[Étude] Mobilité et centre-ville, un rééquilibrage de l'espace public

[Étude] Mobilité et centre-ville, un rééquilibrage de l’espace public

Une nouvelle étude réalisée dans la métropole de Lille démontre à nouveau les idées reçues des commerçants de centre-ville sur la place de l'automobile et le souhait des clients d’accéder à des mobilités alternatives telles que la marche, le vélo ou les transports en commun. L’enquête a été menée auprès des clients des centres-villes de Lille et de Saint-Omer. Détails dans la suite du billet.

Plus on contraint l'automobiliste, plus il modifie sa mobilité (et il vient toujours)

En 2019 déjà, Mathieu Chassignet, ingénieur mobilités durables, parlait de dogme et souhaitait en finir avec le "no parking, no business". Nous résumions une étude du CEREMA sur la mobilités et les commerces dans cet article. Cette nouvelle étude confirme que cet adage à la vie dure. Les propriétaires de commerces en centre-ville demeurent persuadés que leurs clients sont en grande majorité des automobilistes venus consommer chez eux. Il ressort de cette enquête que la réalité est plus complexe.


"les villes ayant osé réduire l’omniprésence de la voiture sont celles dont le commerce de centre-ville se porte le mieux"

Mathieu Chassignet, ingénieur mobilités durables

ZFE, zones 30 km/h, piétonisation, réduction du stationnement... l'ingénieur urbaniste le répète : "les villes ayant osé réduire l’omniprésence de la voiture sont celles dont le commerce de centre-ville se porte le mieux". Dans cette nouvelle étude, il a souhaité mettre en place une méthodologie différente, sur la base d'une véritable enquête sur le terrain. Celle-ci a été menée par un groupe de trois étudiants de Sciences Po Lille en octobre 2021.

La grande majorité des clients viennent à pied, à vélo ou en transports en commun

Moyen de transport utilisé par les clients du centre-ville à Lille
Moyen de transport utilisé par les clients du centre-ville à Lille

Des statistiques qui permettent de clairement relativiser l'importance de la voiture dans le schéma de mobilité des clients. Il apparait que 42% d'entre-eux sont des piétons, 5% sont des cyclistes et 21% sont venus via les transports publics. Ainsi, l'automobiliste ne représente que 21%, soit moins d'un quart de la clientèle des commerces du centre-ville. Autre idée reçu qui prend du plomb dans l'aile : que les clients viennent de loin pour effectuer leurs achats. Les chiffres de l'étude montrent que 63% des clients sont des habitants de Lille, et 6% de la première couronne lilloise (environ 5km du centre).

Les alternatives à la voiture favorisent le commerce

Autres données très intéressantes. L’enquête relève que 87% des automobilistes interrogés déclarent utiliser également d’autres moyens de transport pour se rendre dans le centre-ville lillois. Surtout, ils sont 70% à indiquer que s'ils n'avaient pas pu se rendre en voiture dans le centre-ville, ils seraient tout de même venu par un autre moyen. La preuve que les élus qui ont fait le choix de contraindre de plus en plus la place de l'automobile prennent des mesures de bon sens. La fameuse théorie de l'évaporation des voitures se confirment. Plus les mesures sont contraignantes envers l'automobiliste, plus il va se tourner vers d'autres alternatives, plus les mentalités évolueront.

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Si la Presse fait son chou gras de "l'enfer" de la ville et de l'impossibilité de circuler pour l'automobiliste, cette étude lilloise montre que finalement, l'automobiliste juge l’accès et le stationnement en centre-ville plutôt facile. Encore une idée reçue à laquelle l’enquête tord le cou. Interrogés, les clients automobilistes sont 72% à juger que l'accès au centre-ville était facile. Ils sont 61% à ne pas avoir eu de difficultés à trouver un stationnement. Il semblerait que la municipalité de Lille ait donc encore du travail pour rééquilibrer son espace public en faveur d'autres modes de transport moins polluants (et moins sédentarisants).

Mesure prioritaire pour l'attractivité du centre-ville
Mesure prioritaire pour l'attractivité du centre-ville

D'ailleurs, autre donnée chiffrée que démontre l'étude : seuls 23% des participants à l’enquête estiment qu’il faut faciliter la circulation et le stationnement automobile. Une très grande majorité donc (77%), souhaite un renforcement des mobilités alternatives, un apaisement et un meilleur partage de l'espace public. Parmi les automobilistes, ils sont encore 56% à se prononcer en faveur de mesures qui peuvent s'avérer contraignante pour la place de la voiture (trottoirs plus larges, place du vélo, végétalisation).

Les villes moyennes réclament des alternatives à la voiture particulière

L'étude menée par Mathieu Chassignet et ses trois étudiants s'intéresse également u centre-ville de Saint-Omer, sous-préfecture du département du Pas-de-Calais avec environ 14 000 habitants (70 km de Lille). La prédominance de l'automobiliste ne fait pas de doute : 60% des interrogés déclarent se rendre en voiture dans le centre de la bourgade (38% sont tout de même des piétons). Surtout, ils sont 77% à indiquer qu'ils ne seraient pas venus s’ils n’avaient pas pu venir en voiture.

L'hégémonie de la voiture vient principalement du manque d'alternatives crédibles. Toutefois, l'étude soulève un point intéressant. Si les participants à cette enquête sont encore 39% à vouloir continuer de faciliter l'accès automobile, ils sont 55% à considérer qu'il faudrait développer des alternatives à la voiture particulière - trottoirs plus larges et moins encombrés (10%), transports en commun plus efficaces (13%), transports en commun gratuit (16%)...

Une méthodologie à reproduire

Mathieu Chassignet indique que cette enquête réalisée sur le terrain a permis d'obtenir des statistiques manquantes jusqu'à présent. "Les résultats montrent que la requalification de l’espace public pour le rendre plus partagé, apaisé et végétalisé correspond à une demande forte des clients." déclare-t-il. L'ingénieur invite ceux qui le souhaitent à reproduire ce type d'étude dans d'autres villes. Selon-lui, il est important de mobiliser toutes les parties prenantes locales, en particulier les associations de commerçants et élus de la commune. Il met d'ailleurs à disposition le questionnaire complet, juste ici.

Retrouvez les résultats complets de l'étude sur le blog de Mathieu Chassignet "Pour une mobilité durable et solidaire" (via Alternatives économiques).

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