Gravel: 700 ou 650 – Quel diamètre de roue choisir pour votre vélo?

Gravel: 700 ou 650 – Quel diamètre de roue choisir pour votre vélo?

700 ou 650 pour les roues de mon vélo ? Vous vous posez la question entre ces deux diamètres ? Avec la collaboration du fabricant DT Swiss, Weelz! a pu mettre à l'épreuve un modèle strictement identique ; Les DT Swiss GR 1600 Spline en l’occurrence. L'une en diamètre 700, l'autre en diamètre 650. Quels sont les avantages et les inconvénients de ces deux formats de roues ? Voici notre réponse.

700 ou 650, telle est la question

"La roue tourne va vite tourner" comme disait le philosophe Franck Ribéry. Il n'avait pas tort. Encore faut-il prendre en compte le diamètre de cette roue. Alors, tout d'abord, petit cours de nomenclature technique cycliste. En ce qui concerne les roues et les pneumatiques, une norme existe. Elle s'appelle ETRTO - pour European Tyre and Rim Technical Organisation. On la nomme aussi norme ISO 5775. L'organisme tente de standardiser les dimensions des pneumatiques du marché, dans le vélo, mais aussi l'automobile et la moto (et 2RM).


Vous pouvez voir la notation ETRTO sur les pneus de votre vélo. Les deux chiffres - par exemple 35-622 - correspondent respectivement à la largeur et au diamètre du pneu. On parle ici du diamètre intérieur bien sûr. Ainsi, si l'on reprend notre exemple, 35 correspond à 35 mm de section, c'est-à-dire la largeur maximale du pneu lorsqu'il est gonflé. Les 622 mm sont la distance entre deux flancs en passant par le centre (le diamètre interne).

ETRO, pouces, millimètre... il y a de quoi y perdre son latin

Pour faire un rapide historique, auparavant les fabricants de pneumatiques utilisaient une notation soit en pouces (mesure anglo-saxonne) soit en millimètres (mesure française). Ils prenaient surtout en compte le diamètre extérieur du pneu. Ce qui donnait une mesure souvent aléatoire, selon l'épaisseur de la carcasse. La norme ETRTO est venue ainsi clarifier tout cela, avec une notation plus précise et surtout moins ambiguë.

En résumé, si l'on met de coté les dimensions de pneus des vélos enfants ou ceux des vélos spéciaux (vélo cargo par exemple), les trois formats les plus courants pour les vélos adultes sont : 26, 27,5 et 28 pouces pour la notation anglo-saxonne, qui correspond respectivement à 559, 584 (27,5 - 650) ou 622 (28 - 700) en notation française. Aujourd'hui, le 26 pouces disparait progressivement du marché. Quant au format 29 pouces, il s'agit simplement d'une appellation marketing. On parle d'une jante de 28 pouces (700) embarquant un pneu tout-terrain à gros volume d'air, d'où le pouce supplémentaire.

Vous suivez toujours ? Tant mieux. Pour revenir à nos deux diamètres de référence pour cet article, une roue de 700 à un diamètre ETRTO de 622 mm, et une roue de 650 à un diamètre ETRTO de 584 mm. Une différence de seulement 38 mm entre les deux formats. Cela étant dit, une différence suffisamment grande pour modifier le comportement de votre vélo. On y vient, on y vient...

Historique vélo : La Confrérie des 650

Le diamètre 650 - le 650B pour les intimes - était à l'apogée de son usage au cours de la première moitié du 20e siècle. "Un équipement privilégié et incontournable du randonneur à bicyclette comme celui du cycliste utilitaire." indique La Confrérie des 650. Oui, n'en riez-pas, il existe réellement une association loi 1901, créée en 1995 par un certain Henri Bosc, dont le but est de sauvegarder ce diamètre de roue historique, appelé à disparaitre dans les années 90.

Mieux, ils sont même parvenu à se porter propriétaire du moule industriel d'un pneu 650. Et grâce au partenariat qu'ils ont lié avec le fabricant français Hutchinson, un pneu Hutchinson / Confrérie des 650 est toujours fabriqué (ETRTO 584x32, skinwall, 127 tpi). Et il est Made in France en plus. Vendu seulement 34€ la paire. Disponible juste ici.

