[Interview] Geneviève Laferrère, présidente de la FUB

[Interview] Geneviève Laferrère, présidente de la FUB

6 septembre 2011

Et voilà, la rentrée est passée. Les ballades à vélo sur le remblai, les montées de col ou autres descentes de montagne sont déjà loin derrière vous. Il est temps de se remettre au travail ... et aussi sur les pédales de votre navetteur préféré. Le temps aussi pour nous de faire un point sur la rentrée du vélo urbain et sur la question du déplacement à vélo.

Et quoi de mieux pour cela, que d'aller demander l'avis de la Fédération des Usagers de la Bicyclette et de sa présidente nouvellement nommée, Geneviève Laferrère :

Weelz : Présentez-vous ! Quelle est votre fonction et votre rôle au sein de la FUB ?

Geneviève Laferrère : Avant de prendre des engagements associatifs pour la reconnaissance du vélo comme mode de transport, j’ai eu l’opportunité professionnelle d’occuper pendant sept ans un poste dédié à cette tâche  au sein du Certu  : j’ai ainsi pu combler le retard de la France en matière d’ouvrages techniques en rédigeant avec des experts de terrain issus des collectivités ou des centres d’études techniques de l’Equipement les recommandations qui servent encore de référence aujourd’hui. Aménagements et itinéraires cyclables, signalisation, stationnement…toutes les règles de l’art existent, faut-il encore les appliquer !

"La génération du tout voiture est encore aux manettes"

Un passage en Région Ile de France m’a ensuite permis de mesurer l’écart entre la bonne volonté de quelques élus et le déficit de formation de leurs techniciens. En prenant la présidence de la FUB en avril dernier, je me suis notamment engagée à œuvrer pour combler ces lacunes : en apportant à nos associations des éléments de réponses étayés sur les multiples interrogations de leurs acteurs locaux, nous espérons améliorer la qualité des aménagements cyclables réalisés, ou en tout cas éviter le pire, mais c’est un travail de longue haleine. La génération du « tout voiture » est encore aux manettes !

Depuis quelques années, le vélo urbain se développe de façon exponentielle. Quel est votre regard sur cette soudaine prise de conscience, des particuliers comme des collectivités ?

Sur 24 millions de pratiquants réguliers et 10 millions d’occasionnels, les sportifs et VTTistes ne sont que 8 millions (2+6). Donc pour 2/3 des usagers, soit près de 17 millions de Français, le vélo est un moyen de transport . Résultat plutôt surprenant pour un objet qu’on n’ose à peine citer dans les rapports officiels !

Mais peut-on parler de prise de conscience soudaine ? J’y vois plus le résultat d’un travail de fond engagé depuis des dizaines d’années comme l’installation en 1994 par les ministres Louis Besson et Michel Barnier d’un comité vélo multipartenarial associant élus et usagers ou encore les échanges favorisés avec les pays européens limitrophes portant sur les questions de déplacement mais aussi d’urbanisme.

Dans notre pays, le vélo restait enfermé dans son image mythique du « Tour de France »  avec sa dose de souffrance et de sueur : difficile de le promouvoir comme un mode simple et pratique pour se déplacer au quotidien jusqu’à l’arrivée des vélos en libre service dont le premier système implanté à Rennes remonte déjà à 1998. Faire une course entre midi et deux, se rendre à la gare et se garer en deux temps, trois mouvements, c’est un luxe qu’offre désormais le vélo.

"Nous [...] jouons l’autruche face à l’augmentation du prix du pétrole. Jusqu’à quand ?"

Pourtant son enjeu économique est insuffisamment reconnu même si les ventes augmentent (la France se place dans les 5 premiers consommateurs mondiaux derrière le Japon, les Pays-Bas et les Etats-Unis),  certains ménages commencent à remplacer la « deuxième « voiture » par un vélo et  les coursiers à vélo démontrent tous les jours que la voiture n’est pas la plus rapide sur de courtes distances. Nous négligeons encore trop les économies liées aux bienfaits sur la santé et sur la sécurité routière et jouons l’autruche face à l’augmentation du prix du pétrole. Jusqu’à quand ?

Selon vous, la France doit encore rattraper son retard sur le développement d’infrastructures cyclables, notamment par rapport à ses voisins européens ?

Nos voisins européens investissent 6 à 10€ par an et par habitant depuis des lustres, ce qui donne un ratio de linéaire cyclable égal ou supérieur à 1 m par habitant. Les Français sont à la portion congrue avec 0,29 m/hab. Or on constate qu’il faut au moins 0,50 m/hab pour avoir un effet levier sur la pratique. 10€/an par habitant c’est bien peu par rapport aux investissements routiers et cela permettrait de quadrupler le réseau français en 10 ans, ce qui est d’ailleurs bien long vu notre retard sur nos voisins !

