La voiture, une espèce en voie de disparition?

La voiture, une espèce en voie de disparition?

Qui peut bien penser cela?

Comment peut-on écrire un tel sous-titre en 2018 ? Telles sont les questions que j'avais en-tête en lisant ce livre. Il faut dire que je me sentais obligé de lire ce livre "Éloge de la voiture - Défense d'une espèce en voie de disparition" écrit par Thomas Morales et paru aux éditions du Rocher.

Je me devais de le lire, non par compassion pour cet objet qui ne semble pas tant que cela sur le point de disparaître dans nos villes, sur nos routes. Aussi, au vu de l'affluence qu'il y a eu au salon de l'auto qui a fermé ces portes il y a quelques semaines, en affichant un record d'affluence quasi historique, avec un peu plus d'1 million de visiteurs, je n'ai pas l'impression que la voiture soit en manque de fidèles. Et si elle venait à disparaître, ils devraient donc être plus nombreux à manifester leur colère et désarroi que les défenseurs des éléphants.


J'ai lu ce livre :

  • Comme une petite étude sociologique,
  • Avec curiosité pour tenter de comprendre ce qui est dans la voiture et qui n'est pas dans le vélo,
  • Tenter de comprendre les recettes du succès de la voiture qui pourraient être transposées au vélo.

D'entrée de jeux, je peux vous affirmer que lire ce livre n'a pas été très difficile. C'est écrit en relativement gros caractères. Les chapitres sont courts. Il n'y a pas trop de références à des études compliquées. Dire que j'ai fait un agréable voyage serait peut-être pousser un peu loin, mais, non, honnêtement ça se lit bien.

Pour comprendre un peu mieux, qui peut bien penser en 2018 que la voiture est une espèce en voie de disparition, il faut peut-être commencer par connaître un peu mieux l'auteur.

Qui est donc Thomas Morales ?

Il faut avouer qu'oser sous-titrer un livre en 2018 en déclarant que la voiture est une espèce en voie de disparition, c'est soit complètement idiot, soit un bon coup marketing, soit faire preuve d'un bon sens de l'humour, soit être dans le déni le plus complet. Les 4 en même temps? Impossible, à moins que l'on considère qu'il est possible d'être drôle malgré soi, de faire un bon coup marketing sans s'en rendre compte.

En achetant ce livre je me dis qu'il doit être écrit par un de ces vieux pilotes, d'un autre âge, d'une autre époque. Et bien non. L'auteur Thomas n'est pas un vieux de la vieille, à moins qu'être né avant 1975 nous mette déjà dans la catégorie de vieux grabataires.

Thomas est né en 1974, je suis né en 1973. Nous avons donc tout deux été bercés au son de la 504 Peugeot ou Renault 5 turbo 2. Et la Renault 8 Gordini nous évoque à tous les deux quelque chose. Nous avons cela en commun.

"Monsieur Thomas Morales a bloqué le compteur aux années 1980"

Aussi Monsieur Morales n'en est pas à son premier coup d'essai, c'est un auteur prolixe, un rapide coup d'œil sur le site de la Fnac et une grosse douzaine d'ouvrages sortis de sa plume ces dix dernières années apparaissent. La voiture est l'un des thèmes qui revient souvent dans son œuvre. Il semblerait donc que nous ayons à faire à un passionné.

C'est bien les passionnés. Sauf que Monsieur Morales est un passionné nostalgique. Si j'osais, je dirais que Monsieur Thomas Morales a bloqué le compteur aux années 1980, voir 1990. Personnellement, je trouve cela moins engageant. Les références cinématographiques citées, dans lesquelles la voiture tient un autre rôle que simple faire-valoir du héros sont tous datés d'avant 1988... Exception faite de Fast & Furious. Monsieur Morales semble oublier que cette même voiture a coûté la vie à Paul Walker, son héros, ironie de l'histoire, on l'a surnommé le James Dean du XXIème siècle.

