[Étude] Shimano et le désir de vélo électrique en Europe

[Étude] Shimano et le désir de vélo électrique en Europe

Toujours et encore l'histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide. Le groupe Nippon (Shimano vous l'aurez compris) sortait une étude Européenne en octobre 2021 sur le désir d'utiliser ou acheter un vélo à assistance électrique. Et les conclusions sont encourageantes ou désolantes, ça dépend de votre soif. Et oui annoncer : "Un quart des européens interrogés se déclarent plus enclin (aujourd'hui par rapport à l'année passée) à utiliser ou acheter un vélo à assistance électrique." Est-ce une bonne nouvelle ?

Une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Shimano ou les intentions d'usages de vélo à assistance électrique en Europe
L'Europe des 12, comme les 12 pays étudiés par Shimano

Ça dépend comment on présente les résultats ! Si on déduit que les trois quarts des européens s'intéressent autant au VAE qu'à la couleur de leur première chemise. Et si en plus de faire des déductions, on regardait 2019 et 2020 ? Alors on se demande comment accueillir toutes ces informations. Avec joie ou dépit ? Nous sommes perdus. Nous vous proposons ici un rapide tour d'horizon sur les conclusions de ces études (1), que vous soyez perdus vous aussi. Perdons-nous, ensemble, pour mieux nous retrouver ?


Ce n'est une chemise mais une robe. Elle est de quelle couleur cette robe ?

Shimano et le vélo électrique, le contexte de l'étude

La base quand on évoque une étude, c'est de bien comprendre et rappeler la méthodologie, la taille de l'échantillon et ce genre de trucs. Shimano mandate donc la société de sondage YouGov, tous les ans (depuis 2019) pour conduire une étude consommateurs sur le sujet du vélo à assistance électrique. La première étude fut proposée en 2019 (3), celle de 2020 (2) fut conduite et rédigée au tout début de la pandémie; en pleine incertitude sur ce qu'il adviendra ensuite.

Un vélo électrique moteur Shimano Steps

Cette année, Shimano est allé dans 12 pays d'Europe (Autriche, Danemark, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Espagne, Suède, Suisse, Angleterre) et a interrogé plus de 14,000 personnes. Étude conduite en ligne entre le 19 et le 29 juillet 2021.

L'objet de l'étude reste sibyllin

Ce que nous ne savons pas (ou n'avons pas vu ou compris), est le positionnement de cette étude vis-à-vis du vélo musculaire. Les résultats sont donc bien à lire sur les intentions de la population européenne sur l'achat ou l'usage d'un VAE.

Par exemple, l'étude mentionne clairement "l'achat ou l'utilisation d'un VAE en remplacement d'un véhicule motorisé" avec par exemple ce chiffre : "42% des répondants pensent que l'utilisation ou l'achat d'un VAE est pour remplacer l'utilisation d'un véhicule motorisé". Nous ne savons pas s'il a été proposé dans le choix des réponses "un VAE ? en remplacement d'un vélo musculaire".

Le monde d'après est-il comme le monde d'avant ?

A en croire ces études, nous en avons bien peur. L'étude de 2019 est résumée ainsi "Un quart des européens expriment le désir de faire leurs trajets maison/boulot avec un VAE". L'étude de 2020 est résumée comme cela : "LE VAE en croissance à travers l'Europe, un européen sur quatre (un quart donc NDLR) est soit déjà usager d'un VAE, ou annonce en acheter ou en utiliser probablement un cette année". Et l'étude de 2021 ? le résumé est déjà mentionné plus haut, on vous le remet ici : " un quart des européens interrogés se déclarent plus enclin (aujourd'hui par rapport à l'année passée) à utiliser ou acheter un vélo à assistance électrique".

Bref, on reste sur un quart des européens sur les 3 ans. En 2021, ils sont plus enclins qu'en 2020. Ça nous fait de belles jambes. Et en trois ans, les 3/4 des européens n'ont, semble-t-il pas changé, d'un iota leur avis sur le vélo à assistance électrique.

L'autre quart va chercher un quart de rouge.

Si rien n'a changé, qu'est-ce que ça change ?

Tout. Ça change tout. Parce que si en 2019 un quart de la population européenne s'intéresse au VAE, en 2021, pareil un quart seulement. Pouvons-nous nous risquer à ce constat pas très corporate, voire même franchement maladroit : "Cette pandémie n'aurait donc servi à rien !".

Ça change tout, parce que le discours ambiant sur le vélo et son usage est quand même proche de la bamboche et l'auto-congratulation. Parce que oui, le vélo, serait la solution pour sauver la planète. On en parle là, Cop 26 à Glasgow. Sauf que le vélo serait une solution s'il était plus utilisé ! Donc peut-être qu'au lieu de nous trouver tous formidables, nous devons continuer inlassablement ce travail de lobbying plaidoyer.

Que disent les études sur 3 ans ?

En 2021, l'étude indique que la raison principale d'envisager l'usage d'un VAE, c'est pour ne pas avoir à se glisser dans les transports en commun.

En 2020, la motivation était d'augmenter les distances et le dénivelé (par rapport à quoi ? le VAE semble dans ce cas être considéré comme un loisir ou un sport par comme un mode de transport).

En 2019, ce n'est pas bien clair... "l'intention de passer au VAE", sans connaître le mode de transport abandonné il est bien difficile de proposer une conclusion, même si un peu plus bas, la motivation de rester en forme est la raison principale de 34% des répondants ; protéger l'environnement (30%) et faire des économies (30% également).

