Déconfinement, la crise du Covid-19 va contribuer au retour (en grâce) du vélo

Déconfinement, la crise du Covid-19 va contribuer au retour (en grâce) du vélo

Le vélo, outil de mobilité majeur du monde d'après

"Il y aura un avant et un après". Cette expression vous l'avez inévitablement entendu durant vos conversations sur le confinement et cette terrible pandémie du Covid-19. Mais en est-on si sûr ? Cette crise sanitaire va-t-elle nous aider (nous forcer) à revoir nos modèles actuels - économiques, écologiques, politiques, sociaux ou tout simplement humains ?

A l'heure actuelle, où nous sommes toujours en confinement, personne ne peut prédire un quelconque revirement. Bien que le président vient d'annoncer une date pour un éventuel déconfinement progressif (11 mai - possible?), l'heure est encore au combat contre le virus, à accompagner les malades et protéger les autres, à rechercher un vaccin. Le manque de visibilité est prégnant.


Cela étant dit, il semble clair que tous autant que nous sommes, désirons ardemment un changement. Mais de quelle manière doit se dérouler cette inflexion de nos modes de vies. Souhaitons-nous un retour à la normale, ou bien un retour ... à l'anormal ? Souhaite-t-on que le monde d'après ressemble en tout point au monde d'avant ? Tentative de réponses, ou tout du moins, de pistes (cyclables).

Contexte sociétal

En réalité, il semble que les citoyens n'aient pas attendu cette crise sanitaire pour se mettre au vélo. Un peu partout en France mais aussi ailleurs sur la planète, les chiffres montraient une nette progression de la bicyclette comme outil modal.

Mais le contexte sociétal a aujourd'hui changé. Il vient même de basculer dans un autre ère. Est-ce celui de la conscience écologique tant attendue ? Nous n'en sommes pas si sûrs. L'humain reste un animal pragmatique. Mais il semble avoir compris quelques concepts basiques allant de pair avec une certaine sobriété carbone : parmi eux, comprendre la nécessité de l'activité physique, se rendre compte de la possibilité de travailler d'une autre manière (télétravail), stopper la surconsommation inutile (certes, on l'a un peu forcé pour le coup), s'apercevoir qu'il pouvait consommer plus local (et mieux), constater que passer du temps en famille était un bonheur simple et concret.

"Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience" a déclaré notre cher président dans son allocution du 13 avril.

Sur le volet de la mobilité, la crise du Covid-19 a eu un effet inattendu, celui de remettre le déplacement à vélo sur le devant de la scène. Et ce, sans attendre l'arrivée d'un éventuel déconfinement.

"Il aura fallu une crise sanitaire majeure pour que la mobilité vélo fasse son retour en grâce"

Poussé par le besoin d'activité physique, forcé à consommer plus localement mais également craignant la promiscuité induite des transports en commun, les citoyens du monde redécouvre la bicyclette. Il aura fallu une crise sanitaire majeure pour que la mobilité vélo fasse son retour en grâce.

Et si de nombreuses zones urbaines sur le globe, sur le principe de l'urbanisme tactique, sont en train de mettre en place - temporairement - des pistes cyclables élargies, prenant de l'espace sur la voirie désertée par les automobilistes, c'est aussi pour éviter un autre retour en grâce, aux conséquences beaucoup plus dévastatrices celui-ci : le recours massif à la voiture individuelle (n'en déplaise à ses défenseurs).

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Selon l'ECF : "La SEULE alternative à la mobilité motorisée privée dans les zones urbaines qui soit peu coûteuse, rapide et massivement modulable, qui garantisse la distanciation sociale et maintienne les niveaux d'émissions à un niveau bas est le vélo".

Solifuge ou sociopète

Ce principe de distanciation sociale risque fort d'impacter notre société à long terme (des chercheurs de l'université d'Harvard parlent d'une nécessité jusqu'en 2022). Or, il est clair que dans la tête d'un automobiliste qui considère depuis plusieurs décennies que sa voiture est l'équivalent d'un bureau ou d'un salon roulant, celle-ci apparaît comme une bulle parfaite pour maintenir sa sphère intime.

Le sociologue Thibault Gasnier nous parlait, dans son ouvrage  "La rue, une guerre de rou(t)es - les entraves urbaines aux mobilités alternatives" du concept de proxémie, ou notre manière, consciente ou inconsciente, de maintenir une certaine distance avec les autres. Êtes-vous sociopète ou bien solifuge¹ ? C'est-à-dire, acceptez-vous le contact ou préférez-vous l'éviter ? Ces deux concepts sont éminemment importants lorsqu'il est question de mobilité et de modes de transport.

"L'espace symbolique qui induit les représentations sociales, la perception du piéton, du cycliste, de l'usager des transports en commun [...] la question du rapport à l'autre, la personne autant que sa mobilité est aussi représentation de la fonction symbolique" nous dit l'auteur dans son ouvrage de sociologie urbaine.

Le vélo, mode de déplacement parfait

Ainsi, si l'on tient compte de ces deux faits - un rejet collectif des français envers les transports publics urbains de masse (métro, bus, tram) d'une part, et un report probablement conséquent vers la voiture particulière d'autre part - le vélo apparaît alors comme un mode de déplacement parfait dans un contexte de déplacement post-covid.

Toutefois, durant cette période de confinement, le vélo s'est déjà taillé la part du lion. L'abandon du transport public et l'augmentation du sentiment de sécurité due à l'absence d'automobiliste, ont fait sortir les cyclistes (ceux qui ne pouvait pas télétravailler), qui ont vu dans ce moyen de transport l'occasion idéale de se déplacer individuellement tout en pouvant pratiquer une activité physique.

"Un outil de mobilité majeur pour le monde d'après"

D'autant qu'avec cette notion de distance d'1 km qu'à instigué l'attestation dérogatoire de déplacement (kilomètre pourtant valable uniquement dans le cadre d'une balade et pas pour les courses alimentaires ou le travail), les personnes se sont vite aperçues qu'elles n'étaient qu'à quelques coups de pédales de tout ce dont elles avaient besoin (en zone urbaine dense dans tout les cas).

Si cette crise sanitaire va marquer un tournant dans notre histoire, c'est aussi un moment historique pour la prise en compte du vélo comme moyen de transport à part entière, un outil de mobilité majeur pour le monde d'après. La mutation d'un monde qui va tourner de nouveau (les jambes) sans se perdre (les pédales) une fois de plus.

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