Gobee Bikes, destruction en masse ou masse de mauvais vélos ?

Gobee Bikes, destruction en masse ou masse de mauvais vélos ?

Nous vous parlions récemment de cette entreprise franco-hongkongaise alors qu'elle désinvestissait les villes de Bruxelles, Lille et Reims. La cause de ce retrait avancée par la compagnie: un "vandalisme de masse" qui aurait fait disparaître 95% de sa flotte. Aujourd'hui, la firme Gobee Bikes se retire définitivement du marché français, et quitte sa dernière ville opérée, Paris.

Le vélo en free floating fait couler un paquet d'encre depuis quelques mois. Pouvoir prendre un vélo et le laisser "n'importe où", ce nouveau modèle de vélos libre-service sans bornes est, il faut l'avouer, diablement séduisant sur le papier. Mais tout comme leurs cousins "dockés", ces vélos n'échappent pas plus au vandalisme. Ils sont même une cible de choix pour le petit délinquant qui s'ennuie et qui voit comme une activité distrayante le fait d'éclater quelques roues ou de balancer une ou deux montures dans la rivière. On s'amuse comme on peut...

Une concurrence féroce

En business, vous avez souvent deux options. Arriver le premier et s'assurer un monopole. Mais dans ce cas-là, il faut être très bon. Ou alors, arriver le dernier, après que tous vos concurrents se soient casser la gueule. Mais cette-fois, il faut prendre son temps pour assurer un produit parfait.

Gobee, semblerait-il, a pris le chemin du milieu. Se jeter au beau milieu d'une horde de loups affamés à l'heure du déjeuner. Assurément, on y laisse quelques plumes... Et surtout, il faut pouvoir mettre en marche votre produit le plus rapidement possible et, le plus souvent, au détriment de la qualité.

En quand on parle de qualité, les utilisateurs Gobee.bikes se sont vite rendu compte de celle de leur monture. Un cadre tout mou, l'antivol-GPS tenant à peine, une application avec laquelle il était difficile de déverrouiller un vélo du premier coup et des roues prêtent à se voiler aux moindres chocs. Sur ces dernières, de nombreux tweets d'utilisateurs montraient clairement la très mauvaise qualité du rayonnage. Gobee s'est probablement fait flouer par son fournisseur.

Inutile de se voiler la face (ou la roue), le vélo proposé par Gobee n'était clairement pas adapté à un usage urbain, et encore moins prêt à un usage intensif dans le cadre d'un système de vélo libre-service.

Quand l'incivisme à bon dos

Pourtant, d'après le mail envoyé à leurs clients, Gobee ne fait jamais mention de la piètre qualité de ses vélos mais balance la faute à une incivilité de masse, qui aurait causé la perte de la quasi-totalité de sa flotte. Ils y font mention d'une population de jeunes mineurs qui aurait fait de la destruction de vélo leur passe-temps favori, relatant leurs méfaits sur les réseaux sociaux.

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Il est bien sûr difficile de nier cette incivilité, inhérente à ce type de service urbain, d'autant plus facilité par le fait que les vélos ne soient pas solidaires d'une borne. Mais un service comme Vélib (VLS à bornes) à lui aussi connu un vandalisme élevé, dès 2007, et est toujours en fonctionnement (enfin, plus tout-à-fait...).

Quant aux autres opérateurs free floating en France, s'ils reconnaissent un pourcentage de vandalisme sensible, ils ne semblent pas se plaindre outre-mesure. En tout cas, pas dans les proportions que semble avoir vécue Gobee.

Alors mettre tout cela sur le dos de cette simple raison parait un peu trop facile, surtout lorsque l'on voit la gestion qu'avait Gobee dans les villes opérées : pas de réels contacts avec la municipalité, pas ou peu d'équipe sur place pour gérer la flotte et encore moins de maintenance régulière.

Réactivité sans faille

"un vélo à l'épreuve du feu et une réactivité sans faille" Comme nous le disions dans notre précédent article, la clé du succès pour de tels services réside dans deux éléments primordiaux: un vélo à l'épreuve du feu (mais qui reste roulable), et une réactivité sans faille sur le terrain. Les vélos en stationnement gênant doivent être déplacés dans la demi-journée, les vélos vandalisés ou abîmés doivent être retirés immédiatement pour être réparé et remis en circulation le plus vite possible et assurer une flotte conséquente à disposition des clients.

D'autres opérateurs de vélos flottants l'ont bien compris. C'est le cas d'Indigo qui à, par exemple sur Metz, une équipe salariée pour gérer sa flotte. À Angers, le fleet manager de Pony Bikes est sur place et peut donc intervenir rapidement ou mobiliser son équipe.

Le vandalisme est donc un élément existant, qu'il est fondamental que l'opérateur prenne en compte. Mais il ne doit pas servir de seule excuse pour tout arrêter. L'arbre qui cache la forêt. Et on ne parle pas d'un incivisme à la française comme certains articles ont pu le relater. Gobee s'est également retirée de villes comme Bruxelles, Manchester ou encore Florence, en avançant les mêmes raisons. Si elle veux rebondir, Gobee ferait bien de revoir son modèle et s'assurer d'améliorer son concept, autant du point de vue utilisateur que produit.

Que vont devenir les vélos ? Dans les autres villes on l'ignore, mais il y a des chances que les municipalités devront mettre la main à la poche pour retirer les épaves. Quant à Paris, il semblerait qu'une association ait passé un contrat plus ou moins officiel avec Gobee pour récupérer l'ensemble de la flotte.

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