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Si nous multiplions les aménagements dédiés sur les axes de liaison avec le péri-urbain plutôt que dans les petites rues de quartier à faible trafic, si nous généralisons le stationnement sécurisé à domicile, dans les bureaux, dans les gares, si nous systématisons le marquage des vélos couplé avec un bon antivol, nous verrons réellement un usage exponentiel de ce mode.

Sujet qui fâche, l'obligation du port du casque, point sur lequel la FUB est opposée. Quel est l'avis de sa présidente ?

En tant que présidente, je me dois de tenir compte des faits et non des sentiments subjectifs des uns ou des autres. D’abord le vélo en ville est peu dangereux : en 2009, on recense 124 cyclistes tués (majoritairement hors agglomération) contre 681 usagers de 2 roues motorisés. Ces derniers représentent plus de 50% des tués et à peine 1% de part modale. D’où l’importance de ne pas mélanger tous les « deux roues » dans le même panier. La hausse massive de la pratique en centre ville depuis 2006 s’accompagne d’une baisse régulière et sensible d’accidentalité des cyclistes vérifiant ainsi l’adage « plus de cyclistes = moins d’accidents graves ».

"l’obligation du port du casque est une fausse bonne solution"

En revanche, contrairement aux idées reçues, la circulation hors agglomération reste dangereuse du fait des vitesses élevées. Ensuite l’obligation du port du casque est une fausse « bonne solution » d’autant qu’en ville le traumatisme crânien suite à une chute de vélo est peu fréquent : comme elle a tué le Solex dans les années 1975, l’obligation provoquera un report d’usage de l’ordre de 30% sur le 2 roues motorisé, notamment chez les jeunes, donc sur un mode réellement dangereux et qui laisse des séquelles graves.

Vous avez probablement déjà entendu parler de Mikael Colville-Andersen, qui sillonne le globe pour apporter la bonne parole du vélo urbain. Nous manquerait-il selon vous son pendant francophone, capable d'attirer autant l'attention ?

Vous citez l’exemple de Mikael Colville-Andersen. J’aime aussi évoquer le Premier Ministre danois qui l’été dernier a parcouru en 6 jours les 1 200 km qui séparent l’île de Fionie, au nord de son pays, de Paris, pour recueillir des fonds pour les enfants cancéreux et témoigner des multiples bienfaits du vélo. A quand un ministre français capable du même exploit ?

Le vélo a subit une évolution sociologique majeure ces 10 dernières années. Mais son apparence n’a pas véritablement changé, sa mutation sociologique ne s’est pas accompagnée d’une mutation technologique profonde : il conserve le même look au fil du temps. Cela expliquerait-il que les besoins des cyclistes urbains restent sous-estimés par les industriels, négligés par les pouvoirs publics et méconnus des médias ? Le succès des VLS (vélos en libre service) confirme cet attrait pour l’innovant : je prends le pari que la voiture du futur, le NVU (nouveau véhicule urbain) ressemblera fort à une bicyclette.

Quels sont les prochains RDV importants de la FUB dans les prochains mois ?

Retrouvez la FUB du 16 au 19 septembre au salon du cycle, porte de Versailles, sur le stand du comité de promotion du vélo. Cet événement est précurseur de la semaine de la mobilité durant laquelle nos associations vous invitent à tester les avantages du vélo pour aller au boulot, faire ses courses, (ré)apprendre à se déplacer en ville grâce à la vélo-école : la journée du 16 leur sera particulièrement consacrée en partenariat avec la FFCT et le club des villes et territoires cyclables.

Elle s’associera également aux différents événements nationaux dédiés au vélo. Le secrétaire d’Etat au transport nous annonce même des assises du vélo pour cet automne : nous attendons d’en savoir plus (Ndlr : Nous aurons l'occasion d'en reparler). Et plus lointain mais rendez-vous vélo national désormais incontournable, la journée technique de la FUB  le 13 avril 2012 à Pau. Tout ces rendez-vous sont sur notre site et dans notre revue Vélocité.

Pour en savoir plus :
FUB – Fédération française des Usagers de la Bicyclette - Créée en 1980, la FUB fédère aujourd’hui près de 200 associations locales de cyclistes urbains, et représente 3 millions d’usagers cyclistes quotidiens et 17 millions d’usagers réguliers. La FUB agit pour promouvoir l’utilisation du vélo comme moyen de déplacement au quotidien. Elle propose pour cela de nombreux services pour venir en appui de ses associations-membres et des acteurs du développement du vélo : colloque annuel, formations de bénévoles, campagnes nationales de sensibilisation à l’usage du vélo,  réalisations d’études et enquêtes, édition de la revue Vélocité, marquage Bicycode contre le vol…

> Fubicy.org

Crédits photos : Dylan Passmore, Velovotee.

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