[Étude] Mobilités - quand l'immobilier d'entreprise s'intéresse (enfin) au vélo — Weelz.fr
[Étude] Mobilités - quand l'immobilier d'entreprise s'intéresse (enfin) au vélo

[Étude] Mobilités – quand l’immobilier d’entreprise s’intéresse (enfin) au vélo

Enfin la mobilité à vélo va-t-elle être pensée différemment, désormais, dans le monde de l'immobilier d'entreprise ? Le cabinet Knight Frank, spécialiste de l'Immobilier d'Entreprise en France et à l'international, publie une étude française intitulée : "La révolution des mobilités douces - Un enjeu fort pour l'immobilier de bureau".

Immobilier d'entreprise : Et si le problème vélo n'était pas qu'au niveau des Ressources Humaines ?

Knight Frank - "La révolution des mobilités douces (et du vélo) - Un enjeu fort pour l'immobilier d'entreprise"
Knight Frank - "La révolution des mobilités douces - Un enjeu fort pour l'immobilier de bureau"

En juillet 2022, Léry Jicquel1 vous proposait dans nos colonnes un billet pointant du doigt les défaillances des directions des ressources humaines dans les politiques vélos des entreprises. Et Léry avait (il a encore) raison dans son analyse. A notre avis, elle peut être poussée un peu plus loin. C'est l'objet de cette étude proposée par le cabinet Knight Frank. Étude à laquelle nous avons apporté nos contributions.


Le vélo dans l'entreprise, une nébuleuse

Pour mieux comprendre, nous avons enquêté. Nous avons interrogé les messieurs et mesdames vélos de cinq entreprises. Cinq employeurs même pour être exact. Entreprises du CAC40, société de conseils en stratégie financière, agence de publicité, industriel de la cosmétique et enfin un service public qui s'intéresse à la géographie de notre territoire.

Ce qui en ressort ? Le vélo n'est pas forcément, ni exclusivement, un sujet de RH. Une fois, oui, notre interlocutrice est directrice des Ressources Humaines. Par ailleurs, notre discussion était avec une responsable des services généraux. La directrice de la politique RSE du groupe fut aussi notre interlocutrice. Une autre fois, c'était le patron et fondateur de l'entreprise (500 salariés quand même). Le dernier coup de fil ? La personne en charge de la logistique était le monsieur Vélo.

Le (la) monsieur-madame vélo de l'entreprise n'est pas nécessairement cycliste

Oui, le patron de l'entreprise qui s'est auto-proclamé -Monsieur vélo de la maison- vient à vélo au bureau et n'hésite pas à enfiler un cuissard le weekend. Un pratiquant assidu donc (le fait qu'il possède une cinquantaine de vélos peut probablement le définir comme passionné). Dans les autres cas, la pratique du vélo est très variable. Les connaissances aussi. Doit-on pour autant être vélotaffeur·euse convaincu·e et assidu·e pour mettre en place une politique vélo cohérente ?

Pratique et expertise vont-elles de paire ?

C'est une bonne question ça, n'est-ce pas ?! Et la réponse n'est pas si tranchée dans le monde de l'entreprise. Le billet de Léry part du principe que la DRH a la main sur l'ensemble des dispositifs à mettre en place pour devenir un Employeur Pro-Vélo (ou autre labellisation). Sauf que ce postulat de départ est partiellement erroné. Il oublie ce point : souvent l'entreprise n'est pas propriétaire de ses bureaux. Comment dès lors organiser un magnifique parking vélo hyper bien, si tu n'es pas propriétaire du foncier ? Et bien tu peux pas !

Le propriétaire du bâtiment, c'est lui qui a la main

"Les propriétaires ont une responsabilité sur la ville de demain"

Cette étude proposée par Knight Frank répond exactement à cet enjeu. Sensibiliser en amont l'ensemble des propriétaires (et leurs cohortes de conseil en architecture, en aménagement du lieu, en design). Cette étude leur démontre par A plus B qu'ils ont une responsabilité sur la ville (et la Zone Artisanale ou Industrielle ou Centre d'Affaires) de demain ; qu'ils sont un maillon essentiel à un système vélo pertinent, cohérent et gagnant. A quoi bon créer des milliers de kilomètres de pistes cyclables dans la ville, si la discontinuité de l'aménagement se fait au pied du bureau ? Si la cycliste et le trottinettiste se sentent autant les bienvenus avec leurs spads et autres draisiennes électriques au bureau qu'un chien dans un jeu de quilles ?

