Gaya, vélo électrique biplace - une énième proposition de vélo longtail?

Gaya, vélo électrique biplace – une énième proposition de vélo longtail?

Gaya est une nouvelle marque qui débarque dans l'univers du vélo longtail. Un vélo électrique biplace (quoi que, pas vraiment¹) aux lignes arrondies. Est-ce encore une énième proposition de vélo électrique longtail, dans la désormais, relativement longue liste de fabricants qui se sont lancé sur ce marché ? La réponse ci-dessous, avec un peu de mauvaise foi, beaucoup de sincérité et de l'enthousiasme...

Gaya ? Xavier, je ne veux pas y aller

Gaya, une nouvelle marque de VAE débarque dans nos villes. Je le confesse, je n'avais pas une envie folle d'aller assister au cocktail de présentation. Le communiqué de presse ressemblait à un Bullshit Bingo. Une succession de clichés et éléments de langages éculés, lisez plutôt :


Le communiqué de presse reçu le 7 juin tenait exactement ces propos : "Gaya : Une nouvelle marque de vélos électriques connectés investit le marché des VAE multiplaces. Ces nouveaux vélos électriques, multiplaces, modulaires, connectés, confortables et accessibles ont été imaginés par Amélie Guicheney quand elle a eu son bébé il y a 2 ans dans le but d’améliorer « la » vie quotidienne, et ceci dans une démarche écoresponsable / écocitoyenne. Entreprise à mission, GAYA agit pour diminuer l’impact carbone, réinventer la vie urbaine, valoriser le savoir-faire français et rendre accessible cette « mobilité douce »."

Rien d'innovant dans le discours pour une marque qui se veut... innovante : "Connectés", "écoresponsables", "entreprise à mission", "ré-inventer la vie urbaine", "savoir-faire français". Toutes les cases sont cochées et franchement, à l'ouest et à la lecture de ce communiqué, rien de nouveau. Je peste et rechigne à la tâche. Un vrai mulet qui ne veut pas avancer. C'est sans compter sur la remontée de bretelles de Xavier.

la remontée de bretelles de Xavier

Jérôme, tu y vas ou je me fâche tout rouge

C'est à peu près en ces termes que Xavier m'invite à me rendre à l'atelier Gaya, au 93 quai de Valmy dans le 10ème à Paris, en ce mardi 14 juin 2022. Aussi, il me rappelle que depuis bientôt 15 ans, il parcourt le monde à l'affût de nouveautés vélos. Ce faisant, il a pu déniché les success story d'aujourd'hui. Il m'a aussi rappelé au-delà du discours, qu'il y aura certainement des éléments accrocheurs à dénicher en s'intéressant de plus près à cette nouvelle marque. Enfin il m'a flatté (le bougre, quel manager!) "Je sais que tu trouveras des trucs intelligents à dire sur cette marque, Weelz! compte sur toi. Le monde compte sur toi".

"le vélo c'est d'abord des hommes et des femmes et des rencontres et des aventures"

Clapping

Gaya c'est qui ?

J'y suis donc allé. D'autant que je le reconnais volontiers, le Gaya en photo possède un look bien à lui et intéressant. Je ne vais pas vous resservir les éléments de langage du communiqué de presse (c'est fait déjà, cf plus haut si vous avez oublié). Intéressons-nous aux personnes, parce que le vélo c'est d'abord des hommes et des femmes et des rencontres et des aventures (je pourrais écrire des communiqués de presse, je pense).

Gaya, c'est un peu de Jacques Bonneville (comme la Triumph, mythique !)

J'ai discuté avec l'un des deux fondateurs, Jacques Bonneville. Ingénieur automobile, il a passé douze ans chez MATRA, "la marque appartenait au Groupe Lagardère, je me suis occupé du développement de la gamme de vélos électriques, marque qui a été revendue au groupe Easy Bike en 2015". Notez qu'en 2010, le Matra I-Step Tourer a gagné le grand prix du vélo de ville, Xavier en parlait déjà, (comme quoi, quand Xavier me demande de me bouger parce qu'il le fait, lui, depuis 14 ans, il n'a pas tort).

Après Matra, il (Jacques, pas Xavier, soyons précis) offre ses conseils (en échange de rémunération quand même) à des entreprises actrices dans la mobilité électrique à deux roues. Trottinettes et vélos en libre-service de San Francisco à Taïwan. Il fait aussi un tour chez Peugeot, en qualité de Vice Président Electric Vehicles dans la division Motocycles. (Il ne me l'a pas dit, une enquête poussée sur Linkedin me l'apprendra). En résumé Jacques, le deux roues électriques, il connait et c'est rassurant quelque part puisqu'il nous propose des vélos à assistance électrique.

