Douze Cycles, un acteur qui compte dans le paysage du vélo cargo — Weelz.fr
Douze Cycles, un acteur qui compte dans le paysage du vélo cargo

Douze Cycles, un acteur qui compte dans le paysage du vélo cargo

Le fabricant Douze Cycles livre depuis quelques semaines sa première gamme de vélo longtail, les LT. Depuis une décennie maintenant, la marque française est parvenue à se faire une place confortable sur le marché du vélo cargo dans l'hexagone (et ailleurs en Europe) ; une occasion pour nous de revenir sur le parcours de l'entreprise, au travers d'un entretien avec son fondateur, Thomas Coulbeaut.

Douze Cycles, le nombre d'or ?

Ne tentez pas de trouver une raison mathématique au nom de la marque. Pas de nombre d'or ou de constante de Néper pour parvenir à ce chiffre douze. Il n'a d'ailleurs aucun rapport avec le vélo ; et Thomas n'est pas originaire de l'Aveyron non plus. Cette dénomination a été choisie tout simplement parce qu'il a immatriculé sa société le douzième mois de l'année 2012. Le nom était trouvé. Pour le fun, le tout premier site web avait été lancé le 12/12/2012 à 12h12. Des aficionados de la numérologie...

Thomas Coulbeaut, fondateur de Douze Cycles

Avant d'être à la tête d'une entreprise employant 35 personnes sur le site de Ladoix-Serrigny, commune française située en Côte-d'Or (21 c'est un douze à l'envers, coïncidence ?), Thomas était designer industriel. Sa spécialisation : tous types de véhicules. Via son propre studio, VRC Design, il dessine des éléments pour l'industrie automobile, comme des sièges de voiture par exemple. "Je n'ai jamais réellement aimé ça" nous dit-il un sourire en coin. Il a également imaginé des avions, des ULM, des vestes airbag (pour Helite) et même du mobilier d'intérieur.

Expatrié au Japon

Début des années 2000, il s'expatrie au Japon pour aller travailler chez Yamaha. Il conçoit pour eux le design d'instruments de musique (le cœur de métier de la firme japonaise, avant qu'elle ne s'intéresse elle-aussi aux deux-roues puis au vélo). "C'était hyper intéressant et finalement enrichissant pour la suite de ma carrière ; un instrument de musique à des contraintes techniques similaires à un vélo".

Justement, parallèlement à son activité, il commence à dessiner le châssis de différents types de vélo. En 2005, il imagine un tricycle couché, le Curve (photos ci-dessous), qui restera à l'état de prototype. En 2009, Thomas remporte le premier prix d'un concours de design à Copenhague avec son projet MyLoop (photo ci-dessus). Il s'agissait d'imaginer un vélo en libre-service (nous en parlions dans cet article).

Du vélo pliant au vélo cargo

Puis Thomas va s'intéresser au marché du vélo pliant. Il va concevoir le design d'un vélo pliant compact. Entre-temps, il revient en Europe. Il s'installe à Liège en Belgique. Il va se consacrer à ce projet durant six mois, en réalisant une étude de marché puis en construisant un premier prototype. Mais il manque de fonds et la concurrence est rude. L'anglais Brompton fait beaucoup parler de lui. Et le Français Decathlon dévoile le Btwin TILT (nous l'avions eu en test).

C'est à cette époque -  2011 - que Thomas Coulbeaut commence à s'intéresser au marché du vélo cargo. "A cette période, c'était un marché moins mûr et aussi moins difficile que celui du vélo pliant." nous avoue-t-il. Il rend visite aux acteurs de ce segment comme Urban Arrow aux Pays-bas ou encore Larry vs Harry à Copenhague. Le désormais célèbre Bullitt est à ce moment là une petite production artisanale. Thomas apprécie le design du biporteur danois, mais lui trouve aussi quelques défauts techniques.

Une proposition différente

S'inspirant de ce dernier, il va imaginer un vélo cargo biporteur avec une proposition différente. Un châssis séparable en deux. Une partie cycle arrière commune, et une partie avant modulable, avec différentes longueurs de plateau. La suite, vous la connaissez. Il immatricule son entreprise en décembre 2012 pour débuter la commercialisation d'une première version du biporteur Douze.

"il ne s'attendait pas à un tel succès. En six mois, il va réaliser près de 70 vélos"

A cette époque, la volonté de Thomas est de rester sur un projet artisanal, pas une production de série. Avec de petits moyens, il commence à se faire connaître via les réseaux sociaux et un site internet en anglais. Sauf qu'il ne s'attendait pas à un tel succès. En six mois, il va réaliser près de 70 vélos et les expédier en Angleterre, aux Pays-bas ou encore en Allemagne. Soudure, peinture, assemblage… durant deux ans, l'homme réalise tout lui-même et va y laisser quelques litres de sueurs et de nombreuses nuits blanches.

2014, un nouveau souffle en Bourgogne

En 2014, Thomas veut se structurer. Des associés arrivent pour apporter un peu d'air frais (humainement et financièrement). C'est à ce moment-là qu'il s'installe en Bourgogne, à Ladoix-Serrigny. La société Douze Factory SAS naît le 1er avril 2014 (et ce n'est pas un poisson).

Dans l'entre-fait, Thomas avait commencé à plancher sur une évolution de son biporteur. Une seconde version arrive avec deux principales modifications : le châssis est toujours séparable, mais cette-fois plus facilement, via deux points d'ancrages rapides (contre cinq vis auparavant). Autre nouveauté : exit la direction à tringle. Thomas a conçu une direction à câbles. Système qui depuis a été très largement copié dans la monde du biporteur (Yuba, Carqon, Riese & Müller…).

