontre de l’autostoppeur, « l’extraordinaire concours de circonstances (ayant) permis que (nos) routes se croisent ».

Parce que nous tous au quotidien sur nos vélos nous avons d’extraordinaires concours de circonstances nous permettant de croiser la route de personnes formidables. Il suffit de vouloir les voir.

Aussi parce que le trajet, la destination, le partage, la rencontre parce que l'autostop aussi, c'est farouchement tendance, peut-être devriez-vous glisser ce livre dans votre baluchon quand vous vous embarquez sur la Mad Jacques Vélo 2020, évoquée dans ces colonnes il y a quelques semaines.

Présentation du livre

Date de parution22/08/2019
EditeurL’Arbalète Gallimard
Format14cm x 19cm
Nombre de pages304

Résumé par les éditeurs

« J'ai retrouvé l'autostoppeur dans une petite ville du sud-est de la France, après des années sans penser à lui. Je l'ai retrouvé amoureux, installé, devenu père. Je me suis rappelé tout ce qui m'avait décidé, autrefois, à lui demander de sortir de ma vie. J'ai frappé à sa porte. J'ai rencontré Marie. » Avec Par les routes, Sylvain Prudhomme raconte la force de l'amitié et du désir, le vertige devant la multitude des existences possibles.

Ndlr: Le titre fait référence au discours "Le souffle citoyen" de Jacques Gamblin (à 17:53):

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