Gaya, c'est un peu d'Amélie Guicheney (comme Pierre l'écrivain et réalisateur)

Il n'y a peut-être aucun rapport entre Amélie et Pierre qui ont le même patronyme. Peut-être qu'il y en a un et pour tout vous dire, peu importe pour la suite de cet article consacré à Gaya. Amélie a fait ses armes dans la grande distribution, Sara Lee, Carrefour, Procter et Gamble. Aussi un passage de 7 ans chez Vertone (cabinet de conseil en stratégie) et un autre de 4 ans chez Evaneos (agence de voyages en ligne) lui donnent les bagages pour faire sienne ce motto proposé par Vertone : "Oser et se dépasser pour construire le monde de demain". Pour Amélie, le monde de demain sera à vélo (connecté, modulable, multiplace, confortable, accessible, etc..." (remontez sur la citation du communiqué de presse si besoin, c'est un peu plus haut).

Gaya, c'est aussi 6 autres salariés ou stagiaires

Ne m'en veuillez pas, je ne les ai pas tous rencontrés. Par contre, il est intéressant de noter que la marque existe depuis mai 2021, qu'aujourd'hui en juin 2022, il n'y a pas encore un vélo vendu sur le marché. Il y a malgré tout 8 personnes qui travaillent chez Gaya. Lancer sa marque de vélo, il faut des reins solides.

Gaya, est-ce un concept ?

Non, Gaya, c'est concret. Un magasin physique, comme dit plus haut, sur les -très transformés- quais du canal de l'Ourcq dans Paris 10. Ce lieu, baptisé atelier, est ouvert 7 jours sur 7 de 11h à 19h. Il sert de showroom, de bureau, de centre de tests, d'atelier pour monter les accessoires sur les vélos, pour entretenir les vélos, les réparer si besoin.

Un poteau et du beau matos pour bricoler

Gaya, distribution en direct (via le web donc)

L'une des promesses de la marque, être accessible. Cela signifie être disponible partout. Le web est donc tout à fait indiqué. Bien entendu, il faudra probablement passer par un réseau d'ambassadeurs/drices pour montrer, faire tester les vélos.

Accessible, c'est aussi le prix. Le Gaya Compact, prix catalogue, sans accessoires, est proposé à 1700€. Le Gaya Longtail (plus long) sort à 2300€. Cette deuxième version est environ 5% plus cher que la proposition de Décathlon sur un vélo au programme comparable, nous vous le mentionnions ici. Quand la proposition de la marque bleue intègre des accessoires, le vélo Gaya est nu, mais équipé d'un tracker (Velco) de série. A l'arrivée, les plus de l'un, compensent à peu près les moins de l'autre niveau prix.

Accessible enfin, c'est un vélo facile à prendre en main. Nous ne l'avons pas essayé. A l'œil, le vélo est posé bas sur ses roues de 20 pouces, probablement confortable avec ses pneus de section 2.4 et sa selle à ressorts. Le dessin, col de cygne à la Hollandaise va le rendre facile à enjamber, que vous portiez un jean ultra slim ou une jupe crayon (ni l'un ni l'autre ne sont idéaux pour pédaler soit dit en passant, la jupe crayon est probablement pire que le pantalon ultra slim). La marque annonce le vélo taillé pour une (ou un) pilote qui mesure entre 1m55 et 1m85... A l'œil encore, cela nous semble un peu ambitieux !

Gaya, un vélo électrique biplace, éclairé et connecté

Oui, l'une des particularité visuelle du vélo est la présence de cet énorme phare rond sous le panier avant, lui même affublé d'une paire de clignotants (qui sont présents aussi à l'arrière). Nous ne sommes, toujours pas persuadés de la pertinence de la présence de clignotants sur les vélos. Si cela rassure les propriétaires, grand bien leur fasse (à conditions qu'ils s'en servent correctement. Ce qui n'est pas gagné si l'on se réfère au mauvais usage des clignotants présents sur les véhicules motorisés et l'oubli fréquent de s'en servir). La présence d'un feu stop nous semble un peu plus pertinent à l'heure où les pistes cyclables sont de plus en plus encombrées.

Connecté ? Jacques me confirme qu'il y a une appli Gaya disponible sur iOS et Android. Je la cherche encore cette appli dans mon Apple store. Elle viendra plus tard ? Peut-être. Avons-nous besoin d'une appli pour se servir d'un vélo ? C'est l'autre question. Peut-être Jacques voulait me dire que c'est le tracker qui rend le vélo connecté. (Edit du 27/06/2022 : La marque nous informe qu'ils bossent dessus et que l'appli sera prête en même temps que le premier vélo).

et pourtant, il y a bien la mention de l'application mobile !

