Le vélo, de l’objet à l’outil

Le vélo, de l’objet à l’outil

La Hollande, le pays du vélo… de merde

Environ 1,3 vélo/habitant. Visiblement, le hollandais roule au quotidien sur un vieux clou, qui ne vaut « guère plus que 50€ » (je cite Stein Van Oosteren président de l’association Far à vélo, qui animait le débat après la projection du documentaire "Why we Cycle")

"Why we cycle" montre bien ces vélos hors d’âge, sans âme, ni charme. Pourtant ils font le job. Ils emmènent fidèlement au quotidien presque 70% des hollandais de la maison à la gare, de la maison au bureau, de la maison à l’école et vice versa.

Étonnant de voir que dans ce Royaume, la petite reine est véritablement reine et pourtant leur petite reine est toute vilaine. (Note de précaution: Loin de moi l’idée de manquer de respect à leur grande Reine, Béatrix).

Laisser dans la rue un vélo qui à 50€ - en valeur financière- est une forme d’assurance de garder l’esprit tranquille.

Tout comme, toute personne normalement constituée se baissera pour ramasser un billet de 50€ tombé de sa poche. Chaque hollandais espère retrouver son vélo à l’endroit où il l’a laissé.

Parce que ce vélo peut ne valoir pas grand-chose, il garde une valeur d’usage inestimable. D'un autre côté, s’il faut dépenser 50€ pour racheter un vélo (volé ?), l’achat n’a pas besoin d’être réfléchi plus longtemps que cela.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, en Hollande un vieux clou qui ne vaut rien laissé sur la voie publique a de fortes chances de disparaître, lui aussi.

Un article de Frédéric Héran, que vous pouvez trouver ici mentionne (en 1995, je n’ai pas trouvé (ni cherché) de chiffres plus récents) qu’entre 900,000 et 15,000,000 (!?) de vélos changent de main illégalement au Pays-Bas

(je pense que la fourchette est plutôt entre neuf cent mille et un million cinq cent mille, le chiffre de 15 millions de l’article, ça fait beaucoup, ou alors tous les hollandais se rachètent et se revendent leurs vélos d’occasion entre eux, ce qui serait bizarre comme comportement, vous en conviendrez).

Utrecht, ville cyclable

Je ne sais pas si c’est réjouissant, ni même rassurant. On peut conclure que les hollandais ne sont pas plus honnêtes que nous. On peut conclure aussi qu’en Hollande, le vol de vélo n’a pas été un frein massif au développement de l’usage, ou s’il le fut, ils ont su s’en accommoder.

Sur le même sujet  Europe, bientôt un permis de conduire cycliste

La peur du vol de son vélo est un argument que nous entendons souvent en France pour s’affranchir de passer le cap. Cela soulève quelques questions pour le développement du vélo urbain en France :

  • Faut-il construire une autre relation à l’objet -vélo- pour le démocratiser véritablement dans nos rues françaises ?
  • Faut-il démystifier la corrélation beau vélo égal bon vélo ?

Probablement. La France, le français entretient une relation au vélo passionnée. Rouler sur un beau vélo est presque aussi important que rouler sur un bon vélo. Au quotidien, le vélo devrait devenir une marchandise, un outil.

"Le vélo deviendrait outil avant d’être objet"

Être considéré sans plus d’affect qu’un marteau ou une clé à mollettes. L’offre des vélos en libre-service est peut-être l’une des raisons du succès. Le vélo deviendrait outil avant d’être objet.

Attention cependant aux limites de ces modèles d’offre de vélo en libre-service. On l’a bien vu avec les vélos en free-floating qui ont envahi les rues de la capitale.

Tout d’un coup nos trottoirs furent envahis de tas de ferrailles en plastique jetables. La vision de ces vélos de merde (le hollandais n’a pas le monopole du vélo de merde) a renforcé l’imaginaire collectif des usagers.

Le vélo est devenu soudainement rien de plus qu’un gadget. Une solution qui n’est ni viable ni désirable pour se déplacer au quotidien.

"Le vélo est un moyen de transport admirable, rendons le désirable"

Je passe très vite sur l’urbanité induite de ces vélos en libre-service. Ils laissent croire que ce mode de déplacement n’est envisageable que pour des micros trajets en ville. Pour les bobos parisiens en somme (je l’écris parce que toi lecteur tu l’as pensé si fort).

Le modèle que notre Société doit réussir à construire autour du vélo est bien là : Le vélo est un moyen de transport admirable, rendons le désirable.

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