États Généraux de la Filière Vélo, des assises du vélo debout sur les pédales — Weelz.fr
États Généraux de la Filière Vélo, des assises du vélo debout sur les pédales

États Généraux de la Filière Vélo, des assises du vélo debout sur les pédales

C'était mardi 15 novembre 2022, rendez-vous était donné à l'ensemble de la filière économique du vélo pour une présentation des assises du vélo ou encore les États Généraux du vélo. C'était au ministère de l'économie, à Bercy et nous avons pris quelques notes. Nous y sommes allés à coup de pédales. Vous avez probablement vu et lu ici et là des retours dithyrambiques sur cette matinée. Nous avons une lecture un peu différente de cette matinée. Madame Borne, n'hésitez-pas à lire cet article avant votre prochain comité interministériel vélo le 2 décembre prochain.

Assises du vélo, ça commence mal

Nous prenons le parti dans ce billet d'être critique sur ce que nous avons vu, entendu pendant ces 5 heures assis dans cet amphithéâtre du ministère. Nous l'assumons. Pas grand monde d'autre que nous (la presse en général et nous avons la prétention de croire, nous, Weelz!, en particulier) n'est en position de le faire. Les fédérations et autres institutions qui œuvrent et militent au quotidien pour soutenir la cause vélo ne peuvent pas se positionner ainsi, puisqu'elles sont parties prenantes dans cette matinée et ce programme. On ne mord pas la main qui nous nourrit comme dirait l'autre. Aussi elles font plutôt bien leur travail d'influence politique. Elles manœuvrent habilement et il convient de le reconnaître.


Nous recevons l’e-mail de rappel de ces assises du vélo, la veille. Message qui se termine ainsi : « si vous venez à vélo, trouvez un parking à côté du ministère sur votre appli préférée »… Dis autrement, "démerdez-vous et n'oubliez pas vos cadenas". Bien entendu, une majorité de l'assistance, vient à vélo. Vous l'aurez deviné, ils sont nombreux à avoir un vélo pliant comme bagage. Les cerbères des douanes, à l'entrée, ont leurs consignes : "les vélos sont interdits". Nous sommes à deux doigts de vivre une bronca.

Il va donc falloir remuer ciel et terre pour considérer ces vélos comme des bagages et non des objets dangereux qui vont circuler dans la cour intérieure du Ministère. L'administration a probablement envisagé de créer un formulaire administratif pour dédouaner le douanier de toutes responsabilités si jamais le vélo pliant allait être utilisé comme un vélo bélier dans l'enceinte du bâtiment. Le douanier, très aimable et très costaud aussi, nous explique dépité : "les consignes concernant les vélos changent à peu près tous les jours, soyez les bienvenus au ministère".

Ça commence mal et c'est agaçant

L'objet de ses états généraux du vélo est bien de présenter les actions identifiées pour soutenir et développer la filière économique du vélo en France. C'est évidemment réjouissant d'être convié au cœur de notre administration fiscale. L'ensemble des militants vélos serinent à longueur de journée nos hommes et femmes politiques d'un langage "système vélo".

Dit autrement, le vélo il faut le penser comme un tout. Chaque maillon de la chaîne manquant casse la dynamique. A propos de cet épisode des vélos dans l'enceinte du Ministère de l'économie, si j'étais vulgaire, j'emprunterais l'image de l'action d'uriner dans un violon. Je ne suis pas (toujours) vulgaire, j'évite donc cette analogie. Quand même, c'est un énorme PATATRA.

Parking vélos gratuit surveillé - Quatre mots magiques (Gardent-ils le vélo de M'Bappé ?)

A la première occasion, avant même de gravir la première marche, le système vélo s'écroule ! "Vos vélos ne sont pas les bienvenus" et "on ne sait pas les gérer" est donc le message transmis par l'Administration. Dans les faits, le supporter du PSG est mieux considéré s’il vient à vélo assister aux matchs au Parc des Princes, que les 200 individus, acteurs économiques ou institutionnels de la filière vélo, qui viennent assister aux états généraux du vélo, à vélo ! N'était-ce pas là une opportunité de promouvoir un service comme Wheelskeep ? Une magnifique façon de démontrer que l'avenir du vélo passe aussi par le service, humanisé et digitalisé ? Une façon habile de démontrer qu'il y a des solutions, en plus du marquage vélo, pour lutter contre le vol de nos vélos ?

