[Interview] La place du vélo dans l’espace urbain

Le vélo comme moyen de transport privilégié des Français ... certes, on en est encore loin. Mais force est de constater que l'envol qu'a pris celui-ci depuis le début des années 90 a eu un effet tout de même bénéfique sur la physionomie de nos villes, et sur leur capacité à accueillir un nombre grandissant de cyclistes urbains.

Si dans les années 70, la bagnole était reine, son développement n'est plus aussi anarchique aujourd'hui, et il suffit de voir le nombres de grandes places urbaines à Paris, Strasbourg, Lyon, Marseille, Toulouse ou Bordeaux, vastes parkings à l'époque et qui sont désormais transformées et reconquises par les piétons et cyclistes.

Bien entendu, le chemin (la piste cyclable devrais-je dire) est encore long(ue) pour atteindre des parts modales du vélo dépassant les 35 % comme dans la ville de Copenhague. En allant à la rencontre de Catherine Bertho-Lavenir, professeur d'histoire culturelle à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, c'est le web magazine Citazine qui s'est penché sur la question du déplacement à vélo et sur la place qu'occupe aujourd'hui la bicyclette dans nos espaces urbains :

Citazine : Existe-t-il des caractéristiques de la pratique cycliste en ville ?

Catherine Bertho-Lavenir : Oui, mais il faut faire un tableau varié. Par exemple, les Vélib' sont fait pour être empruntés. [...] Les Vélib' ont une couleur neutre, qui n'est pas marquée, pas typée pour une catégorie de personnes : le Vélib' peut être emprunté par n'importe qui. [...]

En ville, il y a désormais le fixie. [...] Dans ce cas, on est tout à fait dans l'affichage du corps, de l'excellence, une sorte de sentiment aristocratique et original à la fois. Et puis, vous allez voir des gens avec de vieux vélos, tout déglingués. Cela correspond à une autre logique. Ce sont des personnes qui montrent qu'elles ne sont pas attachées aux biens ostentatoires [...].

Assiste-t-on à un retour de la pratique individuelle, comme dans la période qui a suivi l'invention du vélocipède (1818), alors que dans les années 1900, la pratique était plus collective ?

Oui, avec toutes les variantes. Cette pratique individuelle est uniquement possible pour des étudiants ou des jeunes actifs qui n'ont pas d'enfants ni beaucoup de charges à transporter. Dès que vous êtes marié, que vous avez des enfants, ce n'est plus aussi commode. On a donc recours à des vélos traditionnels avec panier à l'arrière, ou plus perfectionnés qui tirent une petite carriole. Une famille, un individu peut avoir plusieurs vélos selon les usages, notamment un vélo électrique pour les trajets plus longs.

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Ici, à Weimar, en Allemagne (Catherine Bertho-Lavenir a passé les six derniers mois à l'IKKM, Centre de recherches à Weimar, NDLR), les gens changent de vélo selon la longueur du trajet qu'ils ont à parcourir : un vélo rapide, un peu sportif, très solide quand ils ont 10-15 km à faire le matin. Et un vélo plus urbain pour faire 5 ou 6 km.

Pensez-vous que l'on va assister à un réel retour au vélo dans la ville dans les années à venir : le vélo va-t-il retrouver sa place ?

Il y a quelques années, j'imaginais qu'on allait vers un vrai mouvement de masse. Je ne le pense plus. J'ai participé récemment à un colloque à Munich, avec des anthropologues, des économistes, des aménageurs urbains, des historiens, qui se demandaient si la bicyclette était une solution de développement durable. Il y a cinq ou six ans, cela aurait été très militant. Ils auraient répondu : "les villes vont être converties entièrement à la bicyclette. On va faire de grands espaces où les voitures seront interdites, il y aura uniquement des transports en commun et des vélos".

Avec le recul, on s'est rendu compte que les voies réservées aux vélos étaient immédiatement envahies par des deux roues motorisés. Désormais, les spécialistes sont plus prudents. Ils expliquent que les situations sont diversifiées. Il y a des usages du vélo, pas un seul. Il y a aura des endroits réservés aux vélos, d'autres pas. Il faut organiser une sorte de cohabitation entre automobile, transports en commun et bicyclette, et penser qu'on peut utiliser l'un et l'autre.

On est donc plus forcément dans la stigmatisation de la voiture pour permettre le retour du vélo en ville ?

C'est désormais plus subtile, plus nuancé. La situation a évolué. Ce n'est plus l'idée générique qui consiste à chasser les voitures et absolument imposer le vélo. Ce n'est plus une politique du coup de poing. Aujourd'hui, on s'intéresse aux mobilités des gens. On analyse les cas de figure où les gens se déplacent. [...]

> Je vous invite à aller lire l'intégralité de cette interview sur le magazine Citazine.

Merci au magazine Citazine pour son aimable autorisation.
Crédits photos : Steven Vance, Jens Auspurg
, @rgs, Radlmax, JL Zimmermann.

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