Selon Thomas, il y a voiture et voiture

Thomas n'a pas l'air de trop kiffer son époque. C'est visiblement le genre à dire et penser "que c'était mieux avant". Avant:

  • Les stars de cinéma étaient de vraies stars.
  • Les champions automobiles étaient de vrais champions.
  • Et les voitures étaient de vraies voitures.

A la lecture du livre, on se rend compte que Monsieur Morales s'émeut de la disparition des belles voitures. Celles qui avaient du caractère, celles qui sentaient l'huile, le cuir et l'acajou. Evidemment, quelques-unes des productions actuelles trouvent encore grâce à ces yeux.

Elles s'appellent Volkswagen Amarok, Ford Mustang, Alpinette, Austin Mini Cooper S… Probablement a-t-il eu une émotion, dont ses "draps se souviennent encore" (pour reprendre ses mots à propos de la Golf GTI, alors qu'il n'était qu'un adolescent sous testostérone) lorsqu'il a vu le concept-car de la Peugeot e-Legend présenté au salon de l'auto à Paris début octobre.

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C'est bien de cette voiture dont Thomas Morales s'émeut de sa disparition. Celle qui a de la gueule, du coffre, qui fait (accessoirement) fi des nouvelles normes écologiques, qui n'a pas sacrifié le style sur l'autel du confort et de la sécurité. Offrez lui une Renault Scénic, un Toyota Rav 4 ou encore une Smart et soyez assurez que Thomas ne sera pas emballé. Parlez-lui de voiture autonome et probablement le verrez vous fondre en larmes.

L'amour que porte Thomas pour les voitures vient certainement de son enfance, bercé par son grand-oncle flamboyant au volant de sa 504 coupé rouge andalou, tombeur invétéré. Il a bien tâté du bicross plus jeune mais l'intérêt pour cette activité semble être restée à l'état embryonnaire. Il préfère se souvenir de la Volvo familiale.

Quand la passion surpasse la raison

Comme je le disais plus haut, être passionné est une bonne chose, et je peux comprendre que l'on se passionne de voiture. La passion rend néanmoins aveugle. Thomas est bien indulgent avec la Voiture. Cela frise la mauvaise foi, à moins que cela ne soit de la provocation:

"L'auteur, qui a décidé de mettre ses œillères, se plaint de cette politique urbaine anti-voitures"

Dans sa lettre à une Andalouse (en référence à l'actuelle Maire de Paris), comme si aussi l'Andalousie, c'est OK lorsque elle caractérise la couleur rouge du 504 coupé du grand-oncle, mais c'est un peu trop lorsque celle qui dirige la ville de Paris vient de là-bas.

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L'auteur, qui a décidé de mettre ses œillères, se plaint de cette politique urbaine anti-voitures, il se demande si Madame Hidalgo ne ressent aucune émotion face à certaines carrosseries, il minimise la pollution "les enjeux en matière de pollution sont, à vrai dire, assez anecdotiques". Oui, oui, vous lisez bien, dans le texte.

Réjouissons-nous que madame Hidalgo (et de nombreux maires en France) ne prenne pas ses décisions en matière de mobilité urbaine en se fondant sur des émotions, mais plutôt sur des convictions raisonnées. A propos de pollution en ville, nous trouverons toujours des détracteurs assurant que la voiture ne représente qu'une partie de la pollution de l'air.

J'invite ces personnes à élargir leur champ de vision. Qu'ils acceptent qu'il y a plusieurs formes de pollution: Sonore - spatiale - visuelle-. Faire l'effort d'imaginer les villes libres de toutes ces voitures, garées les unes derrière les autres, embouteillées de la même façon. Qu'ils admettent qu'elles prennent toute la place sur la chaussée.

"Il est temps d'admettre que la voiture n'est plus adaptée aux villes dans lesquelles elle évolue"

Et peu importe que ce soit une voiture qui trouve grâce aux yeux des passionnés ou un immonde monospace. Il est temps d'admettre que la voiture n'est plus adaptée aux villes dans lesquelles elle évolue. Pour ceux qui en doute encore, qu'ils lisent "Comment la France a tué ses centre-villes" d'Olivier Razemon.

