COP 24, revendications économiques contre urgence climatique ?

COP 24, revendications économiques contre urgence climatique ?

Vos enfants pourront crever, on a du carburant pas cher...

Avec les gilets jaunes, on pourrait croire que le pays est en crise. Une crise qui revêt un aspect économique et social. Mais cette crise, au final, a un caractère bien plus profond, un caractère sociétal, qui touche, de près ou de loin, pratiquement toutes les strates de notre société.

Nous avons cette chance de vivre dans une démocratie et que tout un chacun puisse faire entendre sa voix. Le droit de vote comme le droit à la manifestation font partie des éléments fondamentaux de cette démocratie.

Mais s'il y a bien une chose qui est sûre, c'est que notre société, qu'elle vive dans une démocratie parfaite ou une anarchie complète, va se retrouver très bientôt face à un drame largement supérieur à toutes les difficultés qu'elle a pu rencontrer jusqu'alors.

Ce drame, c'est l'urgence climatique à laquelle nous allons tous devoir faire face, non pas après-demain, mais dès demain. Et cette urgence climatique va toucher notre société à tous les niveaux, qu'ils soient sociaux, économiques ou sanitaires.

Non, non, rien n'a changé...

Cependant, quand on voit la réponse de nos élus face à cette pseudo révolution, on ne peut que constater qu'ils n'ont absolument pas saisi le caractère urgentissime de la situation.

On privilégie une sortie de crise rapide en prenant des mesures court-termistes, tout en essayant de sauvegarder un mode de vie et de consommation qui n'est plus durable à moyen terme.

La décision du ministre de l'écologie François de Rugy de ne pas augmenter les taxes sur les carburants en 2019 est une erreur. Après plusieurs décennies passées à être entièrement dépendant d'un produit issu de la production d'une matière première étrangère, fossile et non renouvelable, on recule encore et encore notre dépendance à celle-ci.

Alors bien sûr, il faut reconnaître que le coût à la pompe (à essence) apparaît comme exorbitant et qu'il devient difficilement soutenable pour les ménages les plus modestes. Pour autant, il semble que le tarif de ce produit ne soit toujours pas assez cher pour que l'on voit un peu plus loin que le bout de notre nez et qu'on admette enfin de devoir changer nos comportements et nos modes de consommation.

"N'allez pas hurler dans la rue pour réclamer du carburant moins cher, descendez dans la rue pour réclamer à nos chers politiques d'avoir une vision globale et à long terme, afin que nos taxes et impôts servent enfin un intérêt commun"

Qu'ils augmentent les budgets pour relancer les petites lignes ferroviaires, qu'ils stoppent les grands projets autoroutiers en faveur de lignes de transport public interurbaines, qu'ils cessent de soutenir une industrie fabricant des produits fonctionnant au pétrole au profit de la construction d'infrastructures cyclables de qualité, qu'ils abandonnent les projets de centres-commerciaux géants de périphérie pour relancer le commerce de proximité...

Les solutions existent mais il faut toutefois du courage politique pour les mettre en œuvre. Le besoin de mobilité des Français est au cœur du problème car c'est de lui dont dépend l'économie de notre pays (même si malgré tout, beaucoup d'employeurs, s'ils avaient un peu plus confiance dans leurs salariés, pourraient privilégier le télétravail, mais nous n'en sommes pas là...).

Quand on entend les propos de la ministre du Travail Muriel Pénicaud, on se dit que ce n'est pas demain que les mentalités changeront. selon elle "7 français sur 10 ont besoin de la voiture pour aller travailler".

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Des propos étayés par aucune source et qui surtout viennent contredire ceux, beaucoup plus fiables, de l'Institut national de la statistique INSEE qui démontre que la distance moyenne domicile-travail sur l'ensemble des actifs français est inférieure à 8 km.

Pire, la moitié de ces salariés réside et travaille au sein d'un même pôle urbain, soit une distance médiane … de 4,2 km. Cela représente près de 10 millions de salariés en France. Si vous retirez de cette population ceux dont le besoin est réel et véritable (professionnels de la route, personnes handicapées, métier à forte pénibilité, transport de charge...), rien ne peut aujourd'hui justifier l'utilisation de l'automobile pour une si courte distance.

Va-t-on un jour comprendre qu'en milieu urbain, la voiture - qu'elle soit thermique ou électrique - est d'une inefficience totale ? Pourquoi vouloir continuer de promouvoir ce mode de déplacement archaïque, socialement injuste, dévoreur d'espace et générateur de pollution alors que d'autres solutions bien plus efficaces existent ?

"Le coût réel du changement climatique se fait sentir dans nos hôpitaux et dans nos poumons"

J'espère de tout cœur que les choses vont se dérouler pour le mieux ce samedi. Le fait que deux événements distincts - mouvement des gilets jaunes d'un côté, marche pour le climat de l'autre - s'entrecroisent le même jour, est symptomatique du profond malaise qui s'est installé dans nos sociétés modernes.

Penser que les uns sont pour et les autres sont contre serait probablement une vision trop manichéenne. Toujours est-il qu'on ne peut que constater qu'il y a d'un côté ceux qui veulent que les choses changent véritablement et de l'autre, ceux qui veulent que rien ne bouge, ou qui, en tout état de cause, n'ont pas compris toute l'urgence de ce changement.

"Lorsque la santé est prise en compte, l'atténuation du changement climatique est une opportunité, pas un coût"

Hier, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) présentait, à Katowice en Pologne dans le cadre de la COP 24, son dernier rapport sur l'impact du changement climatique sur la santé. Elle a exhorté les 196 pays réunis à mettre en œuvre l'accord de Paris sur le climat.

Selon ce rapport, l'exposition à la pollution atmosphérique provoque dans le monde 7 millions de décès par an, soit un coût global mondial supérieur à 5000 milliards de dollars.

"Les preuves montrent clairement que le changement climatique a déjà de graves conséquences sur la vie et la santé des personnes. Il menace les éléments de base dont nous avons tous besoin pour rester en bonne santé – un air pur, une eau potable, un approvisionnement en aliments nutritifs et des abris sûrs - et compromettra des décennies de progrès en matière de santé dans le monde" prévient Tedros Adhanom Ghebreyesus, médecin chercheur et Directeur général de l'OMS.

"Le coût réel du changement climatique se fait sentir dans nos hôpitaux et dans nos poumons. Le fardeau des sources d’énergie polluantes sur la santé est maintenant si lourd qu’il est désormais rentable de choisir des modes d’approvisionnement en énergie, de transport et d’alimentation plus propres et plus durables - Lorsque la santé est prise en compte, l'atténuation du changement climatique est une opportunité, pas un coût" a déclaré la Dr Maria Neira, directrice du programme de santé publique à l'OMS.

La Dr Joy St John, Sous-Directrice générale de l’OMS souligne que "le manque d’investissements fait que les personnes les plus vulnérables sont laissées pour compte".

Alors qu'attend-t-on pour que les impôts et les taxes que nous payons tous aujourd'hui soient injectés dans des infrastructures qui rendront service à tous ? La transition écologique doit se faire. Elle doit être socialement juste mais elle doit surtout être politiquement forte.

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