Economie du vélo, les jantes MAVIC sont en roue libre

Economie du vélo, les jantes MAVIC sont en roue libre

Une histoire haute en couleur

Le Made in France a le vent en poupe. Souvenez-vous, un ministre en a même fait un manifeste, c'était en 2012 (si votre mémoire flanche, vous pouvez lire cet article). Fait amusant, cet article cite deux marques qui pourraient nous intéresser aujourd'hui. La marque Solex qui est passé d'une production de vélos à propulsion thermique à des vélos électriques. Conçus et assemblés dans la Manche. Nous avions été leur rendre visite en 2017.

L'autre marque citée dans l'article de Le Monde est Salomon. Vous savez la marque de sports de montagne. Il se trouve que Salomon appartient à un groupe finlandais, Amer Sport. Ce groupe était aussi propriétaire, jusqu'à l'été 2019, d'une marque avec une très forte notoriété dans l'univers du vélo, la marque Mavic.


"Le monde du vélo moderne doit beaucoup aux innovations proposées depuis 130 ans par la Manufacture d'Articles Vélocipédiques Idoux et Chanel"

Pas besoin d'être un féru du Tour de France pour à minima connaître le logo et cette marque. Très orientée compétition, course et innovation, la marque au sang jaune est une marque d'origine lyonnaise (basée à Annecy aujourd’hui).

Créée par deux gones, en 1889, tout au long de son histoire, elle n'a jamais cessé d'innover (tout du moins jusqu'en 2010 à peu près). D'ailleurs le monde du vélo moderne doit beaucoup aux innovations proposées depuis 130 ans par la Manufacture d'Articles Vélocipédiques Idoux et Chanel.

Même si MAVIC a tenté au cours de son histoire quelques voies de diversifications (voitures à pédales pour enfants, ULM...) leur expertise reste tout de même connue et reconnue de manière universelle sur les roues et l'ensemble de leurs composants.

D'ailleurs, MAVIC semble faire partie du patrimoine Français. Encore une fois, que l'on soit grand fan de cyclisme ou tout juste amateur de la petite Reine, leur voiture et leur logo jaune font parti du décorum.

Dès lors, qui aurait cru qu'une entreprise française, avec une telle notoriété, un tel savoir-faire, une telle taille aussi (Plus de 250 salariés, 4 sites de productions en France et en Europe, 70 Millions d'euros de Chiffres d'affaire) pouvait se retrouver dans la rubrique "redressement judiciaire" de la presse économique? C'est pourtant ce qu'il s'est passé en ce début du mois de mai 2020.

A en croire les différents articles parus dans la presse ici et là, les patrons d'Amer Sport se sont fait avoir comme des bleus sur l'identité de l'acheteur (ils pensaient vendre à Regent alors que l'acquéreur final est M Sports) ainsi que sur les intentions de l'acquéreur.

Se faire avoir comme un bleu, quand tu vends une marque au sang jaune, il y a de quoi être vert!

Sans nous transformer en Inspecteur Derrick, on peut se demander comment le conseil d'administration de Amer Sport peut être aussi naïf. Si ma requête sur mon moteur de recherche est bonne, voici le lien vers le site du fond d'investissements Regent. Passionnant. Même si un site web ne fait pas tout, c'est aujourd'hui une bonne première façon de se renseigner. La promesse de Regent est magnifique (ou pas): " Regent is an invaluable resource in creating the optimal solution".

Les iles Saint-Vincent & Grenadines, leur climat, leur paradis fiscal

Aussi, Regent a son activité enregistrée, au hasard, aux Iles Saint-Vincent & Grenadines. Je connais un peu le sujet, et croyez moi le choix de cette domiciliation est plus le fait de la fiscalité légère et compréhensive de cet Etat que la douceur du climat. Sans compter sur le droit des affaires plutôt complaisant dans cet Etat.

Sur le même sujet  [Municipales 2020] Qu'a fait votre métropole pour le vélo depuis 2014?