Ce diamètre a connu un vrai retour en grâce dans le domaine du VTT dès le début des années 2010. Toutefois, le format 27,5 pouces (= 650) peine aujourd'hui à se frayer un chemin. Les géométries des modèles VTT 29 pouces se sont grandement améliorées pour mieux intégrer ce diamètre 700. Fort heureusement, le renouveau de ce diamètre 584 mm (= 650) est arrivé par le marché du vélo gravel, qui a remis au goût du jour ce format. La randonneuse moderne n'a pas dit son dernier mot.

Un an, un même vélo, un même modèle de roues, deux diamètres - 700 ou 650

Le but de ce test "grandeur nature" et longue durée était de pouvoir vous donner notre ressenti sur ces deux formats - 650 et 700. Pour cela, il nous fallait donc une paire identique, afin d’être sûr de pouvoir comparer uniquement le changement de diamètre et rien d'autre. Merci DT Swiss (Précisons tout de même que cet article n'est absolument pas rémunéré par la marque). Pour la même raison, ce test a été réalisé systématiquement avec le même vélo - en l’occurrence, mon Fuji Jari Carbon 1.3 dont vous pouvez retrouver le test juste ici.

Quant aux conditions du test, si la pratique était principalement du gravel sportif (route et chemin), ces roues ont également servi pour des trajets vélotaf, un peu d'itinérance vélo tourisme et un peu de longue distance. J'ai eu la chance d'avoir ces roues durant un an complet. Elles ont pu ainsi connaitre les quatre saisons et toutes les surfaces possibles - asphalte, bitume, gravier, terre, sable, racine, boue... Bref un aperçu vraiment complet. Vous ne pourrez pas dire que Weelz! ne mouille pas le maillot pour vous.

DT Swiss GR 1600 Spline

Commençons par le format 700, pardon le format ETRTO 622 mm. Je roule sur ce diamètre de roue depuis pas mal d'années maintenant. Il permet un rendement excellent, que ce soit sur route ou sur chemin. Les DT Swiss GR 1600 Spline en 700 ont remplacé les roues d'origine WTB de mon Fuji Jari. Il s'agit d'une jante en aluminium, sans crochets, montée en rayons acier plats doublement croisés sur un moyeu DT Swiss 350. Les modèles DT Swiss GR sont dédiés à la pratique gravel (GR 1600 et GR 1800 en alu, GR 1400 en carbone). Ce sont des roues larges (25 mm), conçu pour un usage engagé, hors des sentiers battus.

Au-delà du diamètre en lui-même, sur lequel j'étais donc habitué, le constat avec ces nouvelles roues DT Swiss était sans appel. Un vélo qui devient soudainement plus léger et plus agile, avec des relances beaucoup plus nerveuses. C'est une paire de roues qui offre un bel équilibre. Elles absorbent les discontinuités du terrain sans fléchir, tout en permettant au pilote de conserver de la maniabilité et du contrôle. En d'autres termes, elles sont à la fois rigides et confortables.

On avoue : c'est beau

La qualité des roulements des moyeux DT Swiss 350 est réputée, et ces roues le prouvent encore une fois sur cette paire spécial gravel. Compatibilité Shimano/Sram 10/11/12V. Notez que le modèle est fourni avec tous les adaptateurs nécessaires : CRL Sram XDR ou Campagnolo N3W ; Axes rapides en 9 mm ou axes traversant en 12 ou 15 mm. De même, le moyeu est compatible pour des disques Centerlock mais l'adaptateur 6 trous est aussi fourni. Cerise sur le gâteau : le tarif de la paire reste "raisonnable" : 499,99 € (poids : 1720 g).

Le Youtubeur Martijn van Strien (Fernwee) apprécie les roues DT Swiss

Le choix des pneumatiques influe sur le comportement

En ce qui concerne les pneumatiques, plusieurs modèles sont venus envelopper ces roues de 700, avec différentes sections : des Schwalbe G-One Allround en 40 mm, des Goodyear County Ultimate, aussi en 40 mm, des Panaracer Gravelking SK en 53 mm ou encore des Michelin Power Gravel 40. Des changements de pneus qui naturellement influaient sur le comportement du vélo. Tantôt plus véloce, tantôt plus accrocheur, selon le besoin d'adhérence et la saison. Du coté du diamètre 650, la période estivale a été roulée principalement avec des WTB Byway en 47 mm. Le passage à l'heure d'hiver (et la boue qui vient avec) a été l'occasion de monter des Schwalbe G-One Bite en 40 mm et des Goodyear Connector Ultimate en 50 mm, deux profils très accrocheurs.