Transporter du monde avec des batteries françaises et un moteur chinois

Le Compact (et le Longtail) sont homologués pour transporter jusqu'à 160kg1 (ainsi qu'un édit en date du 27/06/2022 en pied de page suite à un message de la marque). Il se feront donc une joie d'être vos compagnons de route, à deux adultes (jusqu'à 3 enfants et un adulte pour le longtail), pour filer chiller le long du canal de l'Ourcq, jusqu'à... bien plus loin que Pantin (la marque annonce jusqu'à 100km d'autonomie). A ce propos deux batteries sont proposées au choix, 450 ou 600 Wh. Elles viennent de chez Gouach. L'entreprise bordelaise conçoit, fabrique et assemble ses batteries en France. Elle promet des batteries réparables, avec notamment le remplacement uniquement des cellules défectueuses.

La motorisation est confiée au chinois Ananda. Moteur dans la roue arrière développant 48V/250W fournissant jusqu'à 50 Nm de couple. A la vue des caractéristiques techniques du moulin, faudra probablement mouliner fort pour se dépatouiller de la jungle urbaine que le vélo soit chargé à bloc ou pas. Jacques, ancien de Valéo, aurait peut-être aimé équiper ses vélos en faisant travailler ses anciens collègues (oui il est passé chez Valéo), le prix public autour des 2000€ aurait été très difficile à tenir.

Dispo, bientôt

Les vélos proposés par Gaya ont une bonne bouille, le cadre alu est assez proprement soudé par leur usine asiatique (ils sont assemblés en Tchéquie). Ils proposent des solutions intéressantes comme la tige de selle télescopique, actionnable avec une manette située sous la selle.

Les pré-commandes des 400 premières unités, livrées courant septembre, sont faites "50% par des femmes, 50% par des hommes" aux dires de Jacques. L'entreprise ambitionne de vendre en 2022, 1400 unités. L'inspiration en terme de distribution, de business model vient "des vélos noirs proposés par VanMoof ou encore Cowboy. Nous souhaitons simplement proposer des vélos mieux pensés pour les familles aux couleurs pop et acidulés" (c'est encore Jacques qui le dit).

Faire fi des a priori

Oui j'ai bu une bière fraîche, oui l'accueil fut frais et enthousiaste. Oui les éléments de langages de ces marques sont agaçants. Même les premiers mots de Jacques pendant l'interview "nous proposons des vélos urbains, familiaux, militants" m'ont fait craindre le pire. Et oui je ne peux m'empêcher de demander "en quoi les vélos Gaya sont militants ?" La réponse est ainsi : "parce que nos vélos sont faciles à réparer, sûrs et modulables" (Jacques me décrit, selon moi, les qualités de n'importe quel vélo, militant ou non).

Il n'empêche, nous avons envie d'y croire. Le positionnement prix semble juste. Les propositions de design et d'équipement sont enthousiasmantes. Nous souhaitons sincèrement à Jacques, Amélie, leurs équipes, de réussir leur entreprise. Lecteurs et lectrices parisiens, nous vous invitons à aller faire un saut à l'Atelier, 93 quai de Valmy (vous allez finir par le savoir). Les autres, vous pouvez aller jeter un coup d'œil ici, sur le site de la marque, pour commencer.

1 EDIT du 27/06/2022. Le commentaire initial indiquait comme suit "160kg de poids total en charge autorisé. Sur le papier, c'est bien. Dans la vraie vie, calculez. Déjà il y a 22kg de vélo, il reste 138 kg de charge restante. Dans mon cas et mon quintal (à nu (et je pédale rarement nu. Les anglais le font, parfois (attention explicit content de cyclistes naturistes)), faut que je me trouve une épouse qui pèse maximum 38kg. C'est maigre quand même". La marque souhaite apporter cette précision le 27/06/22 : "Notre vélo a une charge totale autorisée de 185 kg. Les informations transmises portent sur la charge utile qui est de 160 kg. Par conséquent, si on reprend la démonstration : la charge totale autorisée = 185 kg - 2 kg de Batterie - 23 kg de Vélo = 160kg". Donc si on reprend la démonstration initiale, avec toujours mon quintal, je peux avoir un passager, ou une passagère de 60kg, si nous sommes tous deux nus (ce qui nous arrive rarement, sur un vélo).

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