Cinq ministres, un député et un moment de grâce

Roland Lescure, ministre de l'industrie

"J'aime le vélo. Et toi Clément ?"

Ha ça, du ministre tu en veux, en voilà. Pas moins de cinq vont défiler sous nos yeux. Roland Lescure, ministre de l'industrie ouvre la session. Instant émotion quand Roland nous raconte par le menu ses souvenirs d'enfant, lorsque son père a retiré les petites roues stabilisatrices. Roland roule et du haut de ses quelques années, il est "fier comme Artaban".

Une fois que notre ministre de l'industrie a bien dit "j'aime le vélo"1 pour les raisons que nous connaissons tous, il pose quelques constats et fixe des objectifs (Un cap !) : qu'à terme, un tiers des vélos roulant en France soient des vélos "made in France". Il nous invite avec cette formule "faisons du vélo, faisons des vélos" (est-il allé à Saint-Étienne à la Cité du Design ?). Il souhaite que nous "rest[i]ons populaires". Que l'industrie du vélo fasse un grand retour dans les territoires (est-il allé à Saint-Étienne à la Cité du Design ?). Aussi il lance un défi : "que l'on se retrouve l'année prochaine avec un vélo 100% made in France, 100% éco-conçu et "100% pas cher2"". A part ça ? Pas d'annonce.

Un défi ridiculement ambitieux

Selon nous, ce défi est une jolie formule politique. Un peu du même niveau de l'annonce d'Anne Hidalgo qui veut un "Paris 100% cyclable". En l'état, c'est impossible. Sommes-nous capables de produire, à prix concurrentiel de l'acier, du bambou, du carbone, de l'aluminium ? Sommes-nous capables d'ouvrir une usine de dérailleurs Simplex (ou équivalent), de freins MAFAC (ou équivalent) dans les mois qui viennent? Sommes-nous capables d'avoir des cadreurs formés et en nombre ?

Photo bidon - Roland Lescure et Clément Beaune trinquent à la santé des cyclistes ?

La volonté d'un vélo 100% éco-conçu, pourquoi ? Produire un vélo est, de par la nature de l'objet, déjà pas si mal en terme d'impact écologique si on le compare à nos voitures, trains, bus et autres trottinettes. Même raisonnement sur le 100% pas cher. Un vélo est en soi un véhicule accessible financièrement (même s'il l'est de moins en moins il est vrai). L'industrie du vélo souffre malgré tout du manque de valeur perçue auprès des citoyens. Faut-il vraiment aller jouer sur les plates-bandes des autres pays ?

Ces trois objectifs ne peuvent pas cohabiter. L'éco-conception est de toutes façons plus cher que la non-éco-conception. Commençons par produire des vélos en France. Le reste, on s'en occupera après non ?

Clément Beaune, ministre délégué chargé des Transports

Clément Beaune emboîte le pas. Il est à deux doigts de recadrer son collègue Roland Lescure. Mais non, il ne le fait pas. Nous ne sommes pas au fait de la hiérarchie des ministres dans le protocole ministériel. Roland semble plus proche de Jupiter que Clément.

Le ministre délégué auprès du ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, chargé des Transports (c'est son titre officiel), tient néanmoins une remarque très juste lorsqu'il précise : "les souvenirs d’enfances à vélo, c’est la chance et la malédiction du vélo". La chance parce que tout le monde ou presque a un souvenir romantique, poétique, joyeux ou insouciant d'un moment à vélo. Sa malédiction parce que ces souvenirs cantonnent cet objet à une projection d'engin pas sérieux, fait pour s'amuser et non se déplacer. Nous ne pouvons qu'acquiescer.

Clément Beaune une semaine avant au lancement de la fédération professionnelle de la cyclologistique
Photo : Céline Morin - Les Boites à vélo

Clément est ministre des transports, pas des loisirs. Il nous rappelle que le vélo n'est aujourd'hui qu'à 4% de part modale en France. Il se montre néanmoins plutôt enthousiaste sur ce qui est pour lui la première victoire des influenceurs lobbyistes du vélo : avoir réussi à mettre fin à ses prêches dans le désert. Pour Clément Beaune, "le vélo n’est plus anecdotique". Notez que nous sommes à deux doigts de proposer à Clément un give me five, puisque nous l'avons aussi croisé la semaine d'avant pour l'inauguration de la fédération professionnelle de la cyclologistique. A part ça ? Pas d'annonce.

