F3, l'autoroute cyclable la plus chère de Belgique — Weelz.fr
F3, l'autoroute cyclable la plus chère de Belgique

F3, l’autoroute cyclable la plus chère de Belgique

Au printemps dernier, la Belgique inaugurait l'ouverture complète de l'autoroute cyclable F3. Une infrastructure de 28 kilomètres qui relie la ville de Louvain à la capitale Bruxelles. Le dernier tronçon aura couté la bagatelle de 32,5 millions d'Euros, pour seulement 2 kilomètres. Il a fallu construire quatre ponts et un tunnel pour franchir autoroutes et voies ferrées. Voilà ce que ça donne quand le vélo est la cinquième roue du carrosse dans un projet d'infrastructures de transport.

F3 en Belgique, une autoroute cyclable et une vision décalée

32,5 millions d'Euros, ce n'est pas une paille. Comment peut-on justifier un tel coût pour une "simple" piste cyclable ? Tout simplement parce que le projet initial n'avait pas inclus le vélo dans ses premières phases de développement. Dès 2006, un programme de réfection et de construction de voies ferroviaires est initié. A l'époque, les décideurs pensent évidemment à profiter de ce chantier pour construire parallèlement des voies pour les véhicules motorisés. Mais rien pour le vélo.


Ainsi, lorsqu'il a été question de faciliter l'usage du vélo pour les habitants bruxellois et louvanistes, les aménageurs se sont retrouvés face à plusieurs problèmes. Il fallait franchir plusieurs routes et voies ferrées. D'où une facture finale légèrement salée. Ainsi, entre Louvain et Bruxelles, ce dernier segment de l'autoroute cyclable F3 a dû enjamber (ou passer sous) la route circulaire R0, l'autoroute A201 et trois autres routes secondaires. Ainsi, la construction de quatre ouvrages d'art (4 ponts et un tunnel) a été nécessaire. Il aurait été tellement plus simple d'avoir une vision vélo dès le départ...

L'ouverture de ce segment sur l'autoroute cyclable F3 a permis non seulement aux habitants de Louvain de rallier facilement la capitale belge à vélo. Elle donne également un accès cyclable et sécurisé à toute la zone d'activité située autour de l'aéroport de Bruxelles-National.

Un cas de jurisprudence pour la commission européenne

Ce type de projet est globalement financé par des fonds provenant de l'Union Européenne. Notamment, e programme TEN-T (Trans-European Transport Network), qui pilote le développement des infrastructures de transport dans toute l'UE. Il a été mis en place par le Parlement et le Conseil européen.

En décembre 2021, faisant suite au surcoût de l'autoroute cyclable belge, la commission européenne a fait modifier le texte du programme TEN-T. Dans les articles 19 et 31, on peut désormais lire : "Dans la promotion des projets d'intérêt commun liés à l'infrastructure ferroviaire/routière, l'attention est portée sur les points suivants : lors de la construction ou de la modernisation de l'infrastructure ferroviaire/routière, assurer la continuité et l'accessibilité des voies piétonnes et cyclables afin de promouvoir les modes de transport actifs."

Le texte en lui-même reste toutefois assez vague et permissif. Cela évitera-t-il d'autres exemples d'autoroute cyclable F3 au coût prohibitif ? Probablement pas. Rappelons que chez nous en France, la loi LAURE date de 1996 et demande peu ou prou la même chose ; que toutes nouvelles réalisations ou rénovations de voiries doit voir la mise en place d'itinéraires cyclables (pistes, marquages au sol ou couloirs indépendants). Nous sommes en 2022, et peu de choses ont évolué pour le vélo en deux décennies de réfections de voirie. En tout cas, nous, on irait bien faire un tour en Belgique pour tester cette nouvelle autoroute cyclable qui a couté si cher.

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Un coût élevé car le vélo n'a pas été pensé en amont

On entends déjà les adorateurs de l'automobile crier au scandale à propos de cette voie cyclable en or massif. Il faut reconnaitre qu'à 16 millions d'Euros du kilomètre, celle-ci explose tous les compteurs. Mais c'est simplement parce que le vélo n'a pas été réfléchi en amont. Voilà ce que ça donne quand les urbanistes délaissent les modes de transports actifs dans leur modèles de pensée.

En France, le coût de construction d'une autoroute (pour automobilistes) se situe entre 8 et 10 millions d'Euros du kilomètre. Une voie cyclable express (ou autoroute vélo), bien pensée dès le début d'un projet de réseau viaire, coutera environ 1,5M€ du kilomètre, dans un environnement urbain (source ECF).

Surtout, tout cela est aussi à mettre en corrélation avec toutes les externalités positives qu'apportent ces infrastructures cyclables : report modal de la voiture au vélo, donc moins de pollution, moins d'emprise sur l'espace public, plus de personnes en bonne santé, moins de chaussées qui s'abiment...etc etc. Rappelez-vous qu'un automobiliste coute cher à la société¹ tandis qu'un cycliste lui rapporte de l'argent. Si vous souhaitez en savoir plus, lire notre article ci-dessous.

¹ "Les automobilistes français ne couvrent en moyenne que 36% des coûts qu'ils font supporter à la société, révèle une étude de Bercy" - BFM.

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