Le changement de diamètre ne s'est pas fait successivement, mais plutôt au gré des envies et du type de sortie. Je passais de l'un à l'autre sur de courtes périodes, parfois même dans la même journée en réalisant une boucle identique avec les deux paires (!). Une méthode de test qui m'a permis de mieux ressentir les différences de comportement, et de mieux pouvoir vous les retranscrire. Si certains montages étaient réalisés en tubeless, la majorité du test s'est fait sur un montage chambre à air, pour faciliter les changements de pneumatiques (et parce que ce n'était pas un test de pneu, mais un test de diamètre de roue).

Diamètre 650, petit, confortable et ludique

Après avoir beaucoup utiliser les DT Swiss GR 1600 en 700, le passage au diamètre 650 se fait avec les WTB Byway 650x47 (merci au passage au site Cycletyre). Dans les relances et même bien lancé sur du plat, je sens mon vélo plus pataud, moins nerveux. En revanche, avantage des roues de 650, le diamètre plus petit vous autorise à monter des pneus plus larges (cela dépendant bien sûr du dégagement de votre triangle arrière et de votre fourche).

Avec des pneus de section plus importante, le gain de confort est indéniable, bien que la direction apparaisse un peu plus floue. Mais la section généreuse et le large volume d'air gomment efficacement la moindre aspérité du chemin. Sur des routes abîmées, c'est très agréable. Néanmoins sur l'asphalte, on ressent une perte de rendement. Une impression d'un peu plus coller à la route. Normal, la surface de contact avec le sol est plus importante. Et ce n'est pas tant le diamètre qui change, car au final, une roue de 650 montée avec un pneumatique à gros volume se retrouve presque aussi haute qu'une roue de 700 montée avec un pneumatique "normal".

Les Schwalbe G-One Bite en 650x40 rendent le vélo accrocheur et ludique

En repassant sur une section moins généreuse - les Schwalbe G One Bite en 40 mm, toujours en diamètre 650 - la perte de rendement est un peu moins significative. En revanche, le vélo devient soudainement plus joueur, plus ludique. Dans un usage gravel sur des trails sinueux, on gagne en maniabilité. J'avais déjà fait ce constat en VTT, en passant d'un 29 pouces à un 27,5. Le constat est donc similaire sur un vélo gravel. Les roues de 650 étant plus petite, elles modifient naturellement le centre de gravité du vélo (les 38 mm de différence). On gagne en maniabilité ce que l'on perd en rendement. Votre vélo devient soudainement plus joueur. On le constate rapidement à l'approche d'un sentier sinueux. Le vélo obéit plus docilement et les prises d'angle sont plus vives. Le vélo se commande plus aisément.

Un avantage également de ce diamètre de roue plus petit : le 650 évite le "toe overlap". "Hein, c'est quoi ?!" Sur certaine géométrie de vélo très compact, où l'angle de chasse est peu prononcé (l'angle d'ouverture de la fourche), il peut arriver que votre roue avant vienne toucher l'avant de votre pied, lorsque la pédale est en avant. Dans une pratique gravel, ce phénomène peut arriver, à basse vitesse, dans des zones qui nécessitent de la maniabilité. Ce risque est minimisé si vous êtes sur un format 650, sauf si vous avez opté pour des pneumatiques larges.

Dernier avantage des roues en 650 : la possibilité d'utiliser des pneus à plus gros volume d'air et donc de pouvoir rouler en basse pression. Ce point est particulièrement tangible si vous roulez en tubeless, qui vous permet justement de profiter d'une plus basse pression et d'avoir une meilleure adhérence. En roues de 700, votre vélo sera plus limité en terme de dégagement de pneu. Intrinsèquement, un pneu 700x40 devra être gonflé plus fort qu'un pneu en 650x47.