Sur le même sujet  [Test] TERN Quick Haul, le vélo cargo longtail (très) compact

Douze, une réflexion Made in Taïwan

C'est à ce moment-là qu'il noue une relation forte avec Taïwan et ses entreprises de vélo au savoir-faire reconnu. Côté design, Thomas va notamment travailler dans les bureaux de Pacific Cycles et sa "Section Zero". Il s'agit d'un centre de recherche et développement pour les marques.

Le vélo pliant IF Move, CarryMe ou encore le célèbre Birdy de Riese & Müller sortent des bureaux de la Section Zero (cf notre article datant de février 2009!). Sur place, Thomas source les composants et va également trouver le fournisseur pour le cadre aluminium du Douze V2 (société avec laquelle l'entreprise française collabore encore aujourd'hui).

Logistique : le vélo cargo pour décarboner les villes

Période 2015-2016 ; on commence à comprendre l'intérêt du vélo cargo pour décarboner les villes et notamment pour la livraison du dernier kilomètre. C'est le début des plateformes de logistique à vélo (ou vélogistique). Le biporteur Douze V2 s'avère un véhicule parfait pour cet usage ; suffisamment capacitaire mais aussi très agile en ville. Seulement, cela reste un vélo à la carte. Cette logique ne répond pas tout-à-fait aux besoins des logisticiens, qui investissent dans des flottes de vélos cargo.

C'est ainsi qu'en 2017 apparaît le vélo cargo Douze G4 (cf notre test de la version Famille). Il s'agit toujours d'un biporteur, mais cette-fois, il est produit en série. Cela facilite son industrialisation et sa commercialisation (sourcing des composants, peinture, assemblage, livraison…). De nouveau c'est un succès. Aujourd'hui encore, le G4 représente 70% des ventes de Douze Cycles, autant sur le marché du particulier.

L'arrivée du vélo longtail chez Douze

Entre toutes ces étapes entrepreneuriales importantes, Thomas trouve le temps de faire ce qu'il aime avant tout : dessiner des vélos. Il commence à plancher sur un vélo longtail. "Pour moi, c'est un vélo moins intéressant à créer point de vue design industriel, mais plus facile à produire qu'un biporteur." nous avoue-t-il.

Toutefois, accaparé par les besoins opérationnels de l'entreprise, Thomas tarde à finaliser le développement de ce vélo. C'est à ce moment-là - 2019 - que va se présenter une excellente opportunité. Le syndicat d'Île-de-France Mobilités vient de lancer Veligo, son offre de vélo électrique en location longue durée. Ils souhaitent enrichir leur offre avec des vélos cargo ; un biporteur et un longtail. L'occasion est idéale. Le biporteur sera le G4 (modifié avec moteur roue arrière) et Douze va proposer le modèle de vélo longtail sur lequel ils travaillaient.

Douze LT, un nouveau vélo longtail sur le marché

L'opération Veligo va encore retarder l'arrivée de Douze sur le segment du vélo longtail. Le Douze LT est une évolution du longtail Veligo, adaptée aux besoins du marché particulier. En décembre 2021, la société Côte-d'Orienne lance sa nouvelle gamme de vélos longtail Douze LT.

Sur la base d'un même châssis en aluminium, le vélo longtail Douze LT se décline en quatre versions : Le LT-M est un vélo longtail musculaire (sans assistance électrique) ; le LT1 est motorisé au niveau du moyeu de la roue arrière (moteur similaire au Veligo) ; le LT2B embarque un moteur pédalier Bafang ; enfin, tout en haut de la gamme, on retrouve le LT2S, intégrant un moteur pédalier Shimano EP8. Nous avons actuellement en main le LT2B, test à paraitre prochainement.

Les prochaines étapes chez Douze ?

Avec le biporteur, Douze V1, puis V2 puis G4 et le lancement de cette nouvelle gamme vélo longtail, le catalogue du fabricant Douze s'est enrichi. La galaxie d'accessoires vélo cargo s'est également étoffée, autant à destination des particuliers que des professionnels. Entre-temps, la direction de la société a été de nouveau modifiée. Des associés sont partis, un autre est arrivé ; et non des moindres, puisqu'il s'agit de Geoffroy Roux de Bezieux. Le président du MEDEF investit dans la mobilité via son fonds d'investissement Notus.

De gauche à droite : Thomas Coulbeaut (Douze Cycles), Geoffroy Roux de Bezieux (NOTUS) et Frank MAROTTE (Toyota France)

La suite pour Douze Cycles ? Nous avions notamment eu l'occasion de revenir sur leur partenariat avec le constructeur automobile Toyota (cf cet article).  Vous avez déjà aperçu dans nos colonnes le futur biporteur de la marque, le Douze H. Ce nouveau biporteur représente une nouvelle étape importante ; particulièrement parce que le châssis sera fabriqué en France, via un processus d'injection d'aluminium recyclé.

Le nouveau biporteur Douze H présenté lors des Prodays 2022

Depuis 2020, Douze a en effet réalisé une étude d'éco-conception autour de ce nouveau modèle, en partenariat avec l'Ademe (relocalisation, empreinte carbone…). Nous aurons l'occasion ensemble de revenir sur ce sujet plus longuement prochainement. Mais avant de vous parler d'éco-conception, il nous tarde de vous faire un retour sur nos kilomètres à pédaler sur ce Douze H. Notre petit doigt nous fait penser que vous êtes comme nous, impatient d’avoir un retour. Minute, on arrive.

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