Sarah El Haïry, Secrétaire d’État en charge de la Jeunesse et du SNU

Sarah n'était pas avec nous, sa prise de parole, par écran interposé. Une vidéo de 5 minutes pour commencer par paraphraser, ou presque, les propos de Roland Lescure (vélo, souvenir, enfance, liberté etc). Nous rappeler que le SRAV (Le Savoir Rouler à Vélo) est une réponse pertinente aux enjeux identifiés. Enfin elle nous rappelle que la filière vélo peut compter sur son soutien indéfectible. A part ça ? Pas d'annonce.

Qu'ils sachent faire du vélo ou qu'ils en aient envie ? Les deux peut-être.

Amélie Oudéa-Castera, Ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques

La ministre Amélie Oudéa-Castera nous rappelle par le menu l'ensemble des événements sportifs vélos qui vont venir sur nos terres dans les années à venir. Les plus proches de nous sont cette semaine au vélodrome de Saint-Quentin en Yvelines (UCI Tracks Champions League). D'autres, plus attendus (et redoutés ?) étant les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Enfin, les plus variés aussi, les Championnats du monde UCI de BMX qui se sont tenus à Nantes en juillet 2022 ; ou encore les Championnats du Monde UCI de cyclisme sur route en Haute-Savoie en 2027 ! La France, une vraie terre d'accueil du vélo sportif.

Amélie Oudéa-Castéra

Bien entendu, le Tour de France a été évoqué, le plus grand événement sportif dans le monde qui est gratuit pour les spectateurs. Cyclisme et bicyclette, Amélie y voit de "belles passerelles". Tellement belles passerelles qu'elle annonce le chiffre de 8% de part modale du vélo en France actuellement. Du rêve à la pas réalité, même si on aimerait tous tant ! Retenons plutôt sa conclusion autour du "rêve de victoires et le plaisir de rouler". A part ça ? Pas d'annonce.

Christophe Béchu, Ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires

Christophe Béchu

Il vient conclure cette trèèèès longue matinée. L'ancien maire d'Angers prend un malin plaisir à le rappeler : le premier plan vélo fut présenté dans sa ville par Edouard Philippe. Ce dernier était alors premier ministre, venu au débotté présenter le plan vélo à la place de Nicolas Hulot, Ministre de l'écologie tout juste démissionnaire. Christophe savoure. Pour une fois, il peut faire un discours sur l'écologie en étant accueilli avec enthousiasme. Il nous rappelle en 4 ans, l’État a dépensé ce qui était prévu sur 7 ans ; il confirme l'investissement de l’État va continuer dans ce sens.

La filière économique du vélo en quelques chiffres (parfois discutables)

Enfin les premières (et dernières) annonces arrivent. Il était temps, il est 13h00 passées. Nous sommes assis depuis 9H. Le tourisme à vélo concernerait 22 millions de nos concitoyens (en déclaratif). Une enveloppe de 6,5 millions d'euros via l'ADEME va être débloquée "pour soutenir des lieux d’accueil vélo".

Aussi il confirme que 2 millions (Edit du 20 /12 : lire 2 Milliards) d’euros sont prévus pour l’aménagement du territoire. "Le vélo est intégré" nous dit-il sans mettre sa main sur son cœur. En y repensant, il y a donc bien 6,5 millions d'euros pour le vélo. Le vélo tentera de récupérer quelques miettes sur l'enveloppe pour l'aménagement du territoire. Poussés par Amélie, Clément, Sarah et Roland ?

Guillaume Gouffier-Cha, député du Val-de-Marne

Guillaume Gouffier-Cha lors de la remise de son rapport parlementaire sur la filière vélo aux ministres en place en février 2022

Il est celui qui a porté le rapport parlementaire sur le développement de la filière économique du vélo. Celui qui initie le mouvement finalement. Il s'est découvert une nouvelle passion pour le vélo. Nous le savons de sources sûres, il est un heureux et fier propriétaire d'un longtail Douze LT. Tous les échanges ou presque qui ont eu lieu en cette matinée sont des itérations autour des points qu'il a identifié dans son rapport rendu en début d'année 2022.