Diamètre 700, une valeur sûre, un rendement assuré

Comme je le mentionnais plus haut, le switch - pardon, le changement - de roues se faisait au gré des envies. Hop, deux sorties en 650, hop, une prochaine en 700. Dans ces modifications de diamètre sur le vélo (toujours le même), il y avait toutefois une constante : j’appréciais systématiquement le gain de rendement lorsque je repassais sur le format le plus grand. Pas de doute, une roue de 700 demeure une valeur sûre - une valeur refuge diraient les boursicoteurs - un rendement assuré.

Cela étant dit, on peut nuancer ce constat. En réalité, ce gain de rendement ne sera véritablement visible que dans le cadre d'une sortie roulante et rapide, où le but est de maintenir une certaine moyenne, que vous soyez seul ou accompagné. Dans ce cas, l'agrément de l'inertie d'une grande roue se ressent, de même qu'une surface de contact au sol moins importante (si vous avez monté des pneus polyvalents route/chemin pas trop larges (40 max)). Dans un usage gravel, où vous souhaitez privilégiez les chemins, parfois roulants, parfois techniques, la différence est moins flagrante. Le rendement est moins un argument que la maniabilité globale de votre monture.

C'est en cela que le 650 est intéressant par rapport au 700. Il a un coté joueur mais en même temps son apport de confort (avec une bonne section) apporte une certaine sérénité, un petit coté rassurant. Dans un usage gravel sportif, ou même en itinérance bikepacking, on sait que l'on va pouvoir compter sur lui pour corriger nos erreurs de trajectoires ou bien rendre plus agréable une portion caillouteuse ou racineuse.

Bon, en conclusion, 700 ou 650 ?

700 ou 650 - On vous a donné notre ressenti sur ces deux diamètres de roues, particulièrement dans un usage gravel. On retrouve sur le marché de plus en plus de montures proposées dans ce format 650, bien que la majorité du marché se base sur des roues de 700. Il est alors normal de se poser la question. La première chose à noter, c'est que si votre vélo est monté d'origine en roues de 700 (et qu'il est en freinage disque), vous pourrez sans problèmes les changer pour du 650. Qui peut le plus peut le moins (faites attention en revanche au dégagement de pneu possible). Une paire en 700 montée en pneumatiques roulants, et une paire en 650 montée avec des pneumatiques larges et accrocheurs, notamment pour l'hiver ; cela semble le compromis idéal. Bien sûr, tout le monde ne pourra se permettre ce luxe de posséder deux paires de jantes.

Alors, au final, 700 ou 650 ? Allez, je me jette à l'eau et je vous donne mon avis, tout personnel (et qui concerne mon usage, qui n'est peut-être pas le votre) : J'ai adoré rouler sur les roues de 650, particulièrement en période hivernale, ou les chemins rendus boueux, deviennent plus "faciles" avec un vélo au centre de gravité légèrement plus bas et des sections larges pour bien accrocher.

Cela étant dit, j'ai moins aimé la perte de polyvalence, qui pour moi, est toute l’essence d'une pratique gravel (la mienne encore une fois). Tantôt sur route, tantôt sur chemin, j'aime alterner les revêtements (bien que ma préférence ait toujours été vers le coté nature). Dans cette optique, je conserve une préférence pour le diamètre 700, qui conserve un meilleur rendement. Certes, le vélo sera moins ludique, peut-être même un peu moins confortable. Mais que voulez-vous, le vélo, c'est toujours une histoire de compromis... Voilà, il ne vous reste plus qu'à faire votre choix.

EDIT : Très bonne remarque de l'un de nos lecteurs (ils sont forts nos lecteurs) : Au-delà de la taille du pneumatique, la taille de votre cadre influe aussi sur le comportement général du vélo. Si vous roulez sur une petite taille, XS ou S, le format de roue 650 pourrait très bien convenir. Le 700 pourrait avoir un effet contre-productif, en rendant la monture moins agile.

➡️ Plus d'infos sur les roues DT Swiss GR 1600 Spline.

Le saviez-vous ? : DT Swiss signifie Drahtwerke Tréfilerie Swiss. Si la compagnie suisse a été créée en 1994 (rachat de United Wireworks), les fondateurs Marco Zingg, Maurizio d'Alberto et Franck Böckman sont d'anciens cadres d'une tréfilerie dont l'histoire remonte au 17e siècle. La tréfilerie c'est la fabrication de fil d'acier. Dès le début du XXe siècle, cette société fabriquait déjà des éléments pour le vélo (garde-boue, rayons et jantes).

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