[Jour sans vélo] Épisode III – Ces travailleurs qui vélotafent encore

[Jour sans vélo] Épisode III – Ces travailleurs qui vélotafent encore

Pendant qu'une grande majorité d'entre-nous - conformément aux directives du gouvernement - reste cloîtré dans nos maisons sans pouvoir prendre notre vélo pour aller au turbin, d'autres n'ont pas eu ce "choix", et continuent de se déplacer pour subvenir aux besoins essentiels des français.

Ils·elles sont ouvriers du bâtiment, caissières, employé de ménage, livreurs, routiers… Parce que de notre côté nous n'avons pas d'idée de comment cela se passe "dehors" (mon seul déplacement quotidien à l'heure actuelle est mon trajet à la boîte aux lettres - et encore j'ai de la chance, elle est au bout de ma rue), on a été leur poser directement la question.


Voici le ressenti de Jérémie, qui fait partie de ceux qui sont en première ligne dans cette guerre pour lutter contre la pandémie de Covid-19, je veux parler bien sûr du personnel soignant.

Weelz.fr : Salut Jérémie, qui es-tu ?

Jérémie : Salut, je m’appelle Jérémie, j’ai 36 ans. Je suis marié et j’ai deux enfants de 7 et 2 ans. J’habite Villeurbanne, à côté de Lyon. Je suis infirmier en psychiatrie. 

Weelz.fr : Tu utilises le vélo comme mode de déplacement pour te rendre à l’hôpital. Peux-tu nous décrire ton trajet en cette période de confinement ?

Jérémie : Je fais du vélo quotidiennement, pour aller au travail et pour mes autres déplacement. En biporteur avec mes enfants et/ou mes courses, en singlespeed pour le reste de mes trajets en ville.

Actuellement, je vélotafe toujours. On se prépare au pire et on reste disponible sur nos jours de repos pour remplacer nos collègues au pied levé, c’est le plan blanc.

"C’est une ambiance très bizarre, digne d’un film. C’est tellement silencieux."

Certains de mes trajets se font vers 6h du matin et d’autres après 22h. A ces horaires il n’y a habituellement pas grand monde mais là, c’est le désert. C’est une ambiance très bizarre, digne d’un film. C’est tellement silencieux.

Je roule pendant 40 mn aller/retour. Pour ne pas que l’anxiété me gagne face à cette situation, j’essaye de voir les avantages : plus personne n’est garé sur les pistes cyclables, j’entend les merles chanter au lever du jour, je peux chanter sur la route, me prendre en photo au milieu d'avenues vides et je cours moins de risque car il n’y a presque plus de voiture…

Je n’aurai jamais imaginé vivre ça un jour. Ces trajets à vélo sont ma bouffée d’oxygène, avant et après le boulot. C’est devenu essentiel à mon équilibre psychique.

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Weelz.fr : Est-ce que d'autres collègues de ton hôpital vélotaf également ?

Jérémie : Mes collègues qui viennent à vélo sont aussi content d’avoir ce sas de décompression et ce moyen de faire un peu d’exercice physique.

Weelz.fr : J'imagine que toi et ton équipe êtes très sollicités. Tu trouves encore la force de pédaler ?

Jérémie : Dans ces temps de nécessaire distanciation sociale, le vélo semble la solution pour se déplacer. On est à l’air libre et pas confiné dans un habitacle de voiture ou un wagon de métro et même si on se croise il y a toujours plus d’1m entre usagers de la route et c’est sans compter les avantages pour la santé du déplacement à vélo au quotidien : pulmonaire, cardio vasculaire, psychique.

Certains pays, souvent les même, le recommande plus que tout dans cette période critique, alors que la France hésite et diffuse des discours contradictoires, et pire certains pays interdisent ce mode de déplacement car il serait trop accidentogène. Pour ma part j'espère pouvoir continuer à rouler ou tomber sur des forces de l’ordre compréhensives. 

Weelz.fr : Un message à adresser à ceux qui ne peuvent plus pédaler au quotidien ?

Jérémie : Je rêve qu'à la fin de tout ça, je puisse continuer à rouler sereinement, sans soucis des portières qui s'ouvrent, des voitures mal garés, sans rétroviseurs et sans clignotants, des piétons trop concentrés sur leur téléphone pour entendre que je klaxonne.

Weelz.fr : Comment imagines-tu le "après" ?

"Conservons de cette crise nos élans créatifs et solidaires. Ne restons pas immobiles, pédalons de l'avant."

Jérémie : Dans plusieurs semaines, on peut espérer un retour à la normale au niveau sanitaire, que va t il rester de cette crise ? J’aimerai qu’une plus grande partie de la population  se rende compte de ce qui est essentiel, qu’on ressorte grandi de ce drame.

Pour cela il faudra rester éveillé et mobilisé. Les applaudissements de 20h devrons faire place à l'action citoyenne. Les travailleurs "essentiels" d'aujourd'hui sont surtout des smicards, des travailleurs pauvres, … sans eux tout s'arrête. Ne les oublions pas.

Conservons de cette crise nos élans créatifs et solidaires. Ne restons pas immobiles, pédalons de l'avant.

Propos recueillis le 26 mars 2020.

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