Voiture en opposition au vélo

"l'auteur met régulièrement le vélo comme étant le responsable de tous les maux de la voiture"

Malgré lui, comme un aveu de défaite, l'auteur met régulièrement le vélo comme étant le responsable de tous les maux de la voiture. Encore une fois c'est un manque de lucidité. Peut-être simplement que le vélo est la réponse logique à l'excès de voiture. Je dirais même que la voiture est victime de son succès: Trop d'autos a tué l'auto.

Le vélo apparaît de temps en temps au fil du livre, comme pour s'acheter une bonne conscience, mais un VAE dans ce cas. Aussi, selon l'auteur un cycliste ne peut (forcément) pas écrire aussi bien qu'un pilote automobile.

"J'ai toujours pensé que les écrivains qui conduisent, tiennent mieux la plume que les autres, d'instinct, je me méfie notamment des cyclistes en ville qui souhaiteraient noircir la plage blanche. Cette catégorie furibonde et égocentrée ne me semble pas requérir les qualités nécessaires à l'expression écrite. Question de rythme et de fluidité […]rouler, écrire, respirer participent d'un même mouvement intérieur."

Jean-Acier Danés, Eric Fottorino, Olivier Aralambon, Didier Tronchet, Aurélien Bellanger, Bernard Chambaz, pour ne citer que quelques auteurs amoureux de la petite reine, apprécieront. A la lecture de ces auteurs que je cite ci-dessus, ils pourraient formuler exactement la même phrase, à propos de ce que leur apporte le vélo: "PÉDALER, rouler, écrire, respirer participent d'un même mouvement intérieur."

Monsieur Morales est un pilote, il connait la différence entre le sous et le survirage. Comme dit plus haut, il ne fait pas montre d'une modernité débordante, à en croire quelques jolies formules qu'il nous livre, à l'imaginaire d'un autre âge, petit florilège:

  • "On ne peut nier que le physique et donc la taille, ça compte un peu. N'est-ce pas mesdames?"
  • "J'aime les vieilles. Les jeunettes vous énervent. Elles minaudent […] elles sont parfaites, c'est-à-dire inodores et sans saveur. Leur modernité est un puissant tue l'amour comme l'épilation intégrale […] les vieilles vous ouvrent les bras. Elles ne simulent pas."

Les écrivains cyclistes furibonds et égocentrés apprécieront. Les lectrices aussi. Je n'irais pas jusqu'à déclarer que Monsieur Morales s'y prends bien mal pour défendre la voiture, ce serait porter un jugement que je ne m'autoriserais pas. Aussi ce serait passer sous silence les formules qui décrivent ce qu'il ressent à propos de la voiture:

  •  "l'automobile est encore parée de vertus hédonistes, elle n'a pas encore renoncé aux plaisirs sur l'autel de la raison",
  • "les carrosseries peuvent être poétiques"
  • "il y a de la féerie dans cet objet, de l'irréel et du désir"
  • "il y a de la métaphysique en elle, du céleste aussi. On tutoierait presque les anges à son contact"
  • "où le clinquant à remplacé l'émotion pure"
  • "un plaisir d'esthète […] d'audace".

C'est dans ces dernière lignes citées, selon moi, que réside l'intérêt de ce livre. L'auteur aime la voiture, il le dit bien. J'appliquerais aisément les mêmes formules en évoquant le vélo, la bicyclette. Comme la 4cv évoquée par Monsieur Morales le vélo "réduit les distances et abolit le temps".

Le vélo a le vent en poupe ! Je crois cependant que le vélo n'aura gagné la bataille (si tant est qu'il y est une guerre entre la voiture et le vélo, ce dont je ne suis absolument pas convaincu) sera un succès que lorsque cet objet réussira a créer les mêmes émotions auprès de la population.

Quand les piétons se retourneront devant un vélo rare et beau, lorsque ces piétons regarderont avec les mêmes yeux émerveillés en croisant la route du Porsche 911 Carrera ou d'un 504 Peugeot coupé Rouge Andalou.

Éloge de la Voiture, par Thomas Morales aux Editions du Rocher, 232 pages, 18,90 euros.

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