Home-trainer, confessions d'un newbie au bout des rouleaux — Weelz.fr
Home-trainer, confessions d'un newbie au bout des rouleaux

Home-trainer, confessions d’un newbie au bout des rouleaux

Lundi 16 mars 2020. Je suis comme 66 millions de français, devant ma télévision, apprenant la fermeture complète du pays. Tout un tas de sentiments se mélangent à ce moment-là. Je suis attristé, stupéfié, foudroyé, consterné. Comme tout le monde, je prends ce confinement comme une épreuve collective. Allez, juste quelques semaines qui permettront à la Nation de se relever la tête haute. Je pense au personnel hospitalier, en ligne de front. Je pense à ma famille, mes amis, mes proches. Et puis soudain, je pense … à mon vélo. Égoïste ? Non. Pragmatique ? Oui.

Vous n'aurez pas … ma liberté de pédaler

Bordel. Le Gouvernement vient de me confisquer ma liberté de déplacement. Ma liberté d'aller et venir là où bon me semble. En fait, il vient de retirer sous mon nez toutes les choses qui font que j'ai choisi le vélo dans ma vie. Ma liberté de me rendre là où je le désire, quand je le désire, facilement et à la seule force de mes mollets. Mon appétence pour les grands trajets urbains comme la Nature (celle avec un grand N), les chemins de bocage, les bords de rivière, les sentiers de forêt... Mon goût pour les longues virées en solo comme les sorties avec un groupe de potes. Tout ça, terminé, envolé.


J'avais déjà affirmé dans ce billet mon inclination viscérale au Dehors (celui avec un grand D). Être à l'extérieur, sentir les éléments, lutter contre le vent, toucher la pluie, être frigorifié ou transpirant. C'est tout cela que j'aime et c'est tout cela que m'apporte le vélo, peu importe son usage : utilitaire, tourisme, loisir ou sportif. Évidemment, je ne suis pas le seul à ce moment à penser cela.

Ouin, ouin, je vais devoir rester chez moi en famille... Je n'ai pas à me plaindre. Mes conditions sont proches du luxe. Mon épouse et ma fille avec moi, une maison confortable, un jardin et … un temps magnifique ! (Deuxième) Bordel ! Pourquoi fallait-il que ce confinement tombe à une période où la météo est une invitation à aller rouler, dehors, nez au vent, dès le début du mois de mars.

Du vélotaf … et pas de home-trainer

"Forcé à télétravailler. Mais je ne peux pas télépédaler"

Bon, il me reste le vélotaf… Ha non. Les locaux dans lesquels je loue mon bureau en coworking ont fermé. Forcé à télétravailler, certes. Cependant, je ne peux pas télépédaler. Je me rabat sur les courses. Tout est prétexte pour prendre le vélo. Mince, j'ai oublié le lait, j'y retourne. Re-mince, j'ai oublié les œufs, j'y retourne. Samedi, c'est marché. Hop, vélo ! Côté sport (oui, le vélo utilitaire, ce n'est pas du sport, juste une activité physique), je tourne en rond. Dans la précipitation, et sans réelle réflexion, l’État a pondu cette stupide règle du 1km/1h. Résultat : je respecte, et je tourne en rond autour de chez moi.

Aussi, je pleure devant mon écran d'ordinateur. Non, non, pas à cause du travail. Cela fait 20 ans que je bosse dans le web, dont pas mal en indépendant. Le télétravail n'est finalement qu'une formalité vite acceptée. Non, je pleure devant les vélocistes en ligne, où partout, les meilleurs appareils d'entraînement portent la mention "Rupture de stock"... En ce premier confinement, seuls les plus chanceux ou les plus habiles à fureter sur des sites de VPC italo-serbo-polonais plus ou moins fiables, sont parvenus à se faire livrer le Graal du cycliste confiné : un home-trainer.

Un second, puis un troisième confinement

Le temps passe et toujours pas de home-trainer en vue. Les règles établies par le gouvernement évoluent elles-aussi. Les voix s'élèvent contre celle du 1km/1h. Weelz! a d'ailleurs été un relais média important durant cette période, sur la fameuse attestation de sortie et la mécompréhension des autorités avec le vélo (250.000 lectures sur cet article!). Pour ma part, le vélotaf ou le vélocourses demeurent mes moyens de m'évader plus loin à vélo. 30 octobre 2020 - Au second confinement, on passe de 1 à 20 km pour les sorties loisirs. 19 km de rayon de liberté supplémentaire. C'est déjà beaucoup mieux. J'oublie un peu mes envies de home-trainer.

Entre-temps, les stocks des vélocistes se sont à nouveau fournis. Investis-je ? Investis-je pas ? Finalement, je vais jeter mon dévolu sur un home-trainer à rouleaux ! Et tant qu'à faire, autant prendre quelque chose de bien. J'opte pour un Elite Nero (photos ci-dessus). Il s'agit d'un home-trainer à rouleaux connecté, du Smart Rollers comme disent les britanniques.

