[Lecture] Du sexisme dans le (trans)sport et ailleurs

[Lecture] Du sexisme dans le (trans)sport et ailleurs

Le vélo n'est pas genré. Si un vélo est masculin, une bicyclette est féminin

Pendant le confinement, j'ai lu ce livre "Du sexisme dans le sport" publié aux éditions Anamosa (oui, il était proposé en téléchargement gratuit sur les sites de ebook; oui, j'ai profité de l'occasion (gratuité) pour le télécharger et le lire; oui, j'assume le lien de cause à effet).

Être une femme, un sport de combat au quotidien?

L'auteure (autrice) Béatrice Barbusse est sociologue de formation, enseignante et chercheuse en sociologie, depuis mars 2015 présidente du Centre National pour le Développement du Sport. La formation de Béatrice lui confère une réelle expertise et un certain recul pour raconter ce qu'elle a vécu en tant que femme, seule présidente d'un club de sport, du Handball masculin de première division en l’occurrence, le Club US Ivry.


Ce livre est paru en 2016 et les constats faits sont encore d'une acuité et d'une actualité affligeantes. Sans parler de ce qu'il s'est passé entre 2016 (date de la parution du livre) et 2020 (date de la parution de ce billet), le mouvement #meetoo, les scandales à répétition dans les fédérations sportives française (tennis, patin à glace, équitation pour ne parler que des parties émergées de l'iceberg).

73 ans, 8 titres de champion de France... et une présidente

Nous avons coutume de dire que le sport de haut niveau est le reflet d'une société. Plus que la place de la femme dans le sport mais plutôt la place de la Femme dans la Société est l'angle que j'ai essayé d'avoir en lisant cet essai. Aussi pour tenter de comprendre, en quoi la mainmise du genre masculin influe sur le quotidien de vélotaffeurs et vélotaffeuses. Je ne vous cache pas, pour nourrir et approfondir cette réflexion en cours, penser fortement à glisser ce livre sur ma table de chevet, de Yves Raibaud La ville faite par et pour les hommes aux éditions Belin.

C'est accueillant!

Je me souviens d'une discussion avec Marie-Xavière Wauquiez (depuis cette discussion, Marie-Xavière est embauchée directrice du développement à la FUB (n'y voir aucun lien de cause à effet)). Marie-Xavière est aussi présidente de l'association Femmes en mouvements. Dire que son avis m'importe est un euphémisme. Marie-Xavière donc, après avoir lu mon livre "Vélotaf" me dit qu'elle a trouvé le livre intéressant même si elle regrette que l'on sente que le livre ai été écrit par un homme. Quelle déconvenue!

"la notion d'expérience de l'espace public qui n'est pas la même que l'on soit un homme ou une femme"

Même si j'ai essayé d'être le moins genré possible dans l'écriture, je dirais même le plus inclusif et le plus global; même si sur certains points j'ai été corrigé par Ève Coston (qui a fait plus qu'illustrer le livre puisqu'elle m'a aussi nourri de son œil et de son expérience de femme), j'ai aussi été repris dans certains paragraphes par mon éditrice. "Non, Jérôme, il y a certains commentaires que tu ne peux pas faire dans un livre grand public." (elle m'a aussi tapé sur les doigts, "non mais Jérôme, sérieux!?").

Selon Marie-Xavière il y a des sujets importants pour elle qui n'ont pas été abordés. Par exemple la notion d'expérience de l'espace public qui n'est pas la même que l'on soit un homme ou une femme (d'ou le livre de Yves Raibaud). Ou encore aborder le vélotaf au quotidien quand on est une femme et qu'en moyenne une semaine par mois on doit aussi gérer ses règles. Ne pas être confronté personnellement à ce sujet dans mon quotidien n'aurait pas dû m'empêcher de m'y intéresser et de l'évoquer. C'eut été inclusif!

Le fait d'être un homme m'interdirait-il d'aborder le sujet? Je ne crois pas, on peut se renseigner et recueillir des témoignages pour nourrir une réflexion. En parler n'est pas avoir un avis. Ce qui est certain, je n'y ai pas pensé. Quand d'autres le font. Je vous invite à lire cet article écrit par Elodie Troadec paru dans La Nouvelle République.

Ce livre "Du sexisme dans le sport" aborde évidemment la place de la femme sportive dans la société, le regard et les injonctions que la société (où les plus visibles sont bien les hommes) leur imposent (au-delà de la jupe).

Béatrice Barbusse soulève aussi bien entendu la place des femmes dans les organisations sportives, les fédérations, et par extension la Société. Elle propose des voies de changement pour que la moitié des citoyens (la gente féminine) soit entendue et respectée dans l'espace public.