On peut dire que son rapport est formidable. Aussi, on peut penser qu'il y a un sacré nombre d'oublis dans ce rapport. Si vous en doutez, faites comme nous cet exercice tout simple de compter combien de fois le mot "cyclisme" est mentionné dans ce rapport de 82 pages, et identifiez dans quel contexte. Ou encore le mot "BMX" ou "pumptrack". La mention du gravel apparait-elle dans ce rapport ? Nous vous laissons chercher. Nous cherchons encore.

Assises du vélo, soudain, le moment de grâce

Ce moment viendra de Stéphane Volant, invité à s'exprimer lors de la dernière table ronde, avant la prise de parole de Christophe Béchu. Stéphane est (entre autres) l'actuel Président de Smoovengo. Il fut aussi secrétaire général de la SNCF. Lors de l'échange avec le public, ce dernier s'alarme, il "reste sur sa faim" pour reprendre les termes de David Jamin, Directeur Général de MFC. "C'est quoi la suite demande-t-il ?". Notez, les quelques minutes d'échanges avec l'assistance ont eu lieu avant la conclusion de Christophe Béchu.

Le parking vélo est certainement derrière...

Stéphane Volant prend le micro et fait ce constat. "C'est vrai nous n’avons pas parlé d’Euros pendant ces États Généraux. Il y a quelques centaines de millions d’euros pour le vélo. Pour le ferroviaire on parle en milliards". Il ajoute cette analyse : "Quand j'étais à la SNCF on constatait cela : plus la population est éloignée des gares et plus elle vote pour les extrêmes".

"Investir dans le vélo, c'est un investissement économique. C'est aussi investir pour la démocratie."

Stéphane Volant
Stéphane Volant tient la barre

Stéphane explique qu'il y a un enjeu fondamental a offrir l'opportunité à tous les français d'avoir une mobilité facilité et organisée (il se souvient certainement de la naissance du mouvement des gilets jaunes). Pour lui et tout le monde dans la salle, le vélo est une des solutions pertinentes. Il conclut sur ses mots gracieux et si vrais : "Investir dans le vélo, c'est un investissement économique. C'est aussi investir pour la démocratie."

États Généraux de la filière économique du vélo, le temps long de la politique

Organiser les États Généraux de la filière économique du vélo en France en septembre 2022 était l'un des engagements du député Gouffier-Cha. Ils ont eu lieu en novembre (on n'est pas à deux mois près). Nous avons un peu l'impression qu'ils ont eu lieu, pour pouvoir cocher la case de l'engagement politique tenu.

Si vous étiez vulgaires vous pourriez trouver que ce billet sent un peu le "pisse-froid jamais content". Mais vous ne l'êtes pas. Et puis comme nous, vous savez qu'entre février, la date de la remise du rapport de Guillaume Gouffier-Cha et le mois de novembre 2022, il y a eu des élections présidentielles, un gouvernement Borne 1, des élections parlementaires, un gouvernement Borne 2. Le temps de la démocratie peut parfois être et sembler long.

"on attend les annonces pour passer des États Généraux du vélo à un État Généreux pour les vélos"

Lors d'une telle matinée, on sent bien que le sujet vélo est l'un des seuls sujet enthousiasmant et réjouissant sur lequel tous les ministres souhaitent se positionner. Nous faisions l'exercice d'imaginer pourquoi le vélo est un sujet qui devrait concerner l'ensemble des ministres. Qui pour porter le sujet ? Qui pour coordonner tout cela ? Élisabeth Borne va arbitrer en pilotant le premier comité interministériel vélo à venir, le 2 décembre. Ensemble, on attend les annonces pour passer des États Généraux du vélo à un État Généreux pour les vélos ?

Je ne peux conclure ce billet sans mentionner que cette matinée était organisée par l'APIC. Bien entendu, je ne peux également terminer ce billet sans mettre un peu d'eau dans mon vin. Encore une fois, en ce qui concerne les politiques et le vélo, ils s'en saisissent, enfin, pour nous proposer une politique vélo ambitieuse. A nous tous, vous tous de vous impliquer, chacun à son niveau, avec ses envies et sa vision pour que cette France cyclable soit un succès.

1 Son collègue le ministre de l'économie, Bruno Lemaire, lui il "aime la voiture, il adore la voiture" (et le vélo aussi certainement).
2 "100% pas cher" est notre façon d'exprimer rapidement l'idée de Roland Lescure d'un vélo bon marché, accessible à tous.

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