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Synchroniser l'asynchrone

"A quoi bon créer des milliers de kilomètres de pistes cyclables dans la ville, si la discontinuité de l'aménagement se fait au pied du bureau ?"

"On observait une certaine timidité de nos clients sur les sujets de la mobilité douce (ou active). Au-delà de la timidité, une méconnaissance du sujet." - David Bourla

David Bourla, associé et directeur de la recherche chez Knight Frank, avec qui nous avons échangé à plusieurs reprises, nous le confiait en ces termes : "Notre métier d'agent immobilier en bureau nous amène à observer la ville et les citoyens. Le bâti et les usages. On sentait bien qu'il y avait deux temporalités différentes. L'immédiat, le maintenant. Le quotidien. Avec les modes de déplacements qui ont été bouleversés ces deux dernières années. Des publics qui ont fait leur transition de mobilité et qui sont en attente d'aménagements et surtout d'être pris en considération, tout de suite. Ce n'était plus possible de mettre le sujet vélo sous le tapis."

"De l'autre côté, nos investisseurs qui sont sur des temps très longs. Quand un bâtiment de 5000 mètres carré est rénové, il est pensé pour les 20 années à venir. On observait une certaine timidité de nos clients sur les sujets de la mobilité douce (ou active). Au-delà de la timidité, une méconnaissance du sujet. Et pour nous c'était extrêmement frustrant. C'est pour cela que nous sortons cette étude. Pour leur montrer que la mobilité douce/active/micro devient un enjeu majeur. Pour la valorisation de leur bien mais aussi pour le dessin de la ville de demain" continue-t-il.

Il ajoute : "Le vélo était perçu comme un problème mineur et comme une solution coûteuse. Comme une perte de rentabilité du mètre carré. Nous sommes convaincus qu'en 2022 et encore plus dans les années qui viennent, c'est le contraire. Il faut juste penser "vélo" dès le début."

Le bâti, c'est comme la chaussée

Nous ne pouvons qu'approuver les dires de David. Pour cela il suffit de constater les aménagements cyclables de nos villes. Nos urbanistes et aménageurs ne peuvent que composer avec l'existant. Alors ils rétrécissent comme ils peuvent les chaussées pour faire cohabiter comme ils peuvent les différents usagers de la route. Ils suppriment des places voitures et mettent des places vélos. Parfois c'est bien fait. Souvent on sent que la mise bas est douloureuse.

Penser un bâtiment cyclable, du pain béni pour les DRH

Quand les propriétaires fonciers intègrent (intégreront) dès la conception de la rénovation du bâtiment les mobilités (douces, actives, micro) dans l'aménagement et la philosophie du bâtiment. Alors ensuite, les DRH, locataires de ses bureaux auront devant eux un boulevard pour proposer une politique de vélos de fonction, de formations cyclables, un forfait Mobilité Durable généreux, une acculturation au vélo (et aux trottinettes, ne soyons pas condescendants).

Un jour, le plus grand parking à vélo du monde à Utrecht vous paraitra tout petit par rapport au parking vélo de votre boite (on peut rêver non ?)

On se prend à rêver. Bientôt les pistes cyclables continueront jusqu'au parking vélo du bâtiment. On se prend à rêver. On n'aura plus à se demander si un parking vélo pour les visiteurs est prévu. On se prend à rêver d'un service "lavage express" de notre vélo proposé dans ses bâtiments (et si l'opérateur/trice peut remettre un peu de pression dans les pneus au passage, c'est encore mieux). On se prend à rêver que le vélo au bureau, évidemment. En attendant, vous pouvez lire l'étude juste là.

1 Léry c'est Vélook et le Concentré Vélo notamment (pour vous abonner à sa newsletter, on vous laisse trouver le chemin tout seul. Elle est très bien sa newsletter mais comme Weelz en propose déjà deux, à vous de voir s'il vous en faut d'autres ! ;) )

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