Sur le même sujet  Vélo durant le confinement, OUI l'attestation vous autorise à rouler
La jupe dans le handball a fait long feu (crédit photo Crédits photos : metz-handball.com )

"La parité homme/femme dans les décisions d'aménagement ne doit pas être une motivation de cosmétique"

On peut penser que la pratique du vélo urbain au quotidien n'est pas un sport mais tout simplement une solution de mobilité. Selon moi l'enjeu n'est pas là. On constate souvent que la pratique du vélotaf est majoritairement une pratique masculine. Même si, selon moi toujours et mes conclusions de comptoir, cette différenciation n'est pas si prégnante en ville, en allant plus loin on doit se poser la question de l'expérience quotidienne vécue par les femmes sur leur vélo et s'assurer que les aménagements et autres politiques en faveur de la pratique du vélo au quotidien soient pensées, proposées et mises en place par un collège paritaire d'hommes et de femmes.

A la lumière des résultats des municipales, on peut constater que de nombreuses villes seront désormais dirigées par des femmes. Une belle opportunité (d'autres diront une sacré responsabilité; à eux je leur réponds "enfin, elles ont accès a des responsabilités") pour transformer nos villes et intégrer la vision et le besoin des femmes pour quelles puissent s'approprier l'espace public.

S'approprier signifie s'y sentir à leur place, s'y sentir les bienvenues, s'y sentir en sécurité qu'elle soient à vélo... ou pas. N'oublions pas que le vélo a toujours été un outil qui a accompagné l'émancipation des femmes, à ce propos je vous conseille la lecture de cet article du National Geographic.

Jeanne Barseghian (nouvelle maire de Strasbourg) au micro

Messieurs, mesdames, lecteurs, lectrices, quel que soit votre genre, que vous soyez l'un ou l'autre ou entre les deux, n'hésitez pas à lire ce livre "Du sexisme dans le sport". Pas besoin d'être fan de handball ou de cyclisme ou encore dirigeant(e) d'une fédération sportive pour y trouver un intérêt. Vous comprendrez aussi que parfois, ne rien dire c'est accepter l'état de fait, comme Béatrice le relate dans cette interview (exemple lu également dans le livre).

Personnellement, je sais dans quels contextes, quelles organisations je vais rappeler, encore, qu'il est important d'inclure les femmes, de les intégrer, de les entendre et les écouter. Un exemple facile, juste là, sous vos yeux, la rédaction de Weelz! est exclusivement composée d'hommes et nous le savons, de fait, nous manquons la vision de 50% de la société et 50% à peu près des pratiquants actuels et futurs.

Nous le savons, nous avons bien tenté l'excuse "oui, mais on a cherché mais on a pas trouvé de femmes qui 1/ ont choisi le vélo au quotidien comme solution de transport, 2/ ont envie de nous rejoindre". Nous finissons aussi par être sensibilisé à ce point précis, qu'il ne suffit pas de donner la parole aux femmes, il est aussi important de leur donner l'envie et les encourager à prendre cette parole, comme le dit Mona Ozouf dans son entretien dans le magazine Zadig le mag "L'idée d'écrire un livre de philosophie m'intimidait. L'idée d'écrire tout court du reste [...] mais traiter un sujet historique m'a paru bien plus tard davantage à ma portée. Et c'est justement l'entraînement de la bande de copains [...] qui a été déterminant".

Voilà, nous lançons l'appel à nouveau, mesdames, mesdemoiselles, venez écrire pour Weelz!, nous n'aurons pas la prétention de vous offrir de devenir des copains, dès demain, nous aurons simplement l'envie de vous écouter et vous lire. Pour commencer. Et qui sait, vous aurez ensuite une carrière digne de celle de Mona Ozouf, c'est tout le mal que l'on vous/nous souhaite.

Plutôt que de conclure ce billet par un daté Patrick Juvet qui se demande où sont les femmes, je vous propose plutôt, cette chanson, qui date de... 1963.

N'oubliez pas, même le vélo n'est pas genré. Si un vélo est masculin une bicyclette est féminin, tout comme bécane. Notre prochain billet parlera-t-il de la couleur des vélos, comme par exemple, un homme sur un vélo rose peut-il aller plus vite q'une femme sur un vélo noir? Que nenni, nous le savons tous, les vélos noirs sont bien plus rapides d'une part. D'autre part, nous pensons qu'un vélo rose, c'est beau.

crédit photo: cycletoscana.com

Le mot Trans-sport est emprunté au blog Transit-city, que nous vous recommandons de suivre, pour la pertinence des questions soulevées et surtout, le pas de côté systématique, pris pour proposer des pistes ou des voies de solutions.

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