[Interview] Tiffany Mannion, le premier

[Interview] Tiffany Mannion, le premier « maire vélo » aux Etats-Unis

Depuis quelques années, une ONG hollandaise, BYCS (Anciennement Cyclespace.org) a imaginé le concept de "maire vélo". Un titre plus honorifique qu'autre chose, mais permettant de personnifier la parole vélo dans un contexte de collectivité et, surtout, de faire avancer les mentalités sur ce sujet.

Nous avions aperçu le maire vélo d'Amsterdam, Anna Luten (aujourd'hui remplacée par Katelijne Boerma), lors du dernier congrès Vélo-City 2017. Ils sont aujourd'hui au nombre de sept, à Sydney, Mexico City, São Paulo, Rio de Janeiro, Vadodara (Inde) et Amsterdam. Nous sommes allé poser quelques questions à Tiffany Mannion, le premier maire vélo sur le sol américain, à Keene, une petite ville du New Hampshire.

Weelz.fr: Bonjour Tiffany, peux-tu te présenter rapidement ?

Tiffany: Je suis Tiffany Mannion, le maire vélo de la ville de Keene, dans le New Hampshire et le premier maire vélo des Etats-Unis. Depuis que j'ai lancé mon blog "BelleCycle" il y a deux ans, j'ai parcouru pas loin de 6000 miles (Ndlr: ~9600km) à vélo dans sept pays différents. Je suis une cycliste assidue et je n'ai pas encore trouvé d'endroits qui ne puisse se visiter sur deux roues. Je pense que le simple fait de rouler à vélo peut énormément changer les choses.

W: Il semble que ton histoire d'amour avec le vélo dure depuis quelques temps déjà. Comment l'expliques-tu ?

T: Je crois que mon père est largement à remercier dans ma passion pour le voyage à vélo. Il adore le vélo. Il m'a acheté mon premier vélo quand j'avais quatre ans et m'à appris à pédaler.

Je me remémore encore ce sentiment unique de liberté, d'indépendance et de pouvoir dans ces quinze pieds (~5m) sur deux roues !

"Rien de ce que je puisse faire ne me rend plus heureuse que de rouler sur mon vélo" Aujourd'hui, je pourrais vous dire que je pédale pour ma santé, ou pour gagner du temps ou encore pour donner le bon exemple. Je pourrais vous dire que je pédale pour l'environnement ou juste pour être en paix avec moi-même. Mais dans sa plus simple forme, je pédale car je le dois.

Rien de ce que je puisse faire ne me rend plus heureuse que de rouler sur mon vélo. Que ce soit en Nouvelle-Angleterre, à New York ou à l'étranger, au Canada, en Allemagne, en Suède, au Danemark, aux Pays-Bas, en Italie ou en Belgique, je crois que le vélo est le meilleur moyen de découvrir la culture et les paysages d'une destination.

W: Tu as donc été élue comme "Maire vélo". Peux-tu expliquer à nos lecteurs quel est ton rôle exactement ?

T: Un maire vélo est un catalyseur de changement. Il commence par poser la question "Jusqu'où la bicyclette peut-elle nous emmener ?¹".

Tous les maires vélo sont mis au défi de se concentrer sur trois domaines uniques par rapport aux besoins de leur communauté. J'ai travaillé avec une organisation locale pour identifier trois domaines d'intervention: l'éducation, les connexions et la créativité.

J'apporte à la ville un programme d'éducation en partageant avec les cyclistes les outils et les techniques pour le déplacement à vélo. J'associe notre région de cyclistes à des événements et je partage les avantages des initiatives d'entreprises et de collèges ou d'universités favorables à la bicyclette. Je travaille avec notre communauté pour mettre en place un atelier vélo, un système de vélo libre-service et aussi créer un calendrier de sorties à vélo.

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Je m'occupe du site web, de la newsletter et des réseaux sociaux, en partageant les ressources et les possibilités de notre région avec un auditoire local, national et mondial.

W: En tant qu'Européens, nous voyons toujours les États-Unis comme un pays centré sur l'automobile. Comment comptez-vous changer ce paradigme ? Les gens sont-ils prêts pour ça ?

"de plus en plus de gens utilisent le vélo et modifie le langage des transports" T: Oui, les États-Unis sont centrés sur l'automobile. Cependant, au cours des cinq dernières années, j'ai constaté d'énormes progrès dans les infrastructures partout en Nouvelle-Angleterre et à New York, et j'ai hâte d'aller voir ces changements sur la cote ouest cette année.

D'autre part, de plus en plus de gens utilisent le vélo et modifie le langage des transports.

Dans la ville de Keene, 74% des actifs vivent et travaillent ici, mais seulement 2,1% prennent le vélo. En tant que collectivité, nous pouvons modifier ces statistiques en augmentant le développement des infrastructures dédiées aux cyclistes.

Nous pouvons ajouter des voies réservées aux vélos, ajouter des places de stationnement vélos et des possibilités de vélos en libre-service. Nous pouvons éduquer les cyclistes pour qu'ils puissent rouler en toute confiance, au milieu des bois comme sur une route à plusieurs voies.

Nous pouvons commencer à changer le paradigme au niveau local puis national en nous demandant simplement: "Jusqu'où la bicyclette peut-elle nous emmener ?".

W: Avec les autres maires cyclistes, partagez-vous les expériences et les idées pour les exporter dans vos villes ?

T: Les maires vélo sont connectés de différentes façons: applications, emails, par le biais du site web de BYCS, et avec des occasions de se rencontrer en personne. Nous nous inspirons, partageons des idées, innovons et soutenons notre monde collectif sur deux-roues.

W: Le maire vélo dispose-t-il d'un pouvoir décisionnel pour modifier les lois ou ordonner de nouvelles infrastructures cyclables ?

T: Le maire vélo n'a aucun pouvoir décisionnel, mais nous aidons d'une autre façon. Nous pouvons, par exemple, donner un coup de main éducatif. Aller à la rencontre des auto-écoles locales pour enseigner aux nouveaux conducteurs comment utiliser la route aux côtés des cyclistes. Nous pouvons également aider à partager, par l'intermédiaire de nos réseaux, tout changement proposé aux lois sur le vélo à l'échelle locale ou nationale.

W: Dernière question: que diriez-vous à une personne qui hésite encore à utiliser le vélo comme moyen de transport ?

T: Quand je serai vielle, j'aurai toujours dans mon âme le soleil sur mon visage et le vent dans mes cheveux, les parfums du monde, et le calme de ma cadence pour remplir mes rêves. Peu de gens se souviendront de la voiture avec autant de tendresse.

Propos recueillis le 9 février 2018.

> Bicyclemayorofkeene.com
> BelleCycle.com

¹ "Where the bicycle can take us ?", l'un des slogans de l'ONG BYCS lors de Velo-City 2017.

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