A propos de domiciliation, la plupart des articles lus sur ce sujet des difficultés de Mavic, mentionnent la domiciliation de M Sport (l'acquéreur final de la marque) sise dans l'Etat du Delaware. Détail qui pourrait avoir son importance puisque cet Etat est lui aussi assez complaisant avec la fiscalité des entreprises. Je connais le sujet sans être un expert, il n'empêche qu'à choisir entre les Iles Saint-Vincent & Grenadines ou l'Etat du Delaware, si je devais vendre mon entreprise, je me renseignerais un peu plus que ce que semble avoir fait les dirigeants Finlandais.

Bienvenue dans le Delaware

Amusant (ou pas (encore)) de constater que MAVIC une fois achetée est laissée en roue libre (sic) par son nouvel acquéreur, un fond d'investissement américain, au fonctionnement visiblement opaque. Tellement opaque qu'aucun site internet n'existe pour cette entreprise. Tellement opaque que jamais ils n'apparaissent sur le site de Mavic, dans la rubrique quasi universelle "About".

Mavic a beau détenir plus de 70 brevets¹, elle a beau être la reine de la roue libre, elle perd de nombreux marchés de roues en première monte (roues qui équipent les vélos en sortie d'usine), parce que de plus en plus de fabricants choisissant de créer leur propre marque de roues. Aussi probablement parce que les fabricants experts en roues n'ont pas su s'adapter à l'évolution de la demande.

Parfait pour vélotaffer sur la neige?

Ainsi, faute de vision stratégique et d'investissements, le chiffre d'affaire s'écroule et ce qui devait arriver arriva. (¹à propos de brevets, Amer Sport ont détenu dans le même temps la marque Enve (connue pour ses roues de vélo) et Mavic. Dans quelle mesure les brevets de l'une ont-ils servi les intérêts de l'autre? Nous ne souhaitons pas entrer sur ce terrain glissant, il n'empêche que la question mérite d'être posée, sans devenir pour autant un parano du complotisme).

Service Course

Début mai, cette publication est apparue. Mavic est à la recherche d'investisseurs ou repreneurs en plan de cession. Un article de l'Equipe paru le 18 mai 2020, évoque un montage en cours mené par l'avocat d'affaires, Didier Poulmaire (connu dans le milieu du sport de haut niveau. Il a notamment été le conseil de Laure Manaudou ou bien impliqué dans la cession (et le rachat) de l'Olympique de Marseille en 2016).

Nous ne connaissons ni le détail ni la vision stratégique de ce comité d'investisseurs. Il n'empêche, les chiffres de vente du vélo en France sont sans appel, en témoignent ces informations de l'Union Sport & cycles. Si le vélo de loisir est à la peine, le vélo reste un marché porteur.

Nous pourrions dès lors suggérer à Maître Poulmaire de se pencher sur une offre de roues qui pourraient équiper en première monte des vélos de ville, des vélos urbains, des vélos utilitaires. Il paraît que ce marché explose. Par patriotisme économique on pourrait imaginer que ces marques de vélos "made in France" (ou conçus, ou assemblés... en France) se tourneraient vers cette marque (au hasard la marque Solex citée plus haut). Comme un symbole que le monde d'après, ce monde qui voudrait une certaine relocalisation de la production en France.

Parce que nous aimerions que la destinée de Mavic ne prenne pas le chemin de cette autre marque iséroise, Time, ayant appartenu à Rossignol (encore une marque de sports de montagne) qui a vu son savoir-faire français traverser les frontières il y a un peu plus d'un an.

La légende raconte que les Phénix ont le sang jaune

Parce que nous sommes cyclistes et donc d'éternels grands enfants, nous aimons croire aux légendes. D'ailleurs croire aux légendes est souvent moins décevant que croire aux promesses politiques.

Parce que Mavic fourni depuis plus de 40 ans une assistance neutre aux coureurs cyclistes, on se dit qu'il serait bien que leurs roues continuent de tourner sur nos routes et dans nos villes. Alors tous en cœur, soyons tous debout sur les pédales pour sauver Mavic. Prochaine étape mardi 2 juin date limite du dépôt des dossiers d'offres de reprise de la marque. Nous suivrons de près les développements futurs de MAVIC.

MAVIC IS MAGIC
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