On peut imaginer (mais ce n'est qu'une supposition) que ce changement de mode de transport n'est pas d'un vélo musculaire vers un VAE. Mais soit un véhicule motorisé, soit les transports en commun.

Sur le même sujet  [Test] VanMoof X3, le vélo électrique hollandais compact et son univers connecté

En 2021, le e-bike serait la solution anti-transport en commun !

C'est la cata les gars ! C'est écrit noir sur blanc dans l'étude Shimano de 2021. 39% du groupe manifestant de l'intérêt pour le VAE, déclare s'y intéresser pour éviter d'avoir à prendre les transports en commun. C'est la cata, ou pas. Parce que lu autrement, 59% du groupe manifestant de l'intérêt pour le VAE s'y intéresse pour une autre raison que la fuite des TEC. Parce qu'ils mentionnent plus loin que 46% des intéressés par le VAE le sont pour éviter d'utiliser une voiture. Ce n'est que 46% de 25%...

Nous voilà rassurés les filles. Une conscience grandissante de l'urgence climatique est aussi une motivation importante (37% des répondants de moins de 24 ans déclarent que pour eux utiliser un VAE est un moyen de diminuer leur impact environnemental); les plus de 55 ans (du groupe se déclarant sensible aux charmes du VAE), s'intéressent au VAE pour remplacer un véhicule motorisé.

L'Europe c'est bien, et les Français dans tout cela ?

A quelques mois des présidentielles, on sent que c'est dans l'air du temps de se regarder le nombril, de ne penser qu'à sa petite trogne, de se replier. Alors offrons-nous un petit focus sur les réponses des Français.

  • 44% des répondants pensent que l'usage/achat d'un VAE est un bon moyen de réduire son empreinte carbone (Cet avis est partagé par 47% des femmes, 39% des hommes)
  • 38% des répondants pensent que l'usage/achat d'un VAE est une bonne alternative aux TEC (Cet avis est partagé par 30% des hommes, 46% des femmes)
  • Parce que le VAE est trop cher, il est considéré comme une raison valable de ne pas en faire/en acheter un, est la raison principale du désintérêt pour cette solution. 67% des répondants.
  • Les sentiment d'insécurité (manque d'infras cyclables) est une bonne raison de ne pas considérer le VAE pour 29% des répondants.
Faire une piste cyclable, un jeu d'enfants ?

Et pourquoi on ne considère pas le VAE en Europe ?

A quelques mois des présidentielles, s'élèvent des voix sur l'importance de l'Europe, l'importance de la solidarité, on sent que c'est dans l'air du temps de ne pas se regarder le nombril, de ne pas penser qu'à sa petite trogne, de ne pas se replier. Alors offrons-nous un petit focus sur les réponses des Européens.

Souvenez-vous, ne pas se sentir en sécurité sur la route est une bonne raison pour 29% de nos compatriotes (les français donc). Figurez-vous :

  • Au Danemark cette raison est de 12%.
  • Aux Pays-Bas (accrochez-vous) c'est 21%. Allez on se bouge les hollandais !
  • En Angleterre, c'est 41%

Que pouvons-nous conclure de ces études ?

Comme annoncé en introduction de ce billet. On peut conclure tout et son contraire. Il n'empêche, il y a malgré tout, (nous pensons) une certaine rigueur méthodologique dans la conduite de ces études. Malheureusement, les chiffres disponibles sur les trois années ne permettent pas de tenter de trouver un véritable évolution. Malheureusement, il manque des informations de contexte (le vélo électrique comparé à quoi ?). En revanche, il semble qu'il y a trois tendances qui ressortent en 2021 :

Si les européens devaient acheter un VAE :

  • Ils sont 25% à s'intéresser à un VAE de ville (plutôt que VTTAE ou e-gravel ou... e-cargo).
  • Ils sont 54% à penser qu'un VAE c'est trop cher (4).
  • 24% à penser que les infras ne les protègent pas assez.

Et les vraies questions restées en suspend avec ces études, restent... en suspend : les 3/4 des européens qui ne manifestent aucun intérêt aujourd'hui pour le VAE :

  • Comment se déplaçaient ils hier ?
  • Comment se déplacent-ils aujourd'hui ?
  • Comment se déplaceront-ils demain ?
  • La Porsche est-elle mieux en rouge ou en vert?
  • Mono ou double-plateau ?
  • Est-ce gravel ?

Tout n'est pas perdu

"L'impression que plus on en sait, plus on sait qu'on n'en sait pas beaucoup"

Comme souvent dans le monde merveilleux du bicloune, de la mobilité, active (passive), douce (dure). L'impression que plus on en sait, plus on sait qu'on n'en sait pas beaucoup. Ce que nous sentons aussi, et nous le voyons dans les médias généralistes, à l'approche des présidentielles, la mobilité du quotidien va être un enjeu national.

Certains auront une belle tribune médiatique pour tenter de rappeler que la voiture, son usage au quotidien reste une des solution préférée de nos concitoyens. Ces mêmes concitoyens étant des électeurs, il va falloir les caresser dans le sens du poil. Ce que l'on sait aussi, choisir le vélo, peu importe l'assistance électrique ou pas, pour se déplacer au quotidien, ou souvent, ou de temps en temps, c'est souvent et surtout une question de volonté. De choix.

(1) : Envie de lire cette fameuse étude Shimano, en anglais, filez par là.

(2) : Envie de lire cette fameuse étude de 2020 Shimano. En anglais, filez par ici.

(3) : Grosse envie de lire la première étude de 2019... filez là.

(4) : Et un vélo musculaire ?

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