Tout est en place, je monte sur le vélo…

Non, ce n'est pas moi

15 décembre 2020 - Nous sommes sortis du second confinement, mais entrés en plein dans l'hiver 2020. L'objet du délit arrive enfin à la maison. Je déballe, lis rapidement la notice (comme tout le monde), branche la machine. Puisqu'il s'agit d'un home-trainer connecté, je démarre sur mon PC le logiciel d'entraînement le plus connu des cyclistes virtuels, à savoir Zwift. Via un dongle USB ANT+ branché sur le PC (acheté séparément), le logiciel reconnaît très rapidement la machine.

Tout est en place, je monte sur le vélo et commence à pédaler. Et là, (troisième) bordel ! Mais c'est vachement plus dur que je ne l'aurais imaginé ! Pédaler en équilibre sur place sur trois rouleaux en rotation demande au départ une sacré dextérité, beaucoup de mental et pas mal d'heures d'entrainement avant d'être complètement à l'aise.

Au départ, le mur fut mon meilleur ami. C'est le meilleur moyen de débuter et d'apprendre à pédaler sur un home-trainer à rouleaux ; se tenir à quelque chose - un mur, une armoire, une chaise, un(e) ami(e) - puis petit-à-petit, se lâcher, prendre de la confiance et finalement parvenir à être totalement à l'aise sur ce curieux engin.

Pour le plaisir

Et ensuite ? Oui, je n'ai pas honte de le dire : malgré ma réticence à pédaler enfermé et mon amour du Dehors (cf ici), j'ai pris du plaisir ! Précision avant toute chose : juste avant de recevoir ce Elite Nero, j'étais parvenu à me faire prêter un petit home-trainer à résistance, dont la commande de vitesse était cassée. Pas le produit dernier cri, mais suffisant pour pédaler loin et sur place, dans son bureau pendant le second confinement.

On ne peut pas dire que j'y ai pris un plaisir fou. J'ai trouvé que la position entièrement statique annule l'un des éléments les plus intéressant dans le vélo : la sensation d'équilibre. Sur un home-trainer à rouleaux, c'est totalement différent. La sensation d'équilibre est là, et avec elle le plaisir de pédaler normalement, avec le balancement naturel du cycliste. Avec un peu d'entraînement, on parvient même à "jouer" sur les rouleaux, en allant de droite à gauche et de gauche à droite. Pas de problème non plus pour lâcher une main pour attraper votre bidon.

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Personnellement, ma dextérité sur l'engin s'arrête ici. J'ai tenté plusieurs fois de lâcher les deux mains, mais c'est beaucoup trop casse-gueule. Certain(e)s y arrivent très bien. J'imagine que c'est aussi le mental qui joue. Autre petite chose à prendre en considération : le regard est très important. A vélo normal, il est déjà primordial. Sur un home-trainer à rouleaux, il faut penser à regarder bien devant soi. Si l'on s'amuse à regarder en latéral, vient le moment où le cerveau vrille et votre oreille interne vous rappelle que vous faites du surplace. La chute peut vite arriver.

Du surplace à vélo, mais avec quel vélo ?

Évidemment, le home-trainer à rouleaux, malgré sa courbe d'apprentissage plus longue que les autres types de home-trainer (à résistance ou à transmission directe) possède un avantage indéniable : d'une part, rien besoin de démonter, il suffit de poser le vélo. D'autre part, vous pouvez utiliser le vélo que vous voulez : un vélo de route, de gravel, un VTC, un VTT, même un BMX ou votre VAE si ça vous chante. Il suffit simplement de régler la distance du rouleau avant, et hop, on peut commencer à pédaler.

Si vous avez la chance d'avoir un vélo dédié au home-trainer, c'est le top. Vous pouvez même monter dessus des pneus spécifiques pour cet usage (beaucoup de marques en proposent, comme les Vittoria Zaffiro Pro Home ou les Schwalbe Insider). Ce n'est pas mon cas. Personnellement, j'utilise sur le Elite Nero mon vélo de gravel.

C'est là qu'entre en ligne de compte un autre problème : quand le vélo a également roulé dehors, dans la terre, la boue… il est plus délicat de le poser sur votre home-trainer. A la rigueur, si vous êtes dans un garage, c'est moins grave. Si en revanche, le home-trainer est posé dans votre salon, une chambre ou un bureau, pensez à protéger dessous et derrière, sinon bonjour les projections.

Dernière précision technique : dedans ou dehors, je roule avec des cales automatiques. Ce qui ne pose pas de soucis en soi sur un home-trainer classique, peut vite s'avérer délicat sur des rouleaux, au moment de la perte d'équilibre (deux chutes sans gravité à mon actif). Encore une fois, c'est une question d'entrainement, de mental et de technique à la fois. Pour débuter, vous pouvez tout à fait monter des pédales plates.

Et le home-trainer, ça apporte quoi ?

Le home-trainer, ça apporte quoi ? Question existentielle. Force est de l'avouer, j'ai rapidement vu le gain lors des sorties extérieures (principalement route/gravel et vélotaf aussi). Plus de vélocité, plus de puissance, un meilleur cardio, un renforcement musculaire… l'apport du home-trainer est indéniable. Sans même parler de performance, c'est un vrai plus ; un complément parfait si vous voulez vous sentir mieux sur le vélo, parvenir à suivre les copains ou copines qui étaient plus fort(e)s que vous auparavant, et aussi augmenter les distances.

Malgré le fait que je préfère toujours rouler dehors, au contact des éléments, j'ai vu un autre avantage au home-trainer ; celui de pouvoir faire des séances courtes - 30 à 45 minutes maximum, pour un gain similaire à une sortie de 2 à 3 heures. Des séances qui prennent donc moins de place sur votre planning et votre organisation personnelle ou professionnelle. Le home-trainer est aussi intéressant pour continuer à pédaler l'hiver, si vous n'aimez pas rouler de nuit, dans le froid, la boue ou la pluie.

Le home-trainer, c'est comme l'alcool, n'en abusez-pas…

Soyez vigilants à ne pas tomber dans le surentraînement. Une séance de home-trainer est bien différente des conditions réelles d'une sortie à vélo. Pas de moment de repos en roue libre, pas de vitesse, de vent, de froid pour réduire la chaleur corporelle.

Il faut d'une part penser à beaucoup s'hydrater (bien plus que vous ne le feriez en extérieur) et ne pas trop se couvrir puisque vous êtes dans un environnement intérieur. Pensez à la serviette à portée de main, on vous prévient : vous allez beaucoup transpirer. A moins de pédaler sur place dehors¹, l'idéal est d'avoir un ventilateur en face de soi. Certains fabricants de home-trainer comme Wahoo en proposent. Pensez aussi à bien ventiler la pièce dans laquelle vous êtes.

Astuce : Si vous êtes un tantinet bricoleur, en cette période de sobriété énergétique, vous pouvez envisager un dispositif pour transformer en watts l'énergie générée par le pédalage.

Connecté ou pas connecté le home-trainer ?

Évidemment, il est plus difficile de se motiver à monter sur un home-trainer que de partir sur une sortie extérieure. Personnellement, je considère que le home-trainer version connectée est une excellente solution. Les programmes comme Zwift rendent la chose beaucoup plus fun et ludique. Ils permettent d'avoir des objectifs et même de rouler virtuellement à plusieurs. Vous pouvez même participer à des compétitions virtuelles. La séance est moins linéaire puisque votre home-trainer va varier sa résistance en fonction du dénivelé virtuel de l'application. Tout cela gomme l'aspect ennuyant d'une séance de home-trainer classique, même si un home-trainer à rouleaux non connecté est déjà plus fun que les autres¹. Seul gros inconvénient des rouleaux par rapport aux autres types de home-trainer : c'est beaucoup plus bruyant.

De mon côté, j'ai découvert Rouvy, une application d'origine tchèque. Elle propose des environnements virtuels non pas en 3D, mais à base de vidéos réelles, dans lesquels évoluent un avatar cycliste en 3D. C'est plutôt bien fait, et donne l'impression de voyager pendant sa séance. Idéal si vous avez la chance d'avoir devant vous un grand écran.

Bon, vous l'avez compris : le combo idéal (pour moi) c'est un home-trainer à rouleaux, qui conserve le plaisir de l'équilibre ; et tant qu'à faire connecté, pour goûter aux joies du e-cycling depuis chez soi. Tout cela représente un certain investissement (le Elite Nero est à 799€ en prix public, mais se trouve aujourd'hui en dessous des 650€). A cela s'ajoute le coût de l'abonnement mensuel à l'application d'entraînement virtuel. Sur ce point, vous avez du choix. J'ai cité plus haut Zwift et Rouvy, mais vous avez aussi Bkool, Fulgaz, RGT Cycling, Kinomap, Sufferfest…

¹ Jérôme de son côté est aussi devenu un adepte du home-trainer à rouleaux. Il le pose sur son balcon. Il est dehors. Point de connexion à une appli d'entrainement. Pour lui, c'est un moment privilégié pour écouter des podcasts ou découvrir des albums musicaux. Il confesse enfin, pas plus d'une demi-heure, au-delà, il a mal aux fesses puisqu'il n'arrive pas à se mettre en danseuse !

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