Le vélo se passera bien de la Loi d'Orientation des Mobilités

Le vélo se passera bien de la Loi d’Orientation des Mobilités

Parue au Journal officiel, la LOM fait-elle avancer la question du vélo?

Vous n'avez sans doute pas suivi tous les débats parlementaires enflammés concernant le projet de loi d'orientation des mobilités, non pas par manque d'intérêt mais bien par manque de temps (n'est-ce pas ?). Il faut dire que cette histoire a débuté il y a fort fort longtemps (les assises de la mobilité remontent à 2017).

Comme un cadeau de Noel avant l'heure, le projet de loi LOM a été définitivement adopté dans sa version finale le 24 décembre dernier (publiée au JO le 26 décembre 2019). Un texte qui vise à fixer "la stratégie et la programmation financière et opérationnelle des investissements de l'Etat dans les systèmes de transports pour la période 2019-2037".


En gros, la politique globale du transport et des mobilités pour les 18 ans à venir. Des décisions qui vont donc venir impacter les habitudes de mobilité et, par conséquent, les comportements et les mentalités pour - au minimum - les trois prochaines décennies. Espérons que l'on ne répète pas les erreurs du passé...

Une loi "à large spectre" qui va autant servir à conditionner les primes bonus de la voiture électrique, à déterminer les orientations des lignes ferroviaires comme donner un cadre législatif à la trottinette. Dit autrement: une loi fourre-tout.

Et le vélo dans tout cela ? Et bien pas grand chose malheureusement. La révolution de l'usage de la bicyclette qui se déroule actuellement en France, n'aura que peu d'utilité de cette loi, bien qu'elle ait au moins reconnu le vélo comme un véritable moyen de transport.

Neutralité carbone

En terme de neutralité carbone, la loi fixe un objectif de réduction de 37,5 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. L'une des mesures phares : la future interdiction des ventes de véhicules fonctionnant aux énergies fossiles d'ici … 2040. Chouette, les cancers respiratoires ont encore de beaux jours devant eux.

Le bonus/malus a été réévalué, pour taxer plus fortement les véhicules qui rejettent le plus de Co², ce qui fera une belle jambe à ceux qui ont les moyens de rouler dans de gros SUV polluants.

Autre partie décevante: il n'y en a que pour l'électrique. L'Etat annonce des primes conséquentes pour acquérir un véhicule à moteur électrique et souhaite multiplier par cinq les bornes de recharges publiques (qui ne profiteront qu'aux voitures et e-2RM).

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Certes, le texte inclut le bonus pour l'achat d'un vélo à assistance électrique, mais les conditions d'accessibilité sont complexes. De plus, rien n'est prévu pour l'acquisition d'un vélo classique. Pire encore, le bonus ne fonctionnera pas si vous souhaitez remplacer votre vieille voiture diesel par un vélo, même si c'est un cargo.

"certaines mesures sont annoncées comme obligatoires, mais n'ont aucune indication de financement"

On trouvera également dommage que le forfait mobilité (qui remplace l'indemnité kilométrique vélo) n'ait pas été rendu obligatoire. C'était une mesure intéressante d'incitation au changement de comportement de mobilité, mais son côté facultatif la rend inefficace.

D'un autre côté, certaines mesures sont annoncées comme obligatoires, mais n'ont aucune indication de financement ou de budget. C'est le cas notamment du programme Savoir Rouler, alors même que cet apprentissage du vélo à l'école va nécessiter des ressources relativement importantes.

Bref, la croissance de l'utilisation du vélo comme mode de déplacement que l'on constate actuellement n'a visiblement pas eu besoin d'arsenal législatif particulier pour se développer (à peine une petite grève…) et l'objectif de triplement de la part modale vélo d'ici 2024 qu'inclut la LOM (via le plan vélo national) devrait aisément être atteint, avec ou sans loi.

Le vélo est devenu un sujet sérieux

"Ce texte aura permis de remettre le vélo au centre des discussions"

Mais il ne faut pas voir dans cette loi que le mauvais côté des choses. Elle va servir aux territoires de boîte à outils législative dont le vélo devrait bénéficier (programme Savoir Rouler, pôles intermodaux, forfait Mobilité, zones ZFE…).

La décentralisation des instances décisionnelles par la création d'Autorités Organisatrices de la Mobilité est en effet une bonne nouvelle. Cela devrait permettre aux collectivités territoriales de prendre le sujet de la mobilité à bras le corps.

Ce texte aura aussi permis de remettre le vélo au centre des discussions, de donner de la visibilité aux différents lobbys vélo (coucou la FUB) et d'en faire un sujet aussi respectable que la voiture, les TC ou le train. N'en déplaise à ceux qui pensent que seule la voiture est un mode transport